346 – Première annonce de la Passion, et reproche à Simon-Pierre
30 novembre 1945
Le vendredi 30 novembre 1945
346.1 – Jésus a dû quitter la ville de Césarée de Philippe dès les premières lueurs du matin, car maintenant elle est déjà loin avec ses montagnes, et la plaine entoure de nouveau Jésus qui se dirige vers le lac de Méron pour aller ensuite vers celui de Génésareth. Il a avec Lui tous les apôtres et les disciples qui étaient à Césarée. Mais une caravane si nombreuse sur la route n’étonne personne, car on rencontre déjà d’autres caravanes qui se dirigent vers Jérusalem, des caravanes d’israélites ou de prosélytes qui viennent de tous les lieux de la Diaspora et qui désirent rester quelque temps dans la Cité Sainte pour entendre les rabbis et respirer longuement l’air du Temple.
Ils avancent rapidement, sous un soleil déjà haut sur l’horizon, mais qui ne gêne pas encore car c’est un soleil de printemps qui joue avec les feuilles nouvelles et les branches fleuries et qui fait naître des fleurs, des fleurs, des fleurs, de tous côtés. La plaine, qui précède le lac, n’est qu’un tapis fleuri et l’œil, en se tournant vers les collines qui l’entourent, les voit couvertes des touffes blanches, légèrement rosées, ou franchement roses, ou roses presque rouges, des différents arbres fruitiers ou bien, en passant près des rares maisons des paysans ou près des maréchaleries çà et là le long de la route, il se réjouit des premiers rosiers fleuris dans les jardins, le long des haies ou contre les murs des maisons.
“Les jardins de Jeanne doivent être tout en fleurs” fait remarquer Simon le Zélote.
“Le jardin de Nazareth aussi doit paraître un panier plein de fleurs. Marie est la douce abeille qui va d’un rosier à l’autre, et de ceux-ci aux jasmins qui ne vont pas tarder de fleurir, aux lys dont les boutons paraissent déjà sur les tiges, et elle cueillera le rameau d’amandier comme elle le fait toujours, et même elle cueillera le rameau du poirier ou du grenadier pour le mettre dans l’amphore dans sa petite pièce. Quand nous étions enfants nous lui demandions chaque année: “Pourquoi gardes-tu toujours un rameau de l’arbre en fleurs et qu’au contraire tu n’y mets pas les premières roses?” Et elle répondait: “Parce que sur ces pétales je vois écrit un ordre qui me vint de Dieu et que je sens l’odeur pure de la brise céleste” Évocation de l'Annonciation qui a eu lieu dans les premiers jours de Nisan (pour nous 25 mars). Voir EMV 16). . Tu t’en souviens, Jude?” demande Jacques d’Alphée à son frère.
“Oui, je m’en souviens. Et je me rappelle que, devenu homme, j’attendais avec anxiété le printemps pour voir Marie se déplacer dans son jardin sous les nuées de ses arbres en fleurs et à travers les haies des premières roses. Je n’ai jamais vu de spectacle plus beau que celui de cette éternelle jeune fille glissant parmi les fleurs, au milieu des vols de colombes…”
346.2 – “Oh! allons vite la voir, Seigneur! Que moi aussi je voie tout cela!” supplie Thomas.
“Nous n’avons qu’à accélérer la marche et reposer très peu la nuit, pour arriver à temps à Nazareth” répond Jésus.
“Tu me fais ce plaisir, Seigneur?”
“Oui, Thomas. Nous irons tous à Bethsaïda, et puis à Capharnaüm, et là nous nous séparerons, nous pour aller en barque à Tibériade et puis à Nazareth. De cette façon nous tous, sauf les juifs, nous prendrons des vêtements plus légers. L’hiver est fini.”
“Oui, et nous allons dire à la Colombe Cantique des cantiques 1,15. : “Lève-toi vite, ô ma bien- aimée, et viens Cantique des cantiques 2,10. car l’hiver est passé, la pluie est finie Cantique des cantiques 2,11. , il y a des fleurs sur la terre Cantique des cantiques 2,12. …Debout, ô mon amie, et viens Cantique des cantiques 2,13. , colombe qui restes cachée, montre-moi ton visage, et fais-moi entendre ta voix.” Cantique des cantiques 2,14.
“Bravo, Jean! Tu sembles un amoureux qui chante sa chanson à sa belle!” dit Pierre.
“Je le suis. Je le suis de Marie. Je ne vois pas d’autre femme qui éveille mon amour. Il n’y a que Marie, que j’aime de tout moi- même.”
“Je le disais moi aussi, il y a un mois. N’est-ce pas, Seigneur?” dit Thomas.
“Je crois que nous sommes tous énamourés d’elle. Un amour si élevé, si céleste!… Tel qu’il n’y a que cette Femme qui puisse l’inspirer. Et l’âme aime complètement son âme, l’esprit aime et admire son intelligence, l’œil l’admire et se complaît dans sa grâce pure qui donne une affection sans trouble, tout comme quand on regarde une fleur… Marie, la Beauté de la terre et, je crois, la Beauté du Ciel…” dit Matthieu.
“C’est vrai! C’est vrai! Tous nous voyons en Marie ce qu’il y a de plus doux dans la femme. À la fois l’enfant pure et la mère très douce. Et on ne sait pas si on l’aime plus pour l’une ou l’autre de ces grâces…” dit Philippe.
“On l’aime parce que c’est “Marie”. Voilà!” dit Pierre sentencieusement.
346.3 – Jésus les a entendus parler et il dit:
“Vous avez tous bien parlé. Simon Pierre a très bien parlé. On aime Marie parce que c’est “Marie”. Je vous ai dit, en allant à Césarée,
que seuls ceux qui uniront une foi parfaite à un amour parfait arriveront à connaître le vrai sens des mots: “Jésus, le Christ, le Verbe, le Fils de Dieu et le Fils de l’homme”. Mais maintenant aussi je vous dis qu’il y a un autre nom lourd de sens. Et c’est celui de ma Mère. Seulement ceux qui uniront une foi parfaite à un amour parfait arriveront à connaître le vrai sens du nom “Marie”, de la Mère du Fils de Dieu. Et le vrai sens commencera à apparaître clairement aux vrais croyants et aux vrais aimants dans une heure redoutable de déchirement, quand celle qui a enfanté sera suppliciée avec celui qui est né d’elle, quand la Rédemptrice rachètera avec le Rédempteur, aux yeux de tout le monde et pour tous les siècles des siècles.”
“Quand?” demande Barthélemy alors qu’ils se sont arrêtés sur les bords d’un gros ruisseau où boivent de nombreux disciples.
“Arrêtons-nous ici pour partager le pain. Le soleil est au midi. Ce soir nous serons au lac de Méron et nous pourrons raccourcir le chemin avec de petites barques” répond évasivement Jésus.
Tous s’asseyent sur l’herbe, tendre et attiédie par le soleil, des bords du ruisseau, et Jean dit: