“Oh! mon Jésus, mais comment rachèteras-tu? À la rencontre de quoi vas-tu?”

“Jacques, rappelle-toi les prophètes.”

“Mais ne sont-elles pas allégoriques leurs paroles? Peux-tu, Verbe de Dieu, être maltraité par les hommes? Ne veulent-ils pas dire peut-être que c’est à ta Divinité que sera donné le martyre, à ta perfection, mais rien de plus, rien de plus que cela? Ma mère se préoccupe pour moi et pour Jude, mais moi pour Toi et pour Marie, et puis aussi pour nous qui sommes si faibles. Jésus, Jésus, si l’homme triomphait de Toi, ne crois-tu pas que beaucoup d’entre nous te croiraient coupable et s’éloigneraient, déçus par Toi?”

“J’en suis sûr. Il y aura un bouleversement dans toutes les couches de mes disciples. Mais ensuite la paix reviendra et même il viendra une cohésion des parties les meilleures sur lesquelles, après mon sacrifice et mon triomphe, viendra l’Esprit de force et de sagesse: le Divin Esprit.”

“Jésus, pour que je ne fléchisse pas; et que je ne sois pas scandalisé à l’heure redoutable, dis-moi: que te feront-ils?”

“C’est une grande chose ce que tu me demandes.”

“Dis-la-moi, Seigneur.”

“Ce sera pour toi un tourment de la connaître exactement.”

“Peu importe. Au nom de cet amour qui nous a unis…”

“Il ne faut pas que cela soit connu.”

“Dis-la-moi, et puis fais m’en perdre le souvenir jusqu’à l’heure où elle devra s’accomplir, Alors remets-la-moi en mémoire ainsi que cette heure. Ainsi je ne me scandaliserai de rien et je ne deviendrai pas ton ennemi au fond de mon cœur.”

“Cela ne servira à rien, car toi aussi tu céderas à la bourrasque.”

“Dis-la-moi Seigneur!”

“Je serai accusé, trahi, pris, torturé, soumis à la mort de la croix.”

“Oh! non, non!”

Jacques crie et se tord comme si c’était lui qui serait mis à mort.

“Non! répète-t-il. S’ils te font cela, que nous feront-ils, à nous? Comment pourrons-nous continuer ton œuvre? Je ne puis, je ne puis accepter la charge que tu me réserves… Je ne puis!… Je ne puis! Toi mort, je serai un mort, moi aussi, dépourvu de toute force. Jésus, Jésus! Écoute-moi. Ne me laisse pas sans Toi. Promets-moi, promets-moi cela au moins!”

“Je te promets que je viendrai te guider par mon Esprit, lorsque la glorieuse Résurrection m’aura délivré des limites de la matière. Moi et toi serons encore une seule chose, comme maintenant que tu es entre mes bras” car en effet Jacques s’est abandonné et pleure sur la poitrine de Jésus.

