Et il porte sa main rugueuse de vieillard sur l’avant-bras de Jésus, comme pour le défendre.

“Qu’il nous donne un vrai signe et nous partirons convaincus” crient les ennemis.

“Ne te fâche pas, Matthias. Je vais parler” dit Jésus en calmant le vieillard.

Et s’adressant aux pharisiens, aux sadducéens et aux docteurs, il dit:

“Quand vient le soir, vous scrutez le ciel et s’il rougit au crépuscule vous, d’après un vieux dicton, vous dites: “Demain, le temps sera beau car le crépuscule rougit le ciel”. De même à l’aube, quand dans l’air que rendent obscur le brouillard et les vapeurs le soleil ne s’annonce pas couleur d’or, mais paraît étendre du sang sur le firmament, vous dites: “La journée ne passera pas sans tempête”. Vous donc vous savez lire le temps du lendemain ou de la journée dans les signes instables du ciel et ceux encore plus changeants des vents. Et vous n’arrivez pas à distinguer les signes des temps? Cela n’honore pas votre intelligence et votre science, et déshonore complètement votre esprit et votre prétendue sagesse.

Vous appartenez à une génération perverse et adultère, née en Israël du mariage de ceux qui se sont souillés avec le Mal. Vous en êtes les héritiers et vous accroissez votre perversité et aggravez votre adultère en répétant le péché de ceux qui ont engendré cette erreur. Eh bien, sache-le, Matthias, sachez-le, vous de Cédès, et tous ceux qui sont ici comme fidèles ou comme ennemis. Voici la prophétie que Moi je dis pour remplacer celle de Habacuc que je voulais expliquer: à cette génération perverse et adultère qui demande un signe, il ne sera donné que celui de Jonas… Celui de Jonas, comme déjà en EMV 269.10. Allons. Que la paix soit avec ceux qui sont de bonne volonté.”

Et par une porte latérale qui ouvre sur un chemin silencieux, entre les jardins et les maisons, il s’éloigne avec les apôtres.

342.8 – Mais les gens de Cédès ne se donnent pas pour battus. Certains le suivent, et l’ayant vu entrer dans une petite auberge dans les faubourgs orientaux de la ville, ils en portent la nouvelle au chef de la synagogue et à leurs concitoyens. Et Jésus est encore en train de manger, quand la cour ensoleillée de l’auberge se remplit de gens et que le vieux chef de la synagogue avec d’autres anciens de Cédès se présente à l’entrée de la pièce où est Jésus et s’incline en implorant:

“Maître, en nous est resté le désir d’entendre ta parole. Elle était si belle, expliquée par Toi, la prophétie de Habacuc! Prophétie, dont l'explication, qui commence par les citations d'Habacuc 1, 2.3.5, reprend avec l'interruption des pharisiens, par celles d'Habacuc 1, 12-13 ; Habacuc 2, 3.4.6.9.12.18 ; Habacuc 3, 2-5. Pourquoi à cause de ceux qui te haïssent devraient-ils rester sans te connaître ceux qui t’aiment et croient en ta Vérité?”

“Non, père. Il ne serait pas juste de punir les bons à cause des mauvais. Alors écoutez…” (et Jésus laisse son repas pour se présenter sur la porte et parler à ceux qui sont groupés dans la petite cour tranquille).

“Dans les paroles du chef de votre synagogue, il y a un écho de celles de Habacuc. Pour lui et pour vous tous, il reconnaît et professe que je suis la Vérité. Habacuc reconnaît et professe: “Depuis le commencement, Tu es et Tu es avec nous, et nous ne mourrons pas Habacuc 1,12. ”. Ainsi en sera-t-il. Il ne périra pas celui qui croit en Moi. Le Prophète me représente comme Celui que Dieu a établi pour juger, comme Celui que Dieu a rendu fort pour châtier, comme Celui dont les yeux sont trop purs pour voir le mal, et qui ne pourra supporter l’iniquité.

Mais s’il est vrai que le péché me donne de la répugnance, vous voyez pourtant que j’ouvre les bras, parce que je suis le Sauveur, à ceux qui se sont repentis de leur péché. C’est pour cela que je tourne mon regard même sur celui qui est coupable et que j’invite celui qui est impie à se convertir…

342.9 – O vous de Cédès, ville lévitique, ville sanctifiée par la charité pour qui est coupable d’un crime - et tout homme a péché contre Dieu, contre son âme et contre le prochain - venez alors à Moi, Refuge des pécheurs. Ici, dans mon amour, même l’anathème de Dieu ne pourrait vous frapper, car mon regard suppliant pour vous change l’anathème de Dieu en bénédiction de pardon.

Écoutez, écoutez! Écrivez dans vos cœurs cette promesse, comme Habacuc écrivit sur un rouleau sa prophétie certaine. Là, il est dit: “S’il tarde, attends-le, car Celui qui doit venir viendra sans tarder Habacuc 2,3. ”. Voilà: Celui qui doit venir est venu. C’est Moi.

