Simon le suit un peu mortifié. Ils sont presque sur le seuil quand il retient Jésus et Lui dit:

“Mon Frère, tu es en colère contre moi?”

“Non. Mais j’essaie de te former toi aussi comme je forme tous les autres disciples. Ne m’as-tu pas dit que tu voulais l’être?”

“Oui, Jésus. Mais les autres fois, tu ne parlais pas ainsi, même quand tu faisais des reproches. Tu étais plus doux…”

“Et à quoi cela a-t-il servi? Je l’ai été autrefois. Cela fait deux années que je le suis… Vous vous êtes reposés sur ma patience et ma bonté, ou bien vous avez affilé vos crocs et vos griffes. L’amour vous a servi à me nuire. N’est-ce pas vrai?…”

“Oui. c’est vrai. Mais alors tu ne seras plus bon?”

“Je serai juste. Et même, en l’étant, je serai toujours Celui que vous ne méritez pas, ô vous d’Israël, qui ne voulez pas reconnaître en Moi le Messie promis.”

313.5 – Ils entrent dans la petite pièce qui est tellement bondée que plusieurs sont passés dans la cuisine ou l’atelier de Joseph, et ce sont les apôtres, sauf les deux fils d’Alphée restés près de leur mère et de leur belle-sœur, auxquels s’unissent maintenant Marie qui entre, tenant par la main le petit Alphée. Sur le visage de Marie on voit clairement les traces des larmes qu’elle a versées.

Elle est sur le point de répondre à Simon qui lui assure qu’il viendra chez elle tous les jours, quand, dans la ruelle tranquille, s’avance un petit char et avec un tel bruit de grelots qu’il attire par le vacarme qu’il fait l’attention des fils d’Alphée, et pendant que l’on frappe du dehors, on ouvre en même temps du dedans. Voici qu’apparaît le visage joyeux de Simon Pierre, encore assis sur le char, qui frappe avec le manche du fouet… À côté de lui, timide mais souriante, Porphyrée est assise sur des tas de caisses qui lui font comme un trône.

Marziam accourt dehors pour saluer sa mère adoptive. Les autres sortent aussi et avec eux Jésus.

“Maître, me voici. J’ai amené mon épouse, et de cette façon, parce que c’est une femme qui ne peut faire une longue route. Marie, que le Seigneur soit avec toi. Et avec toi, Marie d’Alphée.”

Il regarde tout le monde pendant qu’il descend de son véhicule et qu’il aide sa femme à descendre, et il adresse un salut à tout le monde.

On voudrait l’aider à décharger le char, mais lui s’y oppose énergiquement.

“Plus tard, plus tard” dit-il.

Et, sans façons, il va vers la large porte de l’atelier de Joseph et il l’ouvre toute grande en essayant d’y faire entrer le char tout chargé. Mais, naturellement, il ne peut pas passer. Pourtant la manœuvre sert à distraire les hôtes et à leur faire comprendre qu’ils sont de trop… Et en effet Simon d’Alphée prend congé avec toute sa famille…

313.6 – “Oh! Maintenant que nous sommes seuls pensons à nous…” dit Simon de Jonas en faisant reculer l’âne qui fait du vacarme comme dix, couvert comme il l’est de sonnailles, au point que Jacques de Zébédée ne peut s’empêcher de demander en riant:

“Mais où l’as-tu trouvé ainsi harnaché?”

Mais Pierre est occupé à prendre les caisses qui étaient sur le char et à les passer à Jean et à André, qui s’attendent à en sentir le poids et qui restent stupéfaits de la légèreté des caisses et qui expriment tout haut leur étonnement…

“Filez dans le jardin et ne faites pas les moineaux apeurés” ordonne Pierre en descendant à son tour avec une petite caisse réellement lourde qu’il met dans un coin de la petite pièce.

“Et maintenant, au tour de L’âne et du char. L’âne et le char? L’âne et le char!… Cela c’est difficile!… Et pourtant il faut que tout entre dans la maison…”

“Dans le jardin, Simon, dit à mi-voix Marie. Il y a un abri dans la haie, au fond. Il n’est pas visible parce qu’il est couvert de branches… Mais il y en a un. Suis le sentier le long de la maison, entre celle-ci et le jardin voisin, et je vais venir te montrer où est l’entrée… Qui vient dégager les ronces qui le couvrent?”

“Moi. Moi.”

Tout le monde accourt dans le fond du jardin pendant que Pierre s’en va avec son bruyant équipage et que Marie d’Alphée ferme la porte… Et à coups de faucille on dégage la grille rustique et on ouvre l’abri où on fait entrer l’âne et le char.

“C’est bien! Et maintenant, enlevons tout cela qui me casse les oreilles!”

Et Pierre se met à couper tous les liens qui tiennent les sonnailles attachées au harnachement.