Jésus, entre temps, est entré dans la cour avec une suite de gens. En arrière, se traînant péniblement, il y a un des mendiants, un bancal qui se traîne avec les mains plutôt qu’avec les jambes. Mais si les jambes sont tordues et sans force, et sans l’aide de béquilles il ne saurait avancer, la voix est très robuste! On dirait une sirène qui déchire l’atmosphère ensoleillée du matin:
“Saint! Saint! Messie! Rabbi! Pitié!”
Il ne cesse de crier à perdre haleine.
Deux ou trois personnes se retournent:
“Garde ton souffle! Marc est hébreu, toi, pas.”
“Il accorde des grâces aux vrais israélites, pas aux fils de chiens!”
“Ma mère était juive…”
“Et Dieu l’a frappée en te donnant à elle, toi monstre, à cause de son péché. Va-t’en, fils de louve! Retourne à ta place, être pétri de boue…”
L’homme s’adosse au mur, humilié, effrayé par la menace des poings tendus…
Jésus s’arrête, se retourne, regarde. Il commande:
“Homme, viens ici!”
L’homme le regarde, regarde ceux qui le menacent… et il n’ose pas avancer.
Jésus fend la petite foule et il va à lui. Il le prend par la main, c’est-à-dire lui met la main sur l’épaule, et dit:
“N’aie pas peur. Viens avec Moi”
Et regardant les gens cruels, il dit, l’air sévère:
“Dieu appartient à tous les hommes qui le cherchent et sont miséricordieux.”
Les gens comprennent l’allusion, et maintenant ce sont eux qui restent en arrière, ou plutôt qui s’arrêtent où ils sont.
Jésus se retourne. Il les voit là, confus, prêts à s’en aller, et il leur dit:
“Non, venez, vous-aussi. Cela vous fera du bien à vous aussi, cela redressera et fortifiera votre âme comme je redresse et fortifie cet homme parce qu’il a su avoir foi. Homme, je te le dis, sois guéri de ton infirmité.”
Et il retire la main de l’épaule du bancal après que celui-ci ait éprouvé une sorte de secousse. L’homme se redresse avec assurance sur ses jambes, jette ses vieilles béquilles et il crie:
“Il m’a guéri! Louange au Dieu de ma mère!”
Puis il s’agenouille pour baiser le bord du vêtement de Jésus.
329.5 – L’agitation des gens qui veulent voir, ou qui, ayant vu, font des commentaires, est à son comble. Dans le fond de l’entrée qui mène de la place à la cour, les cris qui viennent de la foule résonnent bruyamment et se répercutent contre les murs du Camp.
Les troupes doivent craindre qu’il se soit produit une rixe - cela doit se produire facilement dans ces endroits où il y a tant d’oppositions de races et de religions - et le porte-drapeau accourt en se frayant brutalement un chemin et en demandant ce qui arrive.
“Un miracle, un miracle! Jonas, le bancal, a été guéri, Le voilà, près de l’Homme de Galilée.”