“Peu importe. Nous irons dormir, et demain nous chercherons le navire” répond Simon le Zélote.
“Mais allons-nous le trouver?”
“Jésus l’a dit. Nous le trouverons donc” dit le Thaddée avec assurance.
“Nous pouvons lever la voile, frère, observe André. Il y a maintenant un bon vent et nous irons plus vite.”
La voile, en effet, se gonfle, pas beaucoup mais suffisamment pour rendre moins nécessaire le travail des rameurs, et la barque glisse, comme allégée, vers Tyr dont le promontoire, ou plutôt l’isthme, apparaît blanc là-bas, au nord, dans les dernières lueurs du jour.
La nuit tombe, très vite. Et il paraît étrange, après la grisaille du jour, de voir pointer les étoiles avec une imprévisible clarté, et palpiter les étoiles de la Grande Ourse, alors qu’arrive sur la mer la lumière d’un clair de lune si blanc qu’il semble que l’aube pointe après le jour pénible, sans nuit…
318.7 – Jean de Zébédée lève la tête vers le ciel, regarde et rit, et à l’improviste se met à chanter, activant le mouvement des rames par son chant et le rythmant par celui-ci:
“Salut, Étoile du Matin Jasmin de la nuit, Lune d’or de mon Ciel, Mère sainte de Jésus.
Espérance des navigateurs, Te rêve celui qui souffre et meurt, Rayonne, Étoile sainte et pieuse, Vers celui qui t’aime, ô Marie!…”
Il chante en déployant sa voix de ténor, bienheureux. “Mais que fais-tu? Nous parlons de Jésus et toi tu parles de Marie?” demande son frère.
“Lui est en elle et elle en Lui. Mais il y a Lui parce qu’il y a eu elle… Laisse-moi chanter…” Et il s’y donne, entraînant les autres…
Ils arrivent ainsi à Tyr, et le débarquement est facile dans le port le plus petit, celui qui est au sud de l’isthme et que veillent les lampes de nombreuses barques, et ceux qui sont là ne refusent pas leur aide à ceux qui viennent d’arriver.
Alors que Pierre reste dans la barque avec Jacques, pour veiller sur les coffres, les autres, avec un homme d’une autre barque, vont vers l’auberge pour se reposer.