“Oh! oui Seigneur. Auprès de nous, à la place du vieil Ismaël. Nous l’instruirons sur Toi. Elle sera arrachée au paganisme” supplie Marthe.

“Veux-tu venir avec nous?” demande Jésus.

“Avec n’importe qui des tiens. Pourvu que je ne sois plus avec cet homme. Mais… mais, ici il y a une femme qui m’a dit qu’elle le connaissait? Ne me trahira-t-elle pas? Ne viendra-t-il pas des romains dans sa maison? Ne…”

“N’aie pas peur. À Béthanie, il ne vient pas de romains, surtout de cette espèce” dit Marie-Madeleine pour la rassurer.

“Simon et Simon Pierre, allez chercher le char. Nous vous attendrons ici. Nous entrerons après dans la ville” commande Jésus.

254.7 - Quand le lourd char couvert s’annonce par le bruit des sabots et des roues et par la lanterne suspendue tout en haut, ceux qui attendaient se lèvent du bord de la route, où certainement ils ont soupé, et s’en vont sur la route.

Le char s’arrête cahotant sur le bord du chemin disloqué, et Pierre et Simon en descendent, immédiatement suivis d’une femme âgée qui court embrasser Marie-Madeleine en disant:

“Je ne veux pas tarder un seul instant pour te dire que je suis heureuse, pour te dire que ta mère se réjouit avec moi, pour te dire que tu es redevenue la blonde rose de notre maison, comme quand tu dormais dans ton berceau après avoir sucé mon sein!”

Elle n’en finit plus de l’embrasser.

Marie pleure dans ses bras.

“Femme, je te confie cette jeune personne et je te demande le sacrifice d’attendre ici toute la nuit. Demain, tu pourras aller au premier village sur la route consulaire et attendre. Nous viendrons avant l’heure de tierce” dit Jésus à la nourrice.

“Que tout soit comme tu veux, béni que tu es! Permets-moi seulement de donner à Marie les vêtements que je lui ai apporté.”

Elle remonte dans le char avec Marie très Sainte et Marie et Marthe. Quand elles en sortent, Marie-Madeleine est telle que nous la verrons par la suite, toujours: un vêtement simple, un fin voile de lin très ample et un manteau sans ornements.

“Va tranquille, Syntica. Demain, nous viendrons nous aussi. Adieu” dit Jésus en la saluant. Et il reprend le chemin vers Césarée…

254.8 - La promenade fourmille de gens qui se promènent à la lueur des torches ou de lanternes portées par des esclaves et y respirent l’air qui vient de la mer qui rafraîchit grandement les poumons fatigués par la chaleur étouffante de l’été. Et ces promeneurs appartiennent à la classe des riches romains. Les hébreux sont dans leurs maisons et prennent le frais sur les terrasses. La promenade ressemble à un très vaste salon à l’heure des visites. S’y promener implique d’y être observé en détail. Et pourtant c’est par là que passe Jésus… pour toute la longueur de la promenade sans se soucier de qui l’observe, fait des commentaires et se moque.

“Maître, Toi ici? À cette heure?” demande Lydia assise sur une sorte de fauteuil, ou de divan, porté par des esclaves sur le bord du chemin. Et elle se lève.

“Je viens de Dora et je me suis attardé. Je vais à la recherche d’un logement.”

“Je te dirais bien: voici ma maison” et elle Lui montre un bel édifice derrière elle. “Mais je ne sais pas si…”

“Non. Je te remercie, mais je n’accepte pas. J’ai avec Moi une nombreuse compagnie et deux sont déjà allés en avant avertir des personnes que je connais. Je crois qu’elles me donneront l’hospitalité.”

254.9 - Le regard de Lydia se pose aussi sur les femmes que Jésus lui a montrées avec les disciples, et tout de suite elle reconnaît Marie-Madeleine.

“Marie? Toi? Mais alors c’est vrai?” Marie de Magdala a le regard torturé d’une gazelle aux abois. Et elle a raison, car ce n’est pas seulement Lydia qu’elle doit affronter mais de nombreuses personnes qui la regardent… Mais elle regarde aussi Jésus et elle prend courage.

“C’est vrai.”

“Alors, nous t’avons perdue!”

“Non, vous m’avez trouvée. Du moins j’espère vous retrouver un jour et avec une meilleure amitié sur le chemin que j’ai finalement trouvé. Dis-le, je t’en prie, à tous ceux qui me connaissent. Adieu, Lydia. Oublie tout le mal que tu m’as vu faire, je t’en demande pardon…”

“Mais, Marie! Pourquoi te dégrades-tu? Nous avons mené la même vie de riches et de désœuvrés, et il n’y a pas…”

“Non. J’ai mené une vie plus mauvaise. Mais j’en suis sortie. Etpour toujours.”

“Je te salue Lydia” abrège le Seigneur, et il se dirige vers son cousin Jude qui vient vers Lui avec Thomas.

Lydia retient encore un instant Marie-Madeleine:

“Mais dis-moi la vérité, maintenant que nous sommes entre nous: es-tu vraiment convaincue?”

“Pas convaincue: heureuse d’être une disciple. Je n’ai qu’un regret: de n’avoir pas connu plus tôt la Lumière et, au lieu de m’en avoir nourrie, d’avoir mangé la fange. Adieu, Lydia.”

La réponse résonne avec netteté dans le silence qui s’est fait autour des deux femmes. Personne de ceux qui sont là, nombreux, ne parle plus…

Marie se retourne et cherche à rejoindre rapidement le Maître.

Mais un jeune homme lui coupe la route:

“C’est ta dernière folie?” dit-il et il veut l’embrasser.

Mais à moitié ivre comme il l’est, il n’y réussit pas, et Marie lui échappe en lui criant:

“Non, c’est mon unique sagesse.”

Elle rejoint ses compagnes, voilées comme des musulmanes, tant il leur répugne d’être vues par ces gens vicieux.

“Marie” dit Marthe toute anxieuse “tu as beaucoup souffert?”

“Non. Et il a raison, et maintenant je ne souffrirai jamais plus de cela. Il a raison Lui…”

Tout le monde tourne par une ruelle obscure pour entrer ensuite dans une vaste maison, certainement une auberge, pour la nuit.