322 – Départ de Séleucie sur un char et arrivée à Antioche

Vision sans date

322.1 – “Sur la place du marché vous trouverez certainement un char mais si vous voulez le mien, je vous le donne en souvenir de Théophile. Si je suis un homme tranquille, c’est à lui que je le dois Il m’a défendu parce qu’il était juste. Et certaines choses ne s’oublient pas” dit le vieil aubergiste debout devant les apôtres dans le premier soleil du matin.

“Mais, ton char, pendant des jours nous le garderons au loin… Et puis qui va le conduire? Moi, j’y arrive avec l’âne… mais les chevaux…”

“Mais c’est la même chose, homme! Je ne vais pas te donner un poulain indompté, mais un prudent cheval de trait, doux comme un agneau. Mais vous aurez vite fait, et sans peine. À none À none = à 15 heures. Le jour commençait à 6 heures du matin : la neuvième heure est donc 3 heures de l'après-midi. Les journées allaient de 18 heures à 18 heures, usage que conserve la liturgie contemporaine et autorise "la messe anticipée" du dimanche au samedi-soir. vous serez à Antioche, d’autant plus que le cheval connaît bien la route et y va tout seul. Tu me le rendras quand tu voudras, sans de ma part d’autre intérêt que de faire une chose agréable au fils de Théophile, à qui vous direz que je lui suis encore tant redevable, que je pense à lui et que je me considère son serviteur.”

“Que faisons-nous?” demande Pierre à ses compagnons.

“Ce que tu crois le meilleur. Tu en es juge, et nous obéissons…”

“Nous essayons le cheval? C’est à cause de Jean que je le dis… et aussi pour faire vite… Il me semble conduire quelqu’un à la mort, et j’ai hâte que tout soit fini…”

“Tu as raison” disent-ils tous.

“Alors, homme, j’accepte.”

“Et moi, je vous le donne avec joie. Je vais préparer le véhicule.”

322.2 – L’aubergiste s’en va. Pierre exprime entièrement ce qu’il pense:

“J’ai dépensé la moitié de ma vie en ces quelques jours. Quelle peine! Quelle peine! J’aurais voulu avoir le char d’Élie Ils (Élie et Élisée) continuaient de marcher en s'entretenant, et voici qu'un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre, et Élie monta au ciel dans un tourbillon. 2 Rois 2, 11. , le manteau emprunté à Élisée (Élisée) prenant le manteau d'Élie qui était tombé de dessus lui, en frappa les eaux (du Jourdain) et dit: "Où est Yahweh, le Dieu d'Élie ? Où est-il ? Lorsqu'il eut frappé les eaux, elles se partagèrent d'un côté et de l'autre, et Élisée passa. 2 Rois 2, 14. , tout ce qui est rapide pour faire vite… Et surtout j’aurais voulu, quitte à en souffrir la mort, donner quelque chose pour consoler ces pauvres, leur faire oublier, leur… Voilà, je ne sais pas! Quelque chose qui ne les fit pas autant souffrir… Mais si j’arrive à savoir qui est la cause principale de cette douleur C'est Judas de Kérioth qui a dénoncé au Sanhédrin les disciples "condamnables" de la suite de Jésus. Comme les autres disciples, Pierre l'ignore … heureusement. Seul Jésus le sait et il a ordonné cet exil pour leur éviter des poursuites. Cf. EMV 282. , je ne suis plus Simon de Jonas si je ne le tords pas comme un linge. Je ne parle pas de le tuer, oh! non! Mais le presser comme il a pressé la joie et la vie à ces deux pauvres…”

“Tu as raison, c’est une grande peine. Mais Jésus dit que l’on doit pardonner les offenses…” dit Jacques d’Alphée.

“Si c’était à moi qu’elles étaient faites, je devrais les pardonner. Et je le pourrais. Je suis sain et fort, et si quelqu’un m’offense j’ai la force de réagir aussi à la douleur. Mais ce pauvre Jean! Non, je ne puis pardonner l’offense faite à celui que le Seigneur a racheté, à quelqu’un qui meurt dans cette affliction…”

“Moi, je pense au moment où nous les quitterons tout à fait…” soupire André.

“Moi aussi. C’est une pensée fixe et qui s’accroît à mesure que le moment approche…” murmure Matthieu.

“Agissons vite, par pitié” dit Pierre.

“Non, Simon. Pardonne-moi si je te fais remarquer que tu as tort de le vouloir. Ton amour du prochain est en train de devenir un amour dévié, et en toi, qui es toujours droit, cette chose ne doit pas arriver” dit paisiblement le Zélote en mettant une main sur l’épaule de Pierre.

“Pourquoi, Simon? Tu es cultivé et bon. Montre-moi mon tort, et si je le constate, je dirais: tu as raison.”

“Ton amour est en train de devenir malsain parce qu’il est en train de se changer en égoïsme.”

“Comment? Je m’afflige pour eux et je suis égoïste?”

“Oui, mon frère, parce que toi, par excès d’amour - tout excès est désordre et pour cela conduit au péché - tu deviens lâche. Toi, tu ne veux pas souffrir de voir souffrir. Cela est de l’égoïsme, frère au nom du Seigneur.”

“C’est vrai! Tu as raison. Et je te remercie de m’avoir averti. C’est ce qu’il faut faire entre bons compagnons. C’est bien. Alors je ne serai plus pressé… Mais pourtant, dites la vérité, n’est-ce pas une peine?”

“Oui! Oui!…” disent-ils tous.