“Je sais ce qu’il y a dans les cœurs et je connais l’avenir.”
Les soldats, en attendant, se sont mis au soleil. Ils lorgnent, commentent…
“Comment donc pourraient-ils nous aimer, s’ils le détestent Lui qui ne les opprime pas?”
“Et qui fait des miracles, devrais-tu dire…”
“Par Hercule! Quel est celui de nous qui est allé prévenir qu’il y avait un suspect?”
“C’est Caïus!”
“Celui qui fait du zèle! En attendant, nous avons manqué la soupe et je prévois que je vais perdre le baiser d’une fillette!… Ah!”
“Épicurien! Où est ta belle?”
“Je ne te le dirai sûrement pas à toi, ami!”
“Elle est derrière le potier, du côté des Fondations. Je le sais. Je t’ai vu, il y a quelques soirs…” dit un autre.
329.15 – Le triaire, comme s’il passait, va vers Jésus et Lui tourne autour, il le regarde, le regarde. Il ne sait que dire… Jésus lui sourit pour l’encourager. L’homme ne sait que faire… Mais il s’approche davantage. Jésus montre les cicatrices:
“Toutes des blessures? Tu es un preux et un fidèle, alors…”
Le vieux soldat rougit à ce compliment.
“Tu as beaucoup souffert pour l’amour de ta Patrie et de ton empereur… Ne voudrais-tu pas souffrir un peu pour une plus grande Patrie: le Ciel? Pour un Empereur éternel: Dieu!”
Le soldat secoue la tête et il dit:
“Je suis un pauvre païen, mais il n’est pas dit que je n’arrive pas moi aussi à la onzième heure. Mais qui va m’instruire? Tu vois!… Ils te chassent. Et ce sont des blessures qui font mal, pas les miennes! Moi, au moins, je les ai rendues aux ennemis. Mais Toi, que donnes-tu à ceux qui te blessent?”
“Le pardon, soldat. Le pardon et l’amour.”
“Moi, j’ai raison. Le soupçon qu’ils font peser sur Toi est stupide. Adieu, galiléen.”
“Adieu, romain.”
Jésus reste seul jusqu’à ce que les frères et les disciples reviennent avec des vivres. Les frères en offrent aux soldats pendant que les disciples en offrent à Jésus. Ils mangent sans appétit, au soleil, pendant que les soldats mangent et boivent joyeusement.
Puis un soldat sort pour regarder sur la place silencieuse.
“Nous pouvons aller, crie-t-il. Ils sont tous partis. Il n’y a plus que les patrouilles.”
Jésus se lève docilement, il bénit et réconforte les trois frères auxquels il donne un rendez-vous pour la Pâque au Gethsémani, et il sort, encadré par les soldats avec ses disciples humiliés qui viennent par derrière et ils suivent la route vide jusqu’à la campagne.
“Salut, galiléen” dit le triaire.
“Adieu, Aquila. Je t’en prie: ne faites pas de mal à Daniel, Élie et Philippe. C’est Moi, seul le coupable. Dis-le au centurion.”
“Je ne vais rien dire. À cette heure, il ne s’en souvient même plus, et les trois frères nous fournissent un bon ravitaillement, spécialement de ce vin de Chypre que le centurion aime plus que la vie. Sois tranquille. Adieu.”
Ils se séparent. Les soldats repassent les portes. Jésus et les siens se dirigent vers l’est, à travers la campagne silencieuse.