Le soleil est au midi quand ils voient apparaître le carrefour. Voici le commencement de l’escalier de Tyr L'escalier de Tyr se trouvait à 15-20 kms au sud de Tyr sur le sentier le long de la côte. C'était un promontoire rocheux taillé en forme de marches d'escalier directement dans la montagne. , là au fond» dit Matthieu.
Et il se réjouit à la pensée que la plus grande partie du parcours est faite.
Justement, adossée à une borne romaine, se tient une femme. A ses pieds, sur un strapontin, une fillette de sept à huit ans. La femme regarde dans toutes les directions, vers l’escalier taillé dans les rochers, vers la route de Ptolémaïs, vers celle que parcourt Jésus, et de temps à autre elle se penche pour faire une caresse à sa fille, lui protéger la tête du soleil par une toile, recouvrir d’un châle ses pieds et ses mains…
- Voilà la femme! Mais où aura-t-elle dormi pendant ces jours? demande André.
- Peut-être dans cette maison, tout près du carrefour. Il n’y en a pas d’autres dans le voisinage, répond Matthieu.
- Ou à la belle étoile, dit Jacques d’Alphée.
- Non. À cause de la fillette, non, répond son frère.
- Oh! pour obtenir la grâce… dit Jean.
331.10 - “Jésus garde le silence, mais il sourit. Tous en rang, trois d’un côté, trois de l’autre, et lui au milieu, ils prennent toute la route à cette heure de pause des voyageurs, occupés à déjeuner là où les a pris le milieu du jour.
Jésus sourit, grand, beau, au milieu d’eux. On dirait que toute la lumière du soleil s’est concentrée sur son visage, tant il est radieux. Il semble diffuser des rayons.
La femme lève les yeux… Ils sont désormais à une cinquantaine de mètres de distance. Peut-être Jésus a-t-il attiré son attention, distraite par une plainte de la fille, par son regard fixé sur elle. Elle regarde… Elle porte les mains à son cœur en un mouvement involontaire provoqué par l’angoisse et sursaute.
Le sourire de Jésus s’épanouit. Et ce sourire resplendissant, inexprimable, doit être très parlant pour la femme qui, non plus anxieuse mais souriante comme si déjà elle éprouvait son futur bonheur, se penche pour prendre sa petite fille; elle la soulève de son siège, la porte les bras tendus comme si elle l’offrait à Dieu, s’avance et, quand elle arrive aux pieds de Jésus, elle s’agenouille en levant le plus qu’elle le peut la fillette allongée qui regarde, extasiée, le très beau visage de Jésus.
La femme ne dit pas un mot. D’ailleurs, que dire de plus profond que ce qu’elle exprime par toute son attitude?
Et Jésus ne dit qu’un seul mot, petit, mais puissant, béatifiant comme le “Fiat” de Dieu à la création du monde:
«Oui.»
Et il pose sa main sur la petite poitrine de l’enfant étendue.
Alors l’enfant, avec un cri d’alouette libérée de la cage, s’écrie «Maman!» et elle s’assied tout d’un coup, glisse à ses pieds, et embrasse sa mère qui, épuisée, vacille et va tomber à la renverse, s’évanouissant par suite de la fatigue, de l’angoisse subitement apaisée, de la joie qui dépasse les forces de son cœur déjà affaibli par tant de souffrances passées.
Jésus la soutient promptement. Son intervention est plus efficace que celle de la fillette qui, alourdissant de son poids les bras maternels, ne l’aide pas précisément à la soutenir. Jésus la fait asseoir et lui transmet sa force… Et il la regarde pendant que des larmes muettes coulent sur le visage à la fois las et bienheureux de la mère.
331.11 - Puis viennent les mots:
«Merci, mon Seigneur! Merci et bénédictions! Mon espérance a été comblée… Je t’ai tant attendu… Mais maintenant je suis heureuse…»
La femme, une fois con malaise dissipé, se remet à genoux et adore, tenant devant elle la fillette que Jésus caresse. Elle explique:
«Il y a deux ans, un os s’est détérioré dans sa colonne vertébrale, ce qui l’a paralysée et l’amenait à la mort lentement en la faisant beaucoup souffrir. Nous l’avions montrée à des médecins d’Antioche, de Tyr, de Sidon et même de Césarée et de Panéade, faisant tant de dépenses en médecins et en remèdes que nous avons dû vendre la maison que nous possédions en ville et nous retirer dans celle de campagne, congédier les serviteurs de la maison pour ne garder que ceux de la campagne, vendre nos productions, qu’auparavant nous consommions… Et cela n’a servi à rien! Je t’ai vu. Je savais ce que tu avais fait ailleurs. J’ai espéré obtenir ta grâce pour moi aussi… Et je l’ai eue! Maintenant, je retourne à la maison, légère, joyeuse… et je vais faire cette joie à mon époux… A mon Jacques, lui qui m’a mis au cœur l’espérance, en me racontant ce qui était arrivé par ta puissance en Galilée et en Judée. Ah! si nous n’avions pas craint de ne pas te trouver, nous serions venus avec la fillette. Mais tu es toujours en route.
- C’est en faisant route que je suis venu vers toi… Mais où as-tu séjourné pendant ce temps?
- Dans cette maison… Mais la nuit, ma fillette seule y restait. Il y a là une brave femme: elle en prenait soin à ma place. Moi, je suis restée tout le temps ici, par crainte de te manquer si tu passais de nuit.»
Jésus pose sa main sur sa tête: