290.6 - Et la route se déroule dans une tiédeur du soleil de plus en plus sensible, dans une campagne charmante désormais toute plane, après avoir côtoyé ces petites hauteurs qui se trouvent après Gérasa. Une route en bon état aussi sur laquelle la marche est facile, Et on reprend la marche après la pause du midi.
C’est presque le soir quand j’entends pour la première fois Syntica rire de bon cœur lorsque Marziam lui a raconté, je ne sais quoi, qui fait rire toutes les femmes. Je vois la grecque se pencher pour caresser l’enfant et effleurer son front par un baiser, après quoi l’enfant se remet à sauter comme s’il ne sentait pas la fatigue.
Mais tous les autres sont fatigués, et c’est avec joie qu’ils apprennent la décision de passer la nuit à la “Fontaine des Chameliers”. Le marchand dit:
“J’y passe toujours la nuit. Trop longue est l’étape de Gérasa à Bozra pour les hommes et pour les bêtes.”
“Il est humain ce marchand” observent entre eux les apôtres, en le comparant à Doras…
La “Fontaine des Chameliers” n’est qu’une poignée de maisons autour de puits nombreux. Une sorte d’oasis, non pas dans le désert aride, parce qu’ici il n’y a pas d’aridité, mais c’est une oasis dans l’immensité inhabitée des champs et des vergers qui se succèdent sur des milles et des milles et qui, dans l’arrivée de la soirée d’octobre, exhalent la même tristesse que la mer au crépuscule. Aussi, de voir les maisons, d’entendre le bruit des voix, les pleurs des bébés, de sentir l’odeur des cheminées qui fument et de voir les premières lampes allumées, c’est doux comme d’arriver à son propre foyer.
Alors que les chameliers s’arrêtent pour abreuver une première fois les chameaux, les apôtres et les femmes suivent Jésus qui, avec le marchand, entre dans… la très préhistorique hôtellerie qui les abritera pour la nuit…
290.7 - …Dans la pièce enfumée où ils ont pris le repas, où dormiront les hommes et, pendant que déjà les serviteurs préparent les couchettes de foin amoncelé sur des treillis, tout le monde se réunit près d’un large foyer qui occupe tout le fond étroit de la pièce. On a allumé le feu, car le soir a amené l’humidité et le froid.
“Pourvu que le temps ne se mette pas à l’eau” soupire Pierre.
Le marchand le rassure:
“Il faut encore attendre la fin de cette lune pour que le mauvais temps arrive. C’est le temps qu’il fait ici le soir, mais demain nous aurons le soleil.”
“C’est pour les femmes, tu sais? Ce n’est pas pour moi. Je suis pêcheur et je vis dans l’eau. Et je t’assure que je préfère l’eau à la montagne et à la poussière.”
Jésus parle avec les femmes et avec ses deux cousins. Jean d’En-Dor et le Zélote l’écoutent aussi. De leur côté Timon et Hermastée et Matthieu lisent un des rouleaux de Jean et les deux israélites expliquent à Hermastée les passages bibliques les plus obscurs pour lui.
Marziam les écoute, enchanté, mais avec un visage somnolent. Marie d’Alphée le voit et dit:
“Cet enfant est fatigué. Viens, mon chéri, nous allons dormir nous. Viens, Élise. Viens, Salomé. Les vieillards et les enfants sont mieux au lit. Et vous feriez bien d’y aller tous. Vous êtes fatigués.”
Mais en dehors des femmes âgées, à l’exception de Marcelle et de Jeanne de Kouza, personne ne bouge.
Quand après avoir été bénies, elles s’en sont allées, Matthieu murmure:
“Qui aurait dit à ces femmes qu’il leur faudrait dormir sur la paille loin de leurs maisons, il y a seulement peu de temps!”
“Je n’ai jamais aussi bien dormi” affirme avec décision Marie de Magdala, et Marthe affirme la même chose.
Cependant Pierre donne raison à son compagnon:
“Matthieu a raison. Et je me demande, sans comprendre, pourquoi le Maître vous a amenées ici.”
“Mais parce que nous sommes les femmes disciples!”
“Alors s’il allait où il y a des lions, vous y iriez?”
“Mais bien sûr, Simon Pierre! La belle affaire de faire quelques pas! Et avec Lui tout près!”
“Voilà: cela fait vraiment beaucoup de pas, et pour des femmes qui n’y sont pas habituées…”