“Comment irons-nous à Antioche?”

“Par la mer. Tu as peur?”

“Non, Seigneur. Tu nous envoies, du reste, et cela nous protégera.”

“Vous irez avec les deux Simon, mes frères, les fils de Zébédée, André et Mathieu. D’ici jusqu’à Ptolémaïs sur un char où on mettra les coffres et un métier que j’ai fait pour toi, Syntica, et quelques objets utiles pour Jean…”

“Moi, je m’étais imaginé quelque chose en voyant les coffres et les vêtements, et j’ai préparé mon âme au détachement. C’était trop beau de vivre ici!…” un sanglot qu’elle retient, brise la voix de Syntica. Mais elle se reprend pour soutenir le courage de Jean. Elle demande d’une voix raffermie: “Quand partirons-nous?”

“Dès l’arrivée des apôtres, peut-être demain.”

“Alors, si tu permets, je vais ranger les vêtements dans les coffres. Donne-moi tes livres, Jean.”

Je crois que Syntica désire être seule pour pleurer…Jean répond: “Prends-les… Cependant, donne-moi ce rouleau avec son ruban bleu.”

Marziam rentre avec son vase de miel.

“Tiens, Jean. Tu le mangeras à ma place…”

“Mais non, mon enfant! Pourquoi?”

“Parce que Jésus a dit qu’une cuillerée de miel sacrifiée peut donner paix et espoir à un affligé. Tu es affligé… Moi, je te donne tout le miel, pour que tu sois tout consolé.”

“Mais c’est trop de sacrifice, mon enfant.”

“Oh, non! Dans la prière de Jésus, on dit: “Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal”. Ce vase était une tentation pour moi… et, il pouvait être un mal, car il pouvait me faire rompre mon vœu. Ainsi, je ne le vois plus… et c’est plus facile… et je suis certain que Dieu t’aide par ce nouveau sacrifice. Mais ne pleure plus. Ni toi non plus, Syntica…”

En effet la grecque pleure maintenant sans bruit, pendant qu’elle rassemble les livres de Jean. Et Marziam les caresse à tour de rôle, avec une grande envie de pleurer lui aussi. Mais Syntica sort, chargée de rouleaux, et Marie la suit avec le vase de miel.

312.12 – Jean reste avec Jésus qui est assis à côté de lui et avec l’enfant dans les bras. Il est calme, mais accablé.

“Mets aussi ton dernier écrit dans le rouleau” conseille Jésus. “Je pense que tu veux le donner à Marziam…”

“Oui… j’en ai une copie pour moi… Voici, garçon, ce sont les paroles du Maître. Celles qui ont été dites quand tu n’étais pas là et d’autres aussi… Je voulais continuer à les copier pour toi parce que tu as la vie devant toi… et qui sait combien tu évangéliseras… Mais je ne peux plus le faire… Maintenant c’est moi qui reste sans ses paroles…”

Il recommence à pleurer fortement.

Marziam est doux et viril dans sa nouvelle attitude. Il s’attache au cou de Jean et il dit:

“Maintenant c’est moi qui les écrirai pour toi et je te les enverrai… N’est-ce pas Maître? C’est possible, n’est- ce pas?”

“Certainement que c’est possible. Et ce sera une grande charité de le faire.”

“Je le ferai. Et quand je serai absent, je le ferai faire à Simon le Zélote. Il m’aime bien et t’aime bien, et il le fera pour être charitable envers nous. Ne pleure donc plus. Puis je viendrai te voir, moi… Tu n’iras certainement pas si loin…”

“Oh! combien! À des centaines de milles… Et bientôt je mourrai.”

L’enfant est déçu et découragé. Mais il se ressaisit avec la belle sérénité de l’enfant auquel tout semble facile.

