258 – La future mission de Jacques d’Alphée instruit par Jésus sur le mont Carmel

20 août 1945

Le lundi 20 août 1945

258.1 – “C’est la même heure, mais le lendemain.

Jacques, qui est encore retiré dans la fente de la montagne et assis tout pelotonné avec la tête penchée presque jusqu’aux genoux qui sont levés et qu’il tient avec ses bras, est dans une profonde méditation, ou bien il dort. Je ne me rends pas bien compte. Certainement il est insensible à ce qui se passe autour de lui, c’est-à-dire au combat de deux gros oiseaux qui, pour quelque motif particulier, se battent férocement dans le petit pré. Je dirais que ce sont des coqs de montagne, ou des coqs de bruyère, ou des faisans car ils ont la grosseur d’un jeune coq, des plumes de toutes les couleurs, mais ils n’ont pas de crête, seulement un petit casque de chair rouge comme du corail sur le sommet de la tête et sur les joues, et je vous assure que, si la tête est petite, le bec doit être comme une pointe d’acier. Les plumes volent en l’air et le sang coule par terre dans un fracas violent qui fait taire les sifflements, les trilles et les roulades dans les branches des arbres. Peut-être les oiseaux observent la joute féroce… Jacques n’entend rien.

Jésus, au contraire entend et descend du sommet où il était monté et, en battant des mains, sépare les combattants qui s’enfuient, sanglants, l’un vers la côte, l’autre au sommet d’un rouvre et là remet en ordre ses plumes toutes hérissées et emmêlées.

Jacques ne lève pas la tête, même au bruit fait par Jésus qui, en souriant, fait encore quelques pas et s’arrête au milieu du petit pré. Son vêtement blanc semble se teinter de rouge du côté droit tant est violent le rouge du crépuscule. On dirait vraiment que le ciel soit en feu. Et pourtant Jacques ne doit pas dormir car, dès que Jésus susurre, exactement susurre “Jacques, viens ici”, il lève sa tête appuyée sur ses genoux et défait l’enlacement de ses bras, en se levant et en allant vers Jésus. Il s’arrête en face de Lui, à deux pas de distance et le regarde.

Jésus aussi le regarde, sérieux et pourtant il encourage Jacques d’un sourire qui ne vient pas des lèvres ni du regard et qui pourtant est visible. Il le regarde fixement comme s’il voulait lire les plus petites réactions et émotions de son cousin et apôtre qui comme hier, en se sentant au seuil d’une révélation, devient pâle et le devient davantage encore au point que son visage a la couleur de son vêtement de lin quand Jésus lève les bras et lui met les mains sur les épaules, en restant ainsi, les bras tendus.

Alors Jacques semble bien être une hostie. Seuls ses doux yeux châtain foncé et sa barbe châtain colorent ce visage attentif.

258.2 – “Jacques, mon frère Jacques, fils d'Alphée, est son cousin. , tu sais pourquoi je t’ai voulu ici, seul à seul, pour te parler après des heures de prière et de méditation?”

Jacques paraît éprouver de la difficulté à répondre tant il est ému. Mais il ouvre enfin les lèvres pour répondre à voix basse:

“Pour me donner une instruction spéciale, ou pour l’avenir, ou parce que je suis le plus incapable de tous. Je te remercie dès maintenant, même s’il s’agit d’un reproche. Mais crois-moi, Maître et Seigneur: si je suis lent et incapable, c’est par défaut de moyens, non par mauvaise volonté.”

“Ce n’est pas un reproche mais une instruction, oui, pour le temps où je ne serai plus avec vous. Dans ton cœur, pendant ces mois, tu as beaucoup pensé à ce que je t’ai dit un jour En EMV 192.1. , au pied de cette montagne, en te promettant de venir ici avec toi, non seulement pour parler du prophète Élie et pour regarder la mer qui resplendit là, à l’infini, mais pour te parler d’une autre mer, encore plus grande, changeante, traîtresse, que cette mer qui paraît aujourd’hui le plus tranquille des bassins et qui peut-être dans quelques heures engloutira navires et hommes dans sa faim vorace.

Et tu n’as jamais séparé la pensée de ce que je t’ai dit alors de celle que la venue ici avait rapport à ton futur destin. Si bien que maintenant tu pâlis de plus en plus en voyant que c’est un lourd destin, un héritage plein d’une responsabilité telle qu’elle ferait trembler un héros; une responsabilité et une mission qu’il faut exécuter avec toute la sainteté possible dans un homme pour ne pas décevoir la volonté de Dieu.

N’aie pas peur, Jacques. Je ne veux pas ta ruine. Car si je te destine à cela, c’est signe que je sais que tu en auras non un dommage mais une gloire surnaturelle.

Écoute-moi, Jacques. Fais en toi la paix par un bel acte d’abandon en Moi, pour pouvoir entendre et te rappeler mes paroles. Jamais plus nous ne serons ainsi seuls et avec l’esprit ainsi préparé à nous entendre.

