Marie n’a jamais parlé, mais ses yeux n’ont pas cessé un moment de scruter le visage du Fils…
311.3 – Elle en est détournée par l’observation de Marziam qui dit:
“Pourquoi, Mère, n’as-tu pas mis sur la table les fouaces au miel? Elles plaisent à Jésus et elles feraient du bien à Jean pour sa gorge. Et puis elles plaisent aussi à mon père…”
“Et aussi à toi” termine Pierre.
“Pour moi… c’est comme si elles n’existaient pas. J’ai promis…”
“Et c’est pour cela, mon chéri, que je ne les ai pas mises…” dit Marie en le caressant, car Marziam est entre elle et Syntica d’un côté de la table, alors que les quatre hommes sont du côté opposé.
“Non, non. Tu peux les apporter à tout le monde. Et même, tu dois les apporter et moi, je les donnerai à tout le monde.”
Syntica prend une lampe, sort et revient avec les fouaces. Marziam prend le plateau et commence la distribution. La plus belle, dorée, levée comme celle d’un maître pâtissier, il la donne à Jésus. Une autre, aussi parfaite, à Marie. Puis c’est le tour de Pierre, de Simon, de Syntica. Mais pour la donner à Jean, l’enfant se lève et il va à côté du pédagogue vieux et malade, et lui dit:
“Pour toi la tienne et la mienne, et en plus un baiser pour tout ce que tu m’enseignes.”
Puis il revient à sa place, en posant résolument le plateau au milieu de la table et en croisant les bras.
“Tu me fais avaler de travers ce délice” dit Pierre en voyant que Marziam n’en prend vraiment pas.
Et il ajoute:
“Un petit morceau, au moins. Tiens, de la mienne, seulement pour ne pas mourir d’envie. Tu souffres trop… Jésus te le permet.”
“Mais si je ne souffrais pas, je n’aurais pas de mérite, mon père. C’est bien parce que je savais que cela m’aurait fait souffrir que j’ai offert ce sacrifice… Et du reste… Je suis si content de l’avoir fait, qu’il me paraît d’être plein de miel. J’en sens le goût partout, il me semble le respirer avec l’air…”
“C’est parce que tu en meurs d’envie.”
“Non, c’est parce que je sais que Dieu me dit: “Tu fais bien, mon fils”
“Le Maître t’aurait fait plaisir, même sans ce sacrifice. Il t’aime tant!”
“Oui. Mais il n’est pas juste, étant aimé, que j’en profite. Lui le dit Lui le dit en EMV 265.13. , du reste, que grande est la récompense au Ciel même pour une coupe d’eau offerte en son nom. Je pense que si elle est grande pour un calice d’eau donné à un autre en son nom, elle le sera aussi pour une fouace ou un peu de miel que l’on se refuse pour l’amour d’un frère.
311.4 – Est-ce que je parle mal, Maître?”
“Tu parles avec sagesse. Moi, je pouvais, en effet, t’accorder ce que tu demandais pour la petite Rachel même sans ton sacrifice, car c’était une chose qui était bonne à faire et mon cœur la voulait. Mais c’est avec plus de joie que je l’ai faite, parce que j’étais aidé par toi. L’amour pour nos frères ne se borne pas à des moyens et des limites humaines, mais il s’élève bien plus haut. Quand il est parfait, il touche le trône de Dieu et se fond avec son infinie Charité et Bonté.
La communion des saints est précisément cette continuelle action, de même que continuellement et de toutes les façons Dieu agit, pour donner de l’aide aux frères que ce soit dans leurs besoins matériels ou dans leurs besoins spirituels, ou dans les deux à la fois, comme c’est le cas pour Marziam qui, en obtenant la guérison de Rachel, la soulage de la maladie et en même temps soulage l’esprit abattu de la vieille Jeanne, et allume une confiance toujours plus grande dans le Seigneur dans le cœur de tous ceux de cette famille. Même une cuillerée de miel que l’on sacrifie, peut servir à ramener la paix et l’espoir à un affligé, comme la fouace ou une autre nourriture, dont on s’est privé dans un but d’amour, peut obtenir un pain, miraculeusement offert, à un affamé éloigné et qui sera toujours pour nous un inconnu; et une parole de colère, même d’une juste colère, retenue par esprit de sacrifice, peut empêcher un crime lointain, comme de résister au désir de cueillir un fruit, par amour, peut servir à donner une pensée de regret à un voleur et ainsi empêcher un vol. Rien ne se perd dans l’économie sainte de l’amour universel Curieusement, ce concept de la communion des saints a été popularisé en 1972, dans un tout autre domaine, par le météorologue Edward Lorenz (1917-2008) donnant une conférence intitulée : Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? C'est "l'effet papillon". . Pas plus l’héroïque sacrifice d’un enfant devant un plat de fouaces que l’holocauste d’un martyr. Je vous dis même que l’holocauste d’un martyr a souvent pour origine l’éducation héroïque qui lui a été donnée dès l’enfance pour l’amour de Dieu et du prochain.”
311.5 – “Alors il est vraiment utile que je fasse toujours des sacrifices pour le temps où nous serons persécutés” dit Marziam avec conviction.
“Persécutés?” demande Pierre.
“Oui. Tu ne te rappelles pas que Lui l’a dit Lui l'a dit en EMV 265.7.9. ? “Vous serez persécutés à cause de Moi”. Toi, tu me l’as dit quand tu es venu pour la première fois seul, évangéliser à Bethsaïde, pendant l’été.”
“Il se souvient de tout, cet enfant” dit Pierre plein d’admiration.
Le souper est terminé. Jésus se lève, il prie pour tous et bénit. Et puis, pendant que les femmes vont faire la vaisselle, Jésus se met avec les hommes dans un coin de la pièce et il taille un morceau de bois qui sous le regard admiratif de Marziam devient une brebis…