“Oui, oui! Pardonne-moi. Je sais maintenant ce qu’amène le péché avec lui. Pardonne-moi. Comme la femme, pardonne-moi. Tu es le Bon.”
“Moi, je te pardonne. Va à ce ruisseau et lave-toile visage dans l’eau et tu guériras.”
“L’eau froide lui est nuisible, Seigneur” gémit la femme.
Mais l’homme ne pense qu’à y aller et s’y rend à tâtons jusqu’à ce que l’apôtre Jean, pris de pitié, le prenne par la main et le conduise seul, mais ensuite la femme le prend par l’autre main. L’homme descend jusqu’au bord de l’eau glacée qui barbote sur les cailloux, il se penche, prend de l’eau dans le creux de ses mains, se lave et se relave le visage. Il ne donne pas de signe de souffrance et paraît au contraire éprouver du soulagement.
Puis, le visage encore mouillé, il remonte la berge, revient vers Jésus qui lui demande:
“Eh! bien? Tu es guéri?”
“Non Seigneur, pas pour l’instant. Mais tu l’as dit et je guérirai.”
“Alors garde ton espérance. Adieu.”
La femme s’affaisse en pleurant… Elle est déçue. Jésus fait signe au marchand qu’il peut repartir, et le marchand, déçu lui aussi, fait passer l’ordre. Les chameaux se remettent en marche avec leur mouvement de barque qui tangue, et ils sortent des murs, Ils prennent la route des caravanes qui s’en va, large et poussiéreuse, vers le sud-ouest.
Les deux derniers du groupe apostolique, c’est-à-dire Jean d’En-Dor et Simon le Zélote, ont dépassé les murs d’une vingtaine de mètres quand un cri retentit dans l’air silencieux. Il paraît remplir le monde, il se répète toujours plus haut, plus joyeux, plus triomphal:
“Je vois! Jésus! Jésus béni! Je vois! Je vois! J’ai cru! Je vois! Jésus, Jésus! Jésus béni!”
Et l’homme, dont le visage est redevenu complètement sain, les yeux redevenus beaux, deux escarboucles lumineuses et vivantes, fend les rangs des apôtres et tombe aux pieds de Jésus presque sous les pieds du chameau du marchand qu’il a juste le temps d’écarter de l’homme prosterné.
L’homme baise le vêtement de Jésus en répétant:
“J’ai cru! J’ai cru et je vois. Jésus béni!”
“Lève-toi et sois heureux, et surtout bon. Dis à ta femme qu’elle sache croire complètement. Adieu.”
Et Jésus se dégage de l’étreinte du miraculé et reprend sa marche.
290.3 - Le marchand caresse sa barbe, pensif… Finalement il demande:
“Et s’il n’avait pas su continuer de croire après la déception du lavage?”
“Il serait resté tel qu’il était avant.”
“Pourquoi exiges-tu tant de foi pour faire un miracle?”
“Parce que la foi témoigne de la présence de l’espérance et de l’amour pour Dieu.”
“Et pourquoi as-tu voulu d’abord le repentir?”
“Parce que le repentir rend ami de Dieu.”
“Moi, qui n’ai pas de maladies, que devrais-je faire pour témoigner que j’ai la foi?”
“Venir à la Vérité.”