296.5 - Simon le Zélote baisse son visage qui devient cramoisi à force d’être rouge. André, qui le voit, lui demande:
“Tu te sens mal?”
“Non, non… La fatigue… je ne sais pas.”
Jésus le regarde fixement, et il devient toujours plus rouge. Mais Jésus ne dit rien. Timon court en avant: “Maître, voici que l’on voit le pays qui précède Aéra. Nous pourrons nous y arrêter et demander des ânes.”
“Mais voilà que la pluie cesse. Il vaut mieux continuer.”
“Comme tu veux, Maître. Cependant, si tu le permets, je vais en avant”
“Vas-y.”
Timon part en courant avec Marc, et Jésus en souriant observe:
“Il veut que nous ayons une entrée triomphale.”
Tous sont de nouveau en groupe. Jésus les laisse s’échauffer à parler de la diversité des régions et puis s’en va en arrière en prenant avec Lui le Zélote. Quand ils sont seuls, Jésus lui demande:
“Pourquoi as-tu rougi, Simon?”
Son visage devient comme de la braise et il ne parle pas. Jésus répète la question et il devient plus rouge et plus silencieux. Jésus renouvelle la question.
“Seigneur, tu le sais! Pourquoi me le fais-tu dire?” crie le Zélote qui souffre comme si on le torturait.
“En as-tu la certitude?”
“Il ne l’a pas nié. Pourtant il a dit: “J’agis ainsi par prévoyance. J’ai du bon sens. Le Maître ne pense jamais au lendemain” Cf. Jean 12,6 : Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait. . Si l’on veut c’est vrai. Mais cependant… c’est toujours… c’est toujours… Maître, Toi, mets le mot exact.”
“C’est toujours une preuve que Judas est seulement un “homme”. Il ne sait pas s’élever pour être seulement un esprit. Mais, plus ou moins, vous êtes tous pareils. Vous craignez des choses sottes. Vous vous tourmentez pour des prévoyances inutiles. Vous ne savez pas croire que la Providence est puissante et présente. Eh bien, que cela reste entre nous deux. N’est-ce pas?”
“Oui, Maître.”
Un silence. Puis Jésus dit:
“Nous allons bientôt revenir au lac… Ce sera beau un peu de recueillement après tant de marches. Nous deux nous irons à Nazareth pour quelque temps, vers les Encénies. Toi, tu es seul… Les autres seront en famille. Toi, tu resteras avec Moi.”
“Seigneur, Judas et Thomas, et même Matthieu sont seuls.”
“N’y penses pas: Chacun fera les fêtes en famille. Matthieu a sa sœur. Toi, tu es seul. À moins que tu ne veuilles aller chez Lazare…”
“Non, Seigneur, éclate Simon. Non. J’aime Lazare, mais être avec Toi, c’est être au Paradis. Merci, Seigneur.”
Et il Lui baise la main.
296.6 - Le petit pays est dépassé de peu quand, sous une nouvelle averse, réapparaissent sur le chemin inondé Timon et Marc qui crient:
“Arrêtez-vous! Voilà Simon Pierre avec des bourricots. Je l’ai rencontré qui venait. Cela fait trois jours qu’il vient vers cet endroit avec les animaux, sous l’eau.”