“Et pourrais-je venir sans l’amitié de Dieu?”
“Tu ne pourrais y venir sans la bonté de Dieu. Le Seigneur permet que celui qui, encore sans repentir, le cherche, arrive à le trouver. Car le repentir vient généralement lorsque l’homme, consciemment ou avec un peu de conscience de ce que veut son âme, connaît Dieu. Auparavant il est comme hébété, guidé par son seul instinct. Tu n’as jamais éprouvé le besoin de croire?”
“Bien des fois. Je n’étais pas satisfait, voilà, de ce que j’avais. Je sentais qu’il y avait autre chose de plus fort que l’argent, que mes enfants, mes espérances… Mais je ne me donnais pas ensuite la peine de chercher à savoir ce qu’inconsciemment je cherchais.”
“Ton âme cherchait Dieu. La bonté de Dieu a permis que tu trouves Dieu. Le repentir pour ton stérile passé loin de Dieu te donnera l’amitié de Dieu.”
“Alors, pour… pour avoir le miracle de voir par l’âme la Vérité, je devrais me repentir du passé?”
“Certainement. Te repentir et te décider à un complet changement de vie…”
L’homme se remet à caresser sa barbe et il semble être en train d’étudier et de compter les poils du cou du chameau tant il reste le regard fixe. Sans le vouloir, il heurte la bête avec le talon et celle-ci y voit une invitation à accélérer le pas et elle le fait en amenant le marchand en tête de la caravane.
290.4 - Jésus ne le retient pas. Au contraire, il s’arrête en se laissant dépasser par les femmes et les apôtres jusqu’à ce que le rejoignent Simon le Zélote et Jean d’En-Dor. Jésus se joint à eux.
“De quoi parlez-vous?” demande-t-il.
“Nous parlions du découragement que doit éprouver celui qui ne croit à rien ou qui a perdu la foi qu’il avait. Hier Syntica était réellement angoissée, bien qu’elle soit passée à une foi parfaite” répond le Zélote.
“Moi, je disais à Simon que s’il est pénible de passer du Bien au Mal il est déconcertant aussi de passer du Mal au Bien. Dans le premier cas, on est torturé par la conscience qui vous réprimande. Dans le second, on est… déchiré… Comme doit l’être quelqu’un qui se trouve amené dans un pays étranger absolument inconnu… Ou bien c’est l’effroi d’un homme misérable et inculte qui se trouve amené au milieu d’une cour de roi, parmi des savants et des riches.
C’est une souffrance… Moi, je la connais… Une si grande souffrance… On ne peut croire que ce soit vrai, que cela puisse durer… qu’on puisse le mériter… surtout quand on a l’âme souillée… comme l’était la mienne…”
“Et maintenant, Jean?” demande Jésus.
Le visage exténué de Jean d’En-Dor, exténué et triste, s’illumine d’un sourire qui le fait paraître moins émacié. Il dit:
“Maintenant cela n’est plus. Il reste la reconnaissance, et même elle croît, pour le Seigneur qui a voulu cela. Il reste le souvenir du passé pour me garder humble. Mais il y a la sécurité. Je me sens acclimaté, non plus étranger dans ce monde de douceur qu’est le tien, de pardon et d’amour. Et je suis pacifié, serein, heureux.”
“Juges-tu bonne ton expérience?”
“Oui. S’il n’y avait pas ma souffrance d’avoir péché, parce que par ce péché j’ai affligé Dieu, je dirais qu’il a été un bien, ce passé, qui est le mien. Il peut me servir beaucoup à soutenir les âmes de bonne volonté mais égarées dans les premiers moments de leur nouvelle croyance.”
“Simon, va dire au garçon de ne pas tant sauter. Ce soir il sera épuisé.”
Simon regarde Jésus, mais comprend la vérité du commandement. Il a un sourire d’intelligence et il laisse les deux seuls.
290.5 - “Maintenant que nous sommes seuls, Jean, écoute mon désir. Toi, pour beaucoup de raisons, tu as la largeur de jugement et de pensée qu’aucun autre ne possède parmi ceux qui me suivent. Et tu as une culture plus vaste que le commun des israélites: Aussi je te prie de m’aider…”
“Moi, t’aider? En quoi?”
“Pour Syntica. Tu es un si brave pédagogue! Marziam apprend vite et bien avec toi. Si bien que je compte vous laisser ensemble pour quelques mois, parce que je veux pour Marziam une connaissance plus vaste que celle du petit monde d’Israël. Pour toi c’est une joie de t’occuper de lui. Pour Moi aussi c’est une joie de vous voir unis, toi pour l’instruire, lui pour apprendre; toi pour rajeunir, lui pour mûrir en s’occupant. Mais tu devrais t’occuper aussi de Syntica. Comme une sœur égarée. Tu l’as dit: c’est un égarement… Aide-la à s’acclimater dans mon atmosphère. Me fais-tu cette faveur?”
“Mais c’est une grâce pour moi de le faire, mon Seigneur! Je ne l’approchais pas parce que cela me paraissait superflu. Mais si tu veux. Elle lit mes rouleaux; il y en a de sacrés et d’autres qui sont uniquement pour la culture: de Rome et d’Athènes. Je vois qu’elle réfléchit et les compulse, mais je ne m’étais jamais entremis pour l’aider. Si tu le veux…”
“Oui, je le veux, je veux vous voir amis. Elle aussi, comme Marziam et comme toi, vous resterez quelque temps à Nazareth. Ce sera beau. Ma Mère et toi, maîtres de deux âmes qui s’ouvrent à Dieu. Ma Mère: l’angélique Maîtresse de la science de Dieu; toi: le maître expert du savoir humain que pourtant maintenant tu peux expliquer avec des applications surnaturelles. Ce sera beau et bon.”
“Oui, mon béni Seigneur! Trop beau pour le pauvre Jean!…” et l’homme sourit à la pensée de ces jours prochains de paix auprès de Marie, dans la maison de Jésus…