Mais les femmes protestent tant que Pierre hausse les épaules et se tait.
Jacques d’Alphée, en levant la tête, voit un sourire si lumineux sur le visage de Jésus qu’il Lui demande:
“Veux-tu nous dire le vrai but de ce voyage, entre nous, avec les femmes et… avec si peu de fruit par rapport à la fatigue?”
“Pourrais-tu prétendre voir maintenant le fruit des semences ensevelies dans les champs que nous avons traversés?”
“Moi, non. Je le verrai au printemps”
“Moi aussi, je te le dis: “Tu le verras en son temps”.
Les apôtres ne répliquent rien.
290.8 - Voici que s’élève la voix argentine de Marie:
“Mon Fils, aujourd’hui nous parlions entre nous de ce que tu as dit à Ramoth. Et chacune de nous avait des impressions et des réflexions différentes. Voudrais-tu nous dire ta pensée? Moi, je disais qu’il valait mieux t’appeler tout de suite, mais tu parlais avec Jean d’En-Dor.”
“Vraiment, c’était moi qui avais provoqué la question. Car je suis une pauvre païenne, moi, et je n’ai pas les lumières splendides de votre foi. Il faut me plaindre.” confesse Syntica
“Mais moi, je voudrais avoir ton âme, ma sœur!” dit vivement Marie de Magdala.
Et, toujours exubérante, elle l’embrasse en la tenant étroitement serrée contre elle par un bras. Splendide dans sa beauté, elle semble éclairer à elle seule le misérable taudis et y apporter l’opulence de sa demeure somptueuse. Serrée contre elle la grecque, tout à fait différente et pourtant personnelle, apporte une note de pensée auprès du cri d’amour qui semble toujours se dégager de Marie, la passionnée, alors que, assise avec son doux visage levé vers son Fils, les mains jointes comme si elle priait, son profil très pur ressortant sur le mur sombre, la Vierge est l’Adorante perpétuelle.
Suzanne se tient dans la pénombre d’un coin et somnole, pendant que Marthe profite de la lumière du foyer pour fixer des boucles au petit vêtement de Marziam, active, elle aussi malgré la lassitude et l’insistance d’autrui.
Jésus dit à Syntica:
“Mais ce n’était pas une pensée pénible. Je t’ai entendu rire.”
“Oui, à cause de l’enfant qui tranchait vivement la question en disant:
“Moi, je ne veux revenir que si Jésus revient. Mais si tu veux tout savoir, éloigne-toi d’ici et reviens nous dire si tu te souviens”…
Toutes en rient encore et disent que Syntica demandait à Marie qu’on lui expliquât ce qu’elle n’avait pas bien compris à propos du souvenir que les âmes conservent et qui explique certaines possibilités chez les païens d’avoir des souvenirs vagues de la Vérité.
“Moi, je disais: ”Peut-être que cela confirme la théorie de la réincarnation à laquelle croient beaucoup de païens?” et ta Mère, Maître, m’expliquait que ce que tu dis c’est autre chose. Maintenant, veuille m’expliquer ceci aussi, mon Seigneur.”
290.9 - “Écoute. Tu ne dois pas croire, du fait que les esprits ont des souvenirs spontanés de la Vérité, que cela prouve que nous vivons plusieurs vies. Désormais tu es déjà suffisamment instruite pour savoir comment l’homme a été créé, comment l’homme a péché, comment il a été puni. On t’a expliqué comment dans l’homme-animal a été incorporée par Dieu une âme unique. Cette dernière est créée à chaque fois et n’est jamais utilisée pour des incarnations successives. Cette certitude devrait annuler ce que j’affirme sur les souvenirs des âmes. Elle le devrait pour tout être autre que l’homme, doué d’une âme faite par Dieu. L’animal ne peut se souvenir de rien parce qu’il naît une seule fois.
L’homme peut se souvenir bien que ne naissant qu’une seule fois. Se rappeler avec ce qu’il y a de meilleur en lui: l’âme. D’où vient l’âme? Toute âme humaine? De Dieu. Qui est Dieu? L’Esprit très intelligent, très puissant, parfait. Cette chose admirable qu’est l’âme, chose créée par Dieu pour donner à l’homme son image et sa ressemblance comme signe indiscutable de sa Paternité très Sainte, résulte des qualités propres de Celui qui l’a créée. Elle est donc intelligente, spirituelle, libre, immortelle comme le Père qui l’a créée.