258.3 – Je m’en irai un jour, comme tous les hommes qui ont un temps de séjour sur la terre. Mon séjour cessera d’une façon différente de celui des hommes, mais il faudra qu’il cesse et vous ne m’aurez plus à côté de vous autrement que par mon Esprit qui, je vous en donne l’assurance, ne vous abandonnera jamais. Quant à Moi, je m’en irai, après vous avoir donné tout ce qui est nécessaire pour faire progresser ma Doctrine dans le monde, après avoir accompli le Sacrifice et vous avoir obtenu la Grâce. Par elle et par le Feu sapientiel et septiforme Feu sapientiel et septiforme = l'Esprit saint, esprit de sagesse aux formes multiples. Annonce de la Pentecôte. vous pourrez faire ce qui maintenant vous paraîtrait folie et présomption même à seulement l’imaginer.

Je m’en irai et vous resterez. Et le monde qui n’a pas compris le Christ ne comprendra pas les apôtres du Christ. Aussi vous serez persécutés et dispersés comme les gens les plus dangereux pour le bien-être d’Israël. Mais, puisque vous êtes mes disciples, vous devez être heureux de subir les mêmes afflictions que votre Maître.

Je t’ai dit un jour de Nisân: “Tu seras celui qui reste des prophètes du Seigneur” Cf. EMV 192. Ta mère, par une influence spirituelle, a presque compris le sens de ces paroles. Mais, avant qu’elles se vérifient pour mes apôtres, en ce qui te concerne, elles se seront vérifiées.

Jacques, tous seront dispersés sauf toi, et cela jusqu’à ce que Dieu t’appelle à son Ciel. Tu resteras au poste auquel t’aura élu Dieu par la bouche de tes frères, toi descendant de la race royale, dans la cité royale, pour élever mon sceptre et parler du vrai Roi. Roi d’Israël et du monde selon une royauté sublime que personne ne comprend, excepté ceux auxquels elle a été révélée.

Ce seront des temps où il te faudra une force, une constance, une patience, une sagacité sans limites. Tu devras être juste avec charité, avec une foi simple et pure comme celle d’un enfant et, en même temps, érudite, en vrai maître, pour soutenir la foi assaillie en tant de cœurs et par tant de choses qui lui sont opposées, et pour réfuter les erreurs des faux chrétiens et les subtilités doctrinales du vieil Israël qui, aveugle dès maintenant, sera plus que jamais aveugle après avoir tué la Lumière, et qui déformera les paroles prophétiques et jusqu’aux commandements du Père de qui je procède, pour persuader lui-même et se donner ainsi la paix, et le monde, que Celui dont parlent les patriarches et les prophètes ce n’était pas Moi. Mais que Moi, au contraire, je n’étais qu’un pauvre homme, un utopiste, un fou pour les meilleurs, un hérétique possédé pour les moins bons du vieil Israël.

Je te prie d’être alors un autre Moi-même. Non, ce n’est pas impossible! Cela l’est. Tu devras avoir présent à ton esprit ton Jésus, ses actes, sa parole, ses œuvres. Comme si tu t’adaptais à la forme d’argile dont se servent les fondeurs pour donner une empreinte au métal, tu devras te couler en Moi. Je serai toujours présent, si présent et vivant pour vous, mes fidèles, que vous pourrez vous unir à Moi, devenir un autre Moi-même. Il suffit de le vouloir. Mais toi, toi qui as été avec Moi dès la plus tendre enfance et qui as eu la nourriture de la Sagesse par les mains de Marie, avant de l’avoir par les miennes, toi qui es le neveu de l’homme le plus juste qu’a eu Israël, tu dois être un Christ parfait…”

258.4 – “Je ne peux pas, Seigneur! Donne cette charge à mon frère, donne-la à Jean, donne-la à Simon Pierre, donne-la à l’autre Simon. Pas à moi, Seigneur! Pourquoi à moi? Qu’ai-je fait pour la mériter? Tu ne vois pas que je suis un bien pauvre homme qui ne peut qu’une seule chose: t’aimer tellement bien et croire fermement à tout ce que tu dis!”

“Jude a un tempérament trop entier. Il fera très bien là où il s’agit d’abattre le paganisme. Pas ici où il faudra amener au Christianisme des gens qui, étant déjà le peuple de Dieu, se croient absolument dans le juste. Pas ici où il faudra convaincre tous ceux qui, croyant en Moi, seront déçus par le déroulement des événements. Les convaincre que mon Royaume n’est pas de ce monde, mais que ce Royaume est tout spirituel, un Royaume des Cieux, dont la préparation est une vie chrétienne, c’est-à-dire une vie où les valeurs prépondérantes sont celles de l’esprit.

La conviction s’obtient par une ferme douceur. Malheur à celui qui sautera à la gorge des gens pour les persuader. Ceux qui seront assaillis, diront: “oui” sur le moment pour se dégager de l’étreinte, mais ensuite ils s’enfuiront sans plus vouloir se retourner, sans plus vouloir accepter de discuter, s’il ne s’agit pas de pervers mais seulement de dévoyés. Fuyant pour aller s’armer et donner la mort à ceux qui veulent les convaincre de doctrines différentes des leurs, s’il s’agit de pervers ou seulement de fanatiques.