331 – La foi de la Cananéenne et d’autres conquêtes. L’arrivée à Aczib
15 novembre 1945
Le jeudi 15 novembre 1945
331.1 – “Est-ce que le Maître est avec toi?” demande le vieux paysan Jonas à Jude, qui entre dans la cuisine.
Déjà le feu est allumé pour chauffer le lait et réchauffer la pièce, car il fait frisquet en ces premières heures d’une matinée de fin janvier, je crois, ou de début février. La matinée est très belle, mais le froid est un peu piquant.
«Il doit être sorti pour prier. Il sort souvent à l’aube, quand il sait qu’il peut être seul. Il va bientôt arriver. Pourquoi le demandes-tu?
– Je l’ai demandé aussi aux autres, qui se sont maintenant dispersés pour le chercher, car il y a une femme à côté, avec mon épouse. C’est une femme d’un village d’au-delà de la frontière. Je ne sais vraiment pas dire comment elle a appris que le Maître est ici, mais elle le sait et elle veut lui parler.
– C’est bien. Elle lui parlera. Peut-être est-elle celle qu’il attend, avec une fillette malade. C’est son esprit qui l’aura conduite ici.
- Non. Elle est seule, elle n’a pas d’enfant avec elle: je la connais bien, parce que les villages sont si voisins… et la vallée appartient à tous. Et puis, moi je pense qu’il ne faut pas être cruel avec ses voisins, même phéniciens, pour servir le Seigneur. Je peux me tromper mais…
- C’est aussi ce que le Maître dit toujours: qu’il faut avoir pitié de tous.
- C’est ce qu’il fait, n’est-ce pas?
- Oui.
- Hanne m’a dit aussi que, même maintenant, il a été traité mal. Mal, toujours mal!… En Judée, comme en Galilée, partout. Pourquoi donc Israël est-il si mauvais avec son Messie? Je veux parler des plus grands parmi nous en Israël, car le peuple l’aime.
- Comment sais-tu tout cela?
- Oh! je vis ici, au loin, mais je suis un juif fidèle. Il me suffit d’aller au Temple pour les fêtes d’obligation Il y a trois fêtes d'obligation au cours desquelles le juif pieux doit se rendre au Temple de Jérusalem : Pâque (Pessah), Pentecôte (Shavouot) et les tabernacles (Soukkot). Cf. Exode 23,14-17 et Deutéronome 16,1-16. pour savoir tout le bien et tout le mal! Et on connaît moins le bien que le mal, parce que le bien est humble et ne se vante pas. Les bénéficiaires devraient le proclamer, mais peu nombreux sont ceux qui sont reconnaissants après avoir reçu des grâces. L’homme reçoit le bienfait et l’oublie… Le mal, au contraire, fait résonner ses trompettes et retentir ses paroles, même aux oreilles de ceux qui ne veulent rien entendre. Vous qui êtes ses disciples, ne savez-vous pas à quel point, au Temple, on dénigre et on accuse le Messie? Les scribes ne font plus d’enseignement autre que sur son compte. Je crois qu’ils ont mis au point un recueil d’instructions sur la manière d’accuser le Maître et de faits qu’ils présentent comme des motifs valables d’accusation. Et il faut avoir la conscience très droite, ferme et libre, pour savoir résister et juger avec sagesse. Mais lui, est-il informé de ces manœuvres?
- Il les connaît toutes. Nous, plus ou moins, nous sommes aussi au courant, mais lui ne s’en soucie guère. Il continue son travail et le nombre des disciples ou des croyants augmente chaque jour. - Dieu veuille qu’ils tiennent bon jusqu’à la fin, mais les pensées de l’homme sont instables. Il est faible…
331.2 - Voici le Maître qui vient vers la maison avec trois disciples.»
Et le vieillard sort, suivi de Jude, pour vénérer Jésus qui, plein de majesté, se dirige vers la maison.
«Que la paix soit avec toi, aujourd’hui et toujours, Jonas.
- Gloire et paix avec toi, Maître, toujours Les salutations de Jésus et de Jonas sont plus chaleureuses que les formules usuelles. .
- Paix à toi, Jude. André et Jean ne sont-ils pas encore revenus?
- Non, et je ne les ai pas entendus sortir. Personne. J’étais fatigué et j’ai dormi comme une souche.
- Entre, Maître. Entrez. L’air est frais ce matin. Dans le bois il devait faire très froid. Voilà du lait chaud pour tout le monde.»
Ils sont en train de boire le lait et tous, sauf Jésus, y trempent de bons morceaux de pain, quand surviennent André, Jean et Hanne, le berger.
«Ah! tu es ici? Nous revenions pour dire que nous ne t’avions pas trouvé…» s’écrie André.