Elle sort parfaite de la pensée divine et, à l’instant de sa création, elle est semblable, pour un millième d’instant, à celle du premier homme: une perfection qui comprend la Vérité par suite d’un don gratuitement donné. Un millième d’instant. Puis, une fois formée, elle est blessée par la faute d’origine "Elle [l'âme] sort parfaite de la pensée divine… Puis, une fois formée, elle est blessée par le péché originel" : cette affirmation est analogue à une autre, rencontrée plus haut, en EMV 275.12 : "Il y a eu au moins un moment où l'âme a été parfaite : pendant que Dieu la créait… ensuite le péché originel l'a souillée, en lui enlevant sa perfection." Toutefois, le contexte actuel donne un nouvel éclairage : il ne s'agit pas de deux moments, mais de deux actes qui se succèdent "en un millième de seconde", au même moment. Le second acte – celui où l'âme contracte la tache du péché originel et perd la perfection reçue par l'acte de la Création – doit être identifié à l'infusion de l'âme, comme cela est dit au début de la parabole de l'étoffe déchirée (en EMV 567.3), et comme cela est expliqué dans un passage de la «dictée» du 28 janvier 1947 rapportée dans "Les Cahiers de 1945 à 1950" : elle ne sort pas impure de la Pensée créatrice. Le péché originel se trouve dans l'homme et dans les enfants de l'homme, pas en Dieu. C'est pourquoi ce n'est pas au moment où elle est créée par Dieu mais au moment de s'incarner dans l'homme conçu par l'homme que l'âme contracte l'héritage que se partagent les descendants d'Adam… Enfin, les deux actes (en un seul moment) de la création et de l'infusion de l'âme par l'œuvre de Dieu sont simultanés à l'acte de la conception du corps par l'œuvre de l'homme, comme on peut le lire en EMV 204.6 : Il [Dieu] la crée chaque fois qu'un homme est engendré – ou plutôt chaque fois qu'il est conçu dans un sein – et il la greffe dans cette chair…, et en EMV 550.5 : [l'âme], créée à chaque fois pour tout nouvel homme conçu. Dans l'œuvre de Maria Valtorta, l'embryon est considéré comme une personne (à tel point qu'il sera dit "innocent" en EMV 381.6), car il a déjà une âme (comme ce sera dit explicitement en EMV 444.5). Des notes se réfèrent à cette interprétation en EMV 118.6 | EMV 127.5 | EMV 204.6 | EMV 348.10, et EMV 428.3. . Pour te faire mieux comprendre, je dirai que c’est comme si Dieu portait l’âme qu’il crée et que l’être créé, en naissant, soit blessé par un signe ineffaçable. Me comprends-tu?”
“Oui, tant qu’elle est pensée, elle est parfaite. Un millième d’instant, cette pensée créée. Puis, la pensée traduite dans le fait, le fait est sujet à la loi causée par la Faute.”
“Tu as bien répondu. L’âme s’incarne donc ainsi dans le corps humain en apportant avec elle cette gemme secrète dans le mystère de son être spirituel, le souvenir de l’Être Créateur, c’est-à-dire de la Vérité. Le bébé naît. Il peut être bon, excellent, aussi bien que perfide. Il peut tout devenir car il est libre de vouloir. Sur ses ”souvenirs” le ministère des anges jette ses lumières et le semeur de pièges ses ténèbres. À mesure que l’homme poursuit les lumières et par conséquent aussi des vertus de plus en plus grandes en rendant l’âme maîtresse de son être, voilà que se développe en elle la faculté de se souvenir comme si la vertu rendait de plus en plus mince la cloison qui s’interpose entre l’âme et Dieu. Voilà pour- quoi les hommes vertueux de tous pays sentent la Vérité, pas parfaitement parce que obnubilés par des doctrines contraires ou par des ignorances mortelles, mais suffisamment pour fournir des pages de formation morale aux peuples auxquels ils appartiennent. As-tu compris? Es-tu convaincue?”
“Oui. Pour conclure: la religion des vertus pratiquées héroïquement prédispose l’âme à la Religion vraie et à la connaissance de Dieu.”
“C’est tout à fait cela. Et maintenant va te reposer et sois bénie. Et toi aussi, Maman, et vous, sœurs et disciples. Que la paix de Dieu soit sur votre repos.”