322.3 – “Comment ferons-nous pour les quitter?”
“Je dirais de le faire quand Philippe les aura reçus, en restant peut-être cachés à Antioche quelque temps, en allant nous informer auprès de Philippe comment ils s’habituent…” suggère André.
“Non. Ce serait les faire souffrir par une séparation aussi brutale” dit Jacques d’Alphée.
“Alors, voilà, suivons à moitié le conseil d’André. Restons à Antioche, mais pas dans la maison de Philippe. Et pendant quelques jours on va les trouver, toujours moins, toujours moins, jusqu’à… ce qu’on n’y aille plus” dit l’autre Jacques.
“Douleur toujours renouvelée et cruelle déception. Non. Non, il ne faut pas le faire” dit le Thaddée.
“Qu’allons-nous faire, Simon?”
“Ah! pour moi! Je voudrais être à leur place plutôt que de devoir leur dire: “Adieu” dit Pierre découragé.
“Moi, je propose une chose, dit Simon le Zélote. Allons avec eux chez Philippe, et restons-y. Puis, toujours ensemble, nous allons à Antigonea. C’est un endroit charmant… Et nous y restons. Une fois qu’ils se seront habitués nous nous retirons douloureusement, mais virilement. Voilà ce que je dirais, à moins que Simon-Pierre n’ait des ordres différents du Maître.”
“Moi? Non. Il m’a dit: “Fais tout, comme il faut, avec amour, sans paresse et sans hâte, et de la façon que tu juges la meilleure”. Jusqu’à présent il me semble l’avoir fait. Il n’y a que je me suis donné comme pêcheur!… Mais si je ne l’avais pas dit, il ne me laissait pas sur le pont.”
“Ne te fais pas de scrupules sans fondements, Simon. Ce sont des embûches du démon pour te troubler” dit le Thaddée pour le réconforter.
“Oh! oui! C’est tout à fait cela. Je crois qu’il est autour de nous comme il ne l’a jamais été, nous créant des obstacles et des frayeurs pour nous amener à être lâches” dit l’apôtre Jean.
Puis il termine tout bas:
“Je crois qu’il voulait amener ces deux à désespérer en les gardant en Palestine… et maintenant qu’ils fuient ses embûches, il se venge sur nous…
Je le sens autour de moi, comme un serpent caché dans l’herbe… Et cela fait des mois que je le sens ainsi autour de moi… Mais voici l’hôtelier d’un côté, et Jean avec Syntica de l’autre. Je vous dirai le reste quand nous serons seuls, si cela vous intéresse.”
En effet d’un côté de la cour s’amène le char robuste auquel est attelé un robuste cheval conduit pas l’hôtelier, alors que de l’autre côté viennent vers eux les deux disciples.
“Est-ce l’heure de partir?” demande Syntica.
“Oui, c’est l’heure. Es-tu bien couvert, Jean? Tes douleurs vont mieux?”
“Oui, je suis enveloppé dans la laine, et l’onction m’a fait du bien.”
322.4 – “Alors, monte, nous venons nous aussi.”…Une fois le chargement fait et tout le monde installé, ils sortent par la large porte cochère après que l’hôtelier ait renouvelé ses assurances sur la docilité du cheval. Ils traversent une place qu’on leur a indiquée et prennent une route près des murs jusqu’à ce qu’ils sortent par une porte, en côtoyant d’abord un canal profond et puis le fleuve lui-même.
C’est une belle route bien entretenue, qui se dirige vers le nord-est, mais en suivant les détours du fleuve. De l’autre côté, il y a des monts très verts sur leurs pentes, dans leurs failles et leurs ravins, et déjà on voit sur les buissons du sous-bois, dans les endroits les plus ensoleillés, se gonfler les gemmes de mille arbustes.
“Que de myrtes!” s’écrie Syntica.
“Et de lauriers!” ajoute Matthieu.
“Près d’Antioche, il y a un endroit consacré à Apollon Référence au bois sacré de cyprès à proximité du Daphneion, le "Sanctuaire du Laurier" consacré à Apollon, sur les hauteurs de Daphné au sud-ouest d'Antioche. ” dit Jean d’En-Dor.
“Peut-être que les vents ont apporté des graines jusqu’ici…”
“Peut-être, mais c’est un lieu rempli de belles plantes” dit le Zélote.