“Comme tu y vas, toi, je pourrai y aller avec mon père. Et puis… nous nous écrirons. Quand on lit les pages sacrées, c’est comme si on était avec Dieu, n’est- ce pas? Donc, quand on lit une lettre, c’est comme si on était avec celui qu’on aime et qui nous l’a écrite. Allons, viens à côté, avec moi…” “Oui, allons-y, Jean.

312.13 – Sous peu vont arriver mes frères avec le Zélote. Je les ai fait appeler.”

“Ils le savent?”

“Pas encore. J’attends pour le dire que tous soient présents…”

“C’est bien, Seigneur. Allons…”

C’est un vieux bien courbé celui qui sort de la pièce de Joseph, un vieux qui semble saluer chaque plante, chaque aurore, et le bassin et la grotte, pendant qu’il se dirige vers l’atelier où Marie et Syntica rangent en silence les objets et les vêtements dans le fond des coffres…

Et c’est ainsi, silencieux et éplorés, que les trouvent Simon, Jude et Jacques. Ils regardent… mais ne posent pas de questions et je n’arrive pas à comprendre s’ils se rendent compte de la vérité.

312.14 – Jésus dit:

“J’avais, pour donner une indication aux lecteurs, indiqué le lieu de l’emprisonnement de Jean par les noms maintenant en usage. On en a fait objection NOMS PROPRES ADAPTÉS À L'ÉPOQUE / ANACHRONISMES PÉDAGOGIQUES : Des objections, comme dans les notes d'EMV 62.2 et EMV 343.5, et dans le texte d'EMV 619.7. Suit une justification qui confirme les notes mises en EMV 3.2 (mois de l'année), 40.6 (citations bibliques), EMV 44.3 (usage du latin), EMV 157.2 (chrétiens), EMV272.4 (purgatoire), EMV 323.5 (parenté), EMV 591.6 (jours de la semaine). D'autres exemples de termes anachroniques, sans note indiquée mais tout aussi justifiables sont: kilomètres (comme en EMV 335.12), Eucharistie (comme en EMV 612.1, EMV 615.9, EMV 629.7, EMV 635.15), séminaires (comme en EMV 629.11). Évidemment, les termes modernes utilisés dans les expressions personnelles de l'écrivain ne sont pas anachroniques, comme ceux annotés en EMV 419.5 et EMV 531.20. . Voici que maintenant je précise: “Bithynie et Mysie” pour ceux qui veulent les noms anciens. Mais cet Évangile est pour les simples et les petits, pas pour les docteurs pour lesquels, en majorité, il est inacceptable et inutile. Les simples et les petits comprendront mieux “Anatolie” que “Bithynie ou Mysie”. N’est-ce pas, petit Jean, qui pleures pour la douleur de Jean d’En-Dor? Mais il y en a tant de Jean d’En-Dor dans le monde! Ce sont les frères désolés pour lesquels je te faisais souffrir l’an passé Cf. Les Cahiers de 1944, dictée du 29 mai dans laquelle Jésus délivre à Maria Valtorta son calendrier victimal hebdomadaire. . Maintenant repose-toi, petit Jean, qui ne seras jamais envoyé loin du Maître mais seras au contraire toujours plus près.

Et avec cela se termine la seconde année de prédication et de la vie publique: l’année de la Miséricorde… Et je ne puis que répéter la plainte qui terminait la première année. Mais elle ne concerne pas mon porte-parole qui, contre les obstacles de tout genre, continue son travail. Vraiment ce ne seront pas les “grands” mais les “petits” ceux qui parcourront les chemins héroïques, en les aplanissant par leurs sacrifices, même pour ceux qui sont appesantis par trop de choses. Les “petits”, c’est-à-dire les simples, les doux, ceux qui ont le cœur et l’intelligence purs. Les “petits”. Et je vous le dis, ô petits, je vous le dis, ô Romualdo et Maria, et avec vous à tous ceux qui vous ressemblent: “Venez à Moi pour entendre encore et toujours le Verbe qui vous parle parce qu’il vous aime, qui vous parle pour vous bénir. Ma paix soit avec vous”.”