258.9 – “Ne pleure plus. Sortons de cette heure d’extase, lumineuse et pénible, comme quelqu’un qui sort des ombres de la mort se souvenant de tout, sauf ce que c’est que mourir, effroi qui vous glace et dure une minute et qui comme fait accompli dure pendant des siècles. Viens, je t’embrasse ainsi pour t’aider à oublier la charge de ma destinée d’Homme. Tu en retrouveras le souvenir au moment voulu, comme tu l’as demandé. Tiens, je te baise sur ta bouche qui devra répéter ma parole aux gens d’Israël Note de Jean-François Lavère : Baiser sur la bouche. Pour bacio sulla bocca. Quelques lecteurs ont pu être surpris de ce que Jésus puisse embrasser sur la bouche l'apôtre Jacques (258.9), Abel le ressuscité (475.6), ou aussi un enfant muet pour lui délier la langue (516.2). Le baiser sur la bouche se trouve plusieurs fois évoqué dans la Bible, notamment sous la forme du baiser de paix. Le mot latin osculum (petite bouche, baiser) ou le verbe deosculor (baiser) employés dans les textes bibliques (Genèse 27,26 | Genèse 48,10 | 1 Samuel 20,41 ; etc.) permettent d'affirmer que ce baiser était pratiqué dans la Judée ancienne. C'était un geste symbolique étroitement lié aux passages bibliques où le souffle de Dieu (Genèse 1,2) transmet la vie et anime la créature (Psaume 103 (Hébreu 104),29-30 | Zacharie 12,1 | Habacuc 2,19 | Job 27,3). Ce même souffle dans la bouche, dont se sert Jésus pour ranimer un bébé moribond (EMV 345.5 et EMV 368.7), ou pour guérir un homme souffrant d'un cancer de la langue (EMV 385.7). Au 1er siècle, saint Paul (Romains 16,16 | 1 Corinthiens 16,20 | 2 Corinthiens 13,12 ; 1 Timothée 5,26) et saint Pierre (1 Pierre 5,1) ont recommandé, dans leurs lettres, le baiser de paix entre croyants et cette pratique s'est répandue dans le christianisme jusqu'au Moyen-âge. Saint Bernard (Docteur de l'Église), commentant (dans pas moins de 8 sermons !) le premier verset du Cantique des Cantiques : "Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche", déclarait "Heureux baiser, et admirable de merveilleuse complaisance, où ce n'est pas une bouche qui se pose sur une autre bouche, mais Dieu qui s'unit à l'homme... Ici l'alliance des natures associe l'humain au divin" (Sermon sur le Cantique 2,3). Aux paragraphes 5-9, saint Bernard interprète ce baiser comme le baiser de paix donné par Dieu à l'humanité, "signe et gage de réconciliation entre lui et les hommes pécheurs". Il considère qu'il s'agit de l'expérience mystique la plus élevée, "baiser de suprême complaisance et d'enivrante douceur" (Sermon 3,5) qui consiste à n'être plus "qu'un seul esprit avec Dieu". C'est exactement ce qui ressort ici du geste de Jésus envers son cousin Jacques, qui a connu au mont Carmel cette extase mystique dont parle saint Bernard. Notons encore que dans la Grèce antique, le baiser sur la bouche servait à exprimer un concept d'égalité entre personnes de même rang. Ce geste était alors un signe d'affection amical, exactement comme celui que Pierre fait spontanément en déposant un baiser sur les lèvres de Jésus (EMV 545.6). Le baiser sur les lèvres était également fréquent entre chevaliers : c'était un signe de reconnaissance et de soutien mutuel, et l'échange de ce baiser entre le seigneur et son vassal scellait le serment d'allégeance. Contrairement au baiser amoureux, il n'avait bien entendu pas de connotation sexuelle. , et sur ton cœur qui devra aimer comme je l’ai dit, et ici, sur ta tempe, où la vie cessera en même temps que la dernière parole d’affectueuse foi en Moi.

De même que je viendrai, frère que j’aime, près de toi, dans les assemblées des fidèles, aux heures de méditation, aux heures de danger, à l’heure de la mort! Personne, et pas même ton ange, ne recueillera ton âme, mais Moi, dans un baiser, ainsi…”

Ils restent embrassés longuement et Jacques paraît presque s’assoupir dans la joie des baisers de Dieu qui lui font oublier sa souffrance.

Quand il relève la tête, il est redevenu le Jacques d’Alphée, paisible et bon, qui ressemble tant à Joseph, l’époux de Marie, Il sourit à Jésus, un sourire plus mûr, un peu triste, mais toujours si doux.

“Prenons notre repas, Jacques, et puis dormons sous les étoiles. Aux premières lueurs du jour, nous descendrons dans la vallée… pour aller parmi les hommes…” et Jésus pousse un soupir… Mais il termine avec un sourire: ”… et près de Marie.”

“Et à ma mère que dirai-je, Jésus? Et aux compagnons? Ils ne me laisseront pas sans m’interroger…”

“Tu pourras leur dire tout ce que je t’ai dit en faisant considérer Elie dans ses réponses à Achab, au peuple sur la montagne Je t'ai dit se réfère à 1Rois 18-19 | 1Rois 22, 52-54 | 2Rois 1 | Siracide 48, 1-14. , et sur la puissance de celui qui est aimé de Dieu pour obtenir ce qu’il veut des peuples et de tous les éléments, son zèle dévorant pour le Seigneur, et comment je t’ai fait considérer que c’est par la paix et dans la paix qu’on entend et qu’on sert Dieu. Tu leur diras que comme je vous ai dit: “Venez”, vous, de la même façon comme Élie le fit avec son manteau qu’il mit sur Élisée, vous avec le manteau de la charité, vous pourrez gagner au Seigneur de nouveaux serviteurs de Dieu. Et à ceux qui ont toujours des préoccupations, dis comme je t’ai fait remarquer la joyeuse libération des choses du passé que montre Élisée en se séparant des bœufs et de la charrue. Dis-leur comment j’ai rappelé qu’à ceux qui veulent obtenir des miracles par Belzébuth, il arrive du mal et pas du bien, comme il advint à Ochosias 2Rois 1, 1-18. selon la parole d’Élie. Dis-leur enfin comment je t’ai promis que pour celui qui sera fidèle jusqu’à la mort viendra le feu purificateur de l’Amour pour brûler les imperfections et l’amener directement au Ciel. Le reste c’est pour toi seul.”