Mais Simon détourne la conversation en disant:

“Où est ta Mère?”

“Elle est en train de faire le pain, mais elle va venir…”

Les enfants de Simon, cependant, n’attendent pas davantage, et ils s’en vont, derrière la grand-mère, dans le fournil. Et voilà qu’une fillette, à peine plus grande que le petit Alphée qui a été guéri, en sort presque aussitôt en disant:

“Marie pleure. Pourquoi? Hein! Jésus? Pourquoi pleure-t-elle ta Mère?”

“Elle pleure? Oh! chérie!.Je vais la trouver” dit Salomé avec empressement.

Et Jésus explique:

“Elle pleure parce que je pars… Mais tu viendras lui tenir compagnie, n’est-ce pas? Elle t’apprendra à broder et tu la réjouiras. Me le promets-tu?”

“J’y viendrai moi aussi, maintenant que le père m’y laisse venir” dit Alphée, en mangeant une petite fouace chaude qu’on lui a donnée.

Mais si chaude que soit la fouace qu’on peut à peine tenir entre les doigts, je la crois froide en comparaison de la chaleur que produit la honte de Simon d’Alphée quand il entend les paroles de son petit garçon. Bien que ce soit une matinée d’hiver plutôt froide, avec un vent du nord qui chasse les nuages du ciel mais qui pique aussi l’épiderme, Simon est couvert d’une sueur abondante, comme en plein été…

Mais Jésus fait semblant de ne pas s’en apercevoir et les apôtres paraissent prendre un grand intérêt à ce que disent les enfants de Simon, ainsi l’incident prend fin.

313.3 – Simon peut se ressaisir et demander à Jésus pourquoi tous les apôtres ne sont pas là.

“Simon de Jonas va arriver. Les autres me rejoindront au bon moment. Nous nous en avons déjà convenu.”

“Tous?”

“Tous.”

“Même Judas de Kériot?”

“Même lui…”

“Jésus, viens un moment avec moi” demande instamment le cousin Simon. Et après qu’ils se soient écartés vers le fond du jardin, Simon demande:

“Mais, sais-tu bien ce qu’est Judas de Simon?”

“C’est un homme d’Israël. Rien de plus, rien de moins.”

“Oh! Tu ne voudras pas me dire qu’il est…”

Il va s’échauffer et élever la voix. Mais Jésus le calme en l’interrompant et en lui mettant la main sur l’épaule, et il lui dit:

“Il est tel que le font les idées dominantes et les gens qui l’approchent. C’est pourquoi, à titre d’exemple, si ici (et il appuie fortement sur le mot) il avait trouvé toutes les âmes justes et les esprits ouverts à la vérité, il n’aurait pas eu le désir de pécher. Mais il ne les a pas trouvés. Au contraire, il a trouvé un milieu tout humain auquel il a adapté à son aise et d’une façon absolue son moi très humain qui rêve, voit, travaille pour Moi et en Moi comme roi d’Israël, au sens humain du terme, comme tu me rêves et que tu voudrais me voir et comme tu aurais envie de travailler, toi, et avec toi Joseph ton frère, et avec vous deux, Lévi, le chef de la synagogue de Nazareth, et Mattathias et Siméon et Matthias et Benjamin et Jacob et, à part trois ou quatre, vous tous de Nazareth. Et non seulement de Nazareth…

Et il a de la peine à se former parce que vous tous contribuez à le déformer, Toujours davantage, C’est le plus faible de mes apôtres. Mais, pour l’instant, il n’est pas plus qu’un faible. Il a de bons mouvements, il a des volontés qui sont droites, il a de l’amour pour Moi. De l’amour dévié dans sa forme, mais toujours de l’amour. Vous ne l’aidez pas à séparer ces tendances bonnes de celles qui ne le sont pas et que forment son moi, ces dernières vous les aggravez de plus en plus en faisant pénétrer en son intérieur vos incrédulités et vos limites humaines.

313.4 – Mais allons à la maison, les autres nous y ont précédés…”