254 – La rencontre de Syntica, esclave grecque, et l’arrivée à Césarée Maritime

15 août 1945

Vision du mercredi 15 août 1945

254.1 - Je ne vois pas la ville de Dora. Le soleil va se coucher. Les voyageurs sont en marche vers Césarée… Mais l’arrêt à Dora, je ne l’ai pas vu. Peut-être cela a été une halte sans rien de notable à signaler. La mer semble embrasée tellement dans son calme elle reflète la couleur rouge du ciel, un rouge presque irréel tant il est violent. On dirait qu’on, a répandu du sang sur la voûte du firmament.

Il fait encore chaud, bien que l’air marin rende cette chaleur supportable. Ils cheminent toujours le long de la mer pour fuir l’ardeur du terrain sec. Beaucoup ont même tout bonnement quitté leurs sandales et ont relevé leurs vêtements pour entrer dans l’eau. Pierre déclare:

“S’il n’y avait pas les femmes, je me mettrais nu et j’entrerais dans l’eau jusqu’au cou.”

Mais il doit aussi sortir de là, car Marie-Madeleine, qui était devant avec les autres, revient en arrière et dit:

“Maître, je connais bien ces parages. Tu vois là-bas où la mer présente une ligne jaune au milieu de son azur? Là se jette un cours d’eau toujours alimenté, même en été, et il faut pouvoir le franchir…”

“Nous en avons tant franchis! Ce ne sera pas le Nil! Celui-ci aussi, nous le franchirons” dit Pierre.

“Ce n’est pas le Nil, mais dans ses eaux et sur ses rives il y a des animaux aquatiques qui peuvent nuire. Il ne faut pas passer sans précautions, ni déchaussés pour éviter des blessures.”

“Oh! Que sont-ils? Des Léviathans? Léviathan, le monstre marin, symbole des puissances du mal, dont il est fait mention en Job 3,8 ; Job 40, 25-32 ; Job 41 ; Psaume 73 (Hébreu 74), 14 ; Psaume 103 (Hébreu 104), 26 ; Isaïe 27, 1. Dans le livre de Job, il est identifié au crocodile, comme nous le verrons en EMV 398.3.

“Tu as bien dit, Simon. Exactement ce sont des crocodiles, petits, c’est vrai, mais capables de t’empêcher de marcher pendant un bon moment.” Extraits du Dictionnaire géographique de l'Évangile d'après Maria Valtorta, Jean-François Lavère, RSI 2016 : Ez Zerqa, Crocodilum flumen - Le groupe apostolique approche de Césarée Maritime, venant de Dor. Marie Madeleine, qui connaît l'endroit, annonce qu'il va leur falloir franchir «un cours d'eau toujours alimenté, même en été... un petit fleuve dont le lit est plutôt large» (EMV 254.2). Mais il leur faut être prudent, car «dans ses eaux et sur ses rives il y a des animaux aquatiques qui peuvent nuire. Il ne faut pas passer sans précautions, ni déchaussés pour éviter des blessures. (…) Ce sont des crocodiles, petits…» Ces indications peuvent surprendre, pourtant elles s'avèrent exactes, et l'on en trouve la confirmation dans plusieurs récits de voyage en Terre Sainte (Pour plus de détails, voir J-F Lavère, L'Enigme Valtorta, tome 1, pages 205 à 208). Le cours d'eau n'est pas nommé, mais il est parfaitement identifiable. Cette rivière est évoquée par Pline (Histoires Naturelles L 5, ch. 17.), tandis que Strabon (Géographie 16, 2, 27.) parle des ruines d'une ville nommée Krokodeilon polis. Ce cours d'eau est situé à 2/3 km au nord de Césarée. Des fouilles archéologiques furent menées à l'embouchure de la rivière de 1996 à 1999 (Robert R. Stieglitz, American Schools of Oriental Research Archaeological).

“Et qu’est-ce qu’ils font là?”

“Ils y ont été amenés pour le culte, je crois depuis l’époque où les phéniciens dominaient le pays. Et ils y sont restés, en devenant de plus en plus petits mais pas moins agressifs pour autant, en passant des temples à la vase du cours d’eau. Maintenant ce sont de gros lézards, mais avec de ces dents! Les romains viennent ici pour des parties de chasse et des divertissements variés… J’y suis venue moi aussi avec eux. Tout sert à… tuer le temps. Et puis les peaux sont très belles et servent à différents usages. Permettez donc qu’à cause de mon expérience des lieux, je vous guide.”

“Bon. J’aimerais les voir…” dit Pierre.

“Peut-être en verrons-nous quelques-uns bien qu’ils soient presque exterminés, tellement on les chasse.”

254.2 - La troupe quitte la rive et se dirigé vers l’intérieur, jusqu’à ce qu’elle trouve une grand-route à mi-chemin entre les collines et la mer. Ils arrivent bientôt à un pont très arqué jeté sur un petit fleuve dont le lit est plutôt large mais où il passe peu d’eau, au milieu du lit, là où il n’y pas d’eau, on voit des joncs et des roseaux, à demi-desséchés par la chaleur de l’été, formant en d’autres saisons des îles minuscules au milieu de l’eau. Sur les rives, d’autre part, il y a des buissons et des arbres touffus.

Bien que les voyageurs fouillent tout du regard, ils ne voient aucun animal et plusieurs en sont déçus. Mais, au moment où ils vont finir de franchir le pont, dont l’arc unique est très haut, peut-être pour ne pas être emporté par le courant en temps de crue - une robuste construction sans doute romaine - Marthe pousse un cri aigu et s’enfuit en arrière, terrorisée. Un gros lézard, il ne semble pas que ce soit autre chose, mais avec la tête classique de crocodile, se trouve en travers de la route faisant semblant de dormir.

“Mais n’aie pas peur!” crie Marie-Madeleine. “Quand ils sont là, ils ne sont pas dangereux. Le danger c’est quand ils sont cachés et que l’on passe dessus sans les voir.”

Mais Marthe reste prudemment en arrière, Suzanne aussi ne s’en amuse pas… Marie d’Alphée est plus courageuse et, tout en restant prudente, elle reste près de ses fils. Elle va de l’avant et regarde. Les apôtres, eux, n’ont pas vraiment peur et ils regardent en faisant des commentaires sur cette bête désagréable qui daigne tourner lentement la tête pour se faire voir aussi par devant. Puis elle fait mine de bouger et semble vouloir se diriger vers ceux qui la dérangent. Un autre cri de Marthe qui s’enfuit plus en arrière, imitée maintenant aussi par Suzanne et Marie de Cléophas. Mais Marie-Madeleine ramasse un caillou et le lance contre la bête. Celle-ci, frappée au flanc, dévale la grève et s’enfonce dans l’eau.

“Avance, peureuse. Il n’y est plus” dit-elle à sa sœur. Les femmes se rapprochent.

“Pourtant c’est une sale bête” commente Pierre.

254.3 - “Est-il vrai, Maître, qu’autrefois on leur donnait en nourriture des victimes humaines?” demande l’Iscariote.

“Le crocodile était considéré comme un animal sacré. Il représentait un dieu, et comme nous consommons le sacrifice offert à notre Dieu, eux, les pauvres idolâtres, le faisaient avec les pratiques et les erreurs que leur condition comportait.”

“Mais, maintenant, c’est fini?” demande Suzanne.