345.4 – “Son enfant est mort à peine né… Quel tourment! Elle essaie de le ranimer avec les forces qui lui restent… Mais il ne respire plus. Il est noir…!”
Et il secoue la tête en ajoutant:
“Pauvre Dorca!”
“Apporte-moi le bébé.”
“Mais il est mort, Seigneur!”
“Apporte-moi l’enfant, te dis-je, comme il est. Et dis à la mère qu’elle ait foi.”
L’intendant s’éloigne. Il revient:
“Elle ne veut pas. Elle dit qu’elle ne le donnera à personne. Elle semble folle. Elle dit que nous faisons cela pour le lui prendre.”
“Conduis-moi au seuil de sa pièce pour qu’elle me voie.”
“Mais…”
“Laisse courir! Je me purifierai après, si jamais…”
Ils vont rapidement par un couloir sombre jusqu’à une porte fermée. Jésus l’ouvre Lui-même en restant sur le seuil, en face du lit sur lequel une créature diaphane serre sur son cœur un petit être qui ne donne pas signe de vie.
“La paix à toi, Dorca. Regarde-moi. Ne pleure pas. Je suis le Sauveur. Donne-moi ton petit…”
Ce qu’il y a dans la voix de Jésus, je ne sais pas. Je sais que la femme désespérée, qui au premier regard avait férocement serré le nouveau-né sur son cœur, le regarde et son œil qui était tourmenté et fou s’ouvre à une lumière douloureuse, mais pleine d’espoir. Elle remet le petit être, enveloppé dans des linges fins, à la femme de l’intendant… et elle reste là, les mains tendues, la vie, la foi dans ses yeux dilatés, sourde aux prières de sa belle-mère qui voudrait la faire étendre.
345.5 – Jésus prend le paquet de chair à demi refroidie et de linge, et il tient le petit tout droit par les aisselles, et il appuie sa bouche sur les lèvres entrouvertes en se tenant penché car la petite tête pend en arrière. Il souffle fortement dans la gorge inerte… Il reste un instant les lèvres appuyées sur la petite bouche, puis il s’écarte… et un pépiement tremble dans l’air immobile… un second plus fort… un troisième… et enfin un vrai vagissement tout en essayant de remuer sa petite tête, en agitant ses mains, ses pieds, alors que dans un long pleur triomphal de nouveau-né se colore sa petite tête sans cheveux, sa figure minuscule… et le cri de la mère lui répond:
“Mon enfant! Mon amour! La descendance de mon Tobie! Sur mon cœur! Sur le cœur de maman… que je meure heureuse…” dit-elle dans un murmure qui s’éteint dans un baiser et une réaction d’abandon bien compréhensible.
“Elle meurt!” crient les femmes.
“Non. Elle entre dans un repos bien mérité. Quand elle va s’éveiller, dites-lui d’appeler l’enfant: Jésaï-Tobie. Je la reverrai au Temple le jour de sa purification. Adieu. La paix soit avec vous.”
Il referme lentement la porte et se détourne pour revenir où il était, vers ses disciples. Mais ils sont tous là, groupe ému qui a vu et qui le regarde avec admiration.
Ils reviennent ensemble dans la cour. Les saluent l’intendant abasourdi qui ne cesse de répéter:
“Comme il regrettera le Tétrarque de n’avoir pas été ici!”
Et ils reprennent la descente pour revenir à la ville.
Jésus met la main sur l’épaule du vieux Benjamin en lui disant:
“Je te remercie pour ce que tu nous as fait voir et pour avoir été la cause d’un miracle.”…