“Celui qui est incrédule n’a pas une âme juste” dit le Prophète, et dans sa parole se trouve la condamnation de ceux qui m’ont tenté et insulté. Ce n’est pas Moi qui les condamne, mais le Prophète qui m’a vu d’avance, et qui a cru en Moi. Lui, de même qu’il me dépeint comme le Triomphateur, ainsi il dépeint l’homme orgueilleux, en disant qu’il est sans honneur ayant ouvert son âme à la cupidité et à l’insatiabilité, comme est cupide et insatiable l’enfer. Et il menace: “Malheur à celui qui accumule des biens qui ne lui appartiennent pas et qui se couvre de boue Habacuc 2,6. ”. Les mauvaises actions contre le Fils de l’homme sont cette boue, et vouloir le dépouiller de sa sainteté pour qu’elle n’offusque pas la leur, c’est de la cupidité.

“Malheur” dit le Prophète “à celui qui entasse dans sa maison les fruits de son avarice perverse pour y placer en haut son nid. Il croit échapper ainsi aux griffes du mal Habacuc 2,9. ”. Cela c’est se déshonorer et tuer sa propre âme.

“Malheur à celui qui édifie une ville sur le sang et construit des forteresses sur l’injustice Habacuc 2,12. ”. En vérité une trop grande partie d’Israël cimente les forteresses de sa cupidité avec les larmes et le sang, et attend la fin pour faire le plus dur pétrissage. Mais que peut une forteresse contre les flèches de Dieu? Que peut une poignée d’hommes contre la justice du monde entier qui criera d’horreur à cause du crime sans égal?

Oh! comme le dit bien Habacuc! “À quoi sert la statue? Habacuc 2,18. ”. Et la statue idolâtrique, c’est désormais la sainteté mensongère d’Israël.

Seul le Seigneur est dans son Temple saint, et c’est vers Lui seul que s’inclinera la terre et elle tremblera d’adoration et d’épouvanté, alors que le signe promis sera donné une fois et une seconde fois et que le Temple vrai, dans lequel Dieu repose, montera glorieux dire aux Cieux: “C’est accompli!” comme Il l’avait dit en sanglotant à la terre pour la purifier par l’annonce de sa venue.

“Fiat!” a dit le Très-Haut, et le monde exista. “Fiat!” dira le Rédempteur et le monde sera racheté. C’est Moi qui donnerai au monde de quoi être racheté. Et seront rachetés ceux qui auront la volonté de l’être.

342.10 – Maintenant levez-vous. Disons la prière du Prophète, mais comme il est juste de la dire en ce temps de grâce:

“J’ai entendu, Seigneur, l’annonce de ta venue et je m’en suis réjoui”. Ce n’est plus le temps de l’épouvante, ô vous qui croyez au Messie.

“Seigneur, ton œuvre est au milieu des années, fais-la vivre malgré les embûches des ennemis. Au milieu des ans, Tu la rendras manifeste”. Oui, quand le temps sera accompli, l’œuvre sera achevée.

“Et au milieu du dédain resplendira la miséricorde” car le dédain retombera seulement sur ceux qui auront mis des filets et des lacets et lancé des flèches contre l’Agneau Sauveur.

“Dieu viendra de la Lumière au monde”. C’est Moi qui suis la Lumière venue pour vous apporter Dieu. Ma splendeur inondera la terre en jaillissant à pleins fleuves “là où les cornes pointues” auront déchiré les Chairs de la Victime, dernière victoire “de la Mort et de Satan qui s’enfuiront vaincus devant le Vivant et le Saint”.

Gloire au Seigneur! Gloire à Celui qui a fait! Gloire à Celui qui a donné le soleil et les astres! À Celui qui a fait les montagnes. Au Créateur des mers. Gloire, gloire infinie au Bon qui veut le Christ pour sauver son peuple, pour sauver l’homme!

Unissez-vous, chantez avec Moi car la Miséricorde est venue au monde et qu’il est proche le temps de la Paix. Celui qui vous tend les mains, vous exhorte à croire et à vivre dans le Seigneur car le temps est proche où Israël sera jugé avec vérité.

La paix à vous ici présents, à vos familles, à vos maisons.”

Jésus trace un large geste de bénédiction et il va se retirer. Mais le chef de la synagogue Lui demande:

“Reste encore.”

“Je ne peux pas, père.”

“Envoie-nous au moins tes disciples.”

“Vous les aurez sans faute. Adieu. Va en paix.”

342.11 – Ils restent seuls…

“Mais je voudrais savoir qui nous les a envoyés sur notre chemin. Ils semblent des nécromanciens…” dit Pierre.

L’Iscariote s’avance, pâle. Il s’agenouille aux pieds de Jésus.

“Maître, c’est moi le coupable. J’ai parlé dans cette ville… avec l’un d’eux dont j’étais l’hôte… Séphet ? Cf. la nuit de débauche de Judas en EMV 338.

“Comment? C’est autre chose que la pénitence! Tu es…”

“Silence, Simon de Jonas! Ton frère s’accuse sincèrement. Honore-le à cause de cette humiliation. Ne te tourmente pas, Judas. Je te pardonne. Tu le sais que je pardonne. Sois plus prudent une autre fois… Et maintenant, partons. Nous marcherons tant qu’il y aura la lune. Nous devons passer le fleuve avant l’aube. Partons. Ici derrière, commence le bois. Ils perdront nos traces, aussi bien les bons que les mauvais. Demain, nous serons sur la route de Panéade.”