“C’est dommage d’abîmer ces petites fleurs si gentilles. On dirait des morceaux de ciel tombés ici sur les prés.”

Il y a des centaines et des centaines de myosotis.

“Elles renaîtront plus belles demain, dit Jacques à son frère pour le consoler. Elles ont fleuri afin de faire au-dessus des mottes une salle de banquet pour le Seigneur.”

Jésus offre et bénit la nourriture et tous se mettent à manger allègrement. Les disciples, comme autant de tournesols, regardent tous vers Jésus qui est assis au milieu de la rangée de ses apôtres.

346.4 – Le repas est vite fini, assaisonné de sérénité et d’eau pure. Mais, comme Jésus reste assis, personne ne bouge. Les disciples aussi s’approchent pour entendre ce que dit Jésus que ses apôtres interrogent, et ils l’interrogent encore sur ce qu’il a dit avant de sa Mère.

“Oui. Parce qu’être ma Mère selon la chair, se serait déjà une grande chose. Pensez que l’on se rappelle Anne d’Elcana en tant que mère du prophète Samuel 1Samuel 1,20. . Mais lui n’était qu’un prophète, et pourtant on se souvient de sa mère parce qu’elle l’a engendré.

Par conséquent le souvenir de Marie serait accompagné des plus grands éloges parce qu’elle a donné au monde Jésus le Sauveur. Mais ce serait peu par rapport à ce que Dieu exige d’elle pour compléter la mesure requise pour la rédemption du monde. Marie ne décevra pas le désir de Dieu. Elle ne L’a jamais déçu. Depuis la requête d’un amour total a celle d’un sacrifice total, elle s’est donnée et elle se donnera. Et quand elle aura consommé le plus grand sacrifice, avec Moi, pour Moi, et pour le monde, alors les vrais fidèles et les vrais aimants comprendront le vrai sens de son Nom. Et dans les siècles des siècles, il sera accordé de le savoir à tout véritable fidèle, à tout véritable aimant. Le Nom de la Grande Mère, de la sainte Nourrice qui allaitera dans les siècles des siècles les enfants du Christ par ses pleurs, pour les faire croître à la Vie des Cieux.”

“Pleurer, Seigneur? Elle doit pleurer ta Mère?” demande l’Iscariote.

“Toute mère pleure, et la mienne pleurera plus que toute autre.”

“Mais pourquoi? J’ai fait quelquefois pleurer ma mère parce que je ne suis pas toujours un bon fils. Mais Toi! Tu ne donneras jamais de douleur à ta Mère.”

“Non. En effet je ne lui donne pas de douleur en tant que Fils, mais je lui en donnerai en tant que Rédempteur. Il y en aura deux qui feront verser à ma Mère des pleurs qui n’auront pas de fin: Moi pour sauver l’Humanité, et l’Humanité par son continuel péché. Tout homme qui a vécu, vit ou vivra coûte des larmes à Marie.”

“Mais pourquoi?” demande Jacques de Zébédée, étonné.

“Parce que tout homme me coûte des tortures à Moi, pour le racheter.”

“Mais comment peux-tu dire cela de ceux qui sont morts ou de ceux qui ne sont pas encore nés? Te feront souffrir ceux qui sont vivants, les scribes, les pharisiens, les sadducéens, par leurs accusations, leurs jalousies, leurs méchancetés, mais rien de plus” affirme, sûr de lui, Barthélemy.

“Jean-Baptiste a été tué aussi… et ce n’est pas le seul prophète qu’Israël ait tué, et le seul prêtre du Vouloir éternel, tué parce qu’il était mal vu de ceux qui désobéissent à Dieu.”

“Mais Toi, tu es plus qu’un prophète et plus que le Baptiste lui-même, ton Précurseur. Tu es le Verbe de Dieu. La main d’Israël ne se lèvera pas sur Toi” dit Jude Thaddée.

“Tu le crois, mon frère? Tu es dans l’erreur” lui répond Jésus.

“Non. Cela ne peut être! Cela ne peut arriver! Dieu ne le permettra pas! Ce serait avilir pour toujours son Christ!” Jude Thaddée est si agité qu’il se lève.

Jésus aussi l’imite et il regarde fixement son visage pâle, ses yeux sincères. Il dit lentement:

“Et pourtant il en sera ainsi” et il abaisse son bras droit qu’il tenait levé, comme pour jurer.

346.5 – Tous se lèvent et se serrent encore davantage autour de Lui, une couronne de visages affligés, mais plus encore incrédules, et des murmures circulent dans le groupe:

“Certainement… si c’était ainsi… le Thaddée aurait raison.”

“Ce qui est arrivé au Baptiste, c’est mal, Mais cela a exalté l’homme, héroïque jusqu’à la fin. Si cela arrivait au Christ, il en serait diminué.”

“Christ peut être persécuté, mais pas avili.”

“L’onction de Dieu est sur Lui.”