“Je crois qu’il n’est pas impossible que cela se pratique dans des contrées idolâtres” dit Jean d’En-Dor.

“Mon Dieu! Mais ils les donnent morts, au moins?”

“Non, ils les donnent vivants, si cela se fait encore. Des jeunes filles, des enfants, en général. Ce qu’il y a de mieux dans le peuple. C’est du moins ce que j’ai lu” répond toujours Jean aux femmes qui regardent de tous côtés, effrayées.

“Moi, je mourrais de peur si je devais en approcher” dit Marthe.

“Vraiment? Mais cela n’est rien, femme, à côté du vrai crocodile. Il est au moins trois fois plus long et plus gros.”

“Et affamé aussi, celui-là était rassasié de couleuvres ou de lapins sauvages.”

“Miséricorde! Des couleuvres aussi! Mais où nous as-tu amenés, Seigneur!” gémit Marthe. Elle est si effrayée que tout le monde se laisse gagner irrésistiblement par l’hilarité.

Hermastée, qui s’est toujours tu, dit:

“N’ayez aucune crainte, Il suffit de faire beaucoup de bruit et tous s’enfuient. Je m’y connais. J’ai été plusieurs fois en basse Égypte.”

On se met en marche en battant des mains et en frappant sur les troncs d’arbres. Le passage dangereux est franchi. Marthe s’est placée près de Jésus et demande souvent:

“Mais il n’y en aura vraiment plus?”

Jésus la regarde et secoue la tête en souriant, mais il la rassure:

“La plaine de Saron n’est que beauté, et désormais nous y sommes. Mais en vérité, aujourd’hui les femmes disciples m’ont réservé des surprises! Je ne sais vraiment pas pourquoi tu es si peureuse.”

“Je ne le sais pas moi-même. Mais tout ce qui rampe me terrorise. Il me semble sentir la froidure de ces corps, certainement froids et visqueux, sur moi. Et je me demande aussi pourquoi ils existent. Ils sont peut-être nécessaires?”

“Cela, il faudrait le demander à Celui qui les a faits. Mais crois bien que, s’Il les a faits, c’est signe qu’ils sont utiles, ne serait ce que pour faire briller l’héroïsme de Marthe” dit Jésus avec un fin scintillement dans les yeux.

“Oh! Seigneur! Tu plaisantes et tu as raison, mais moi j’ai peur et je ne me vaincrai jamais.” Cette prédiction est à rapprocher de la tradition qui fait de Marthe la dompteuse de la tarasque, sans doute un crocodile marin géant évadé du cirque d'Arles, toute proche, qui était à l'époque une importante ville romaine.

“Nous verrons cela…

254.4 - Qu’est-ce qui remue là-bas, dans ces buissons?” dit Jésus en dressant la tête et en regardant devant vers un enchevêtrement de ronces et d’autres plantes, qui montent à l’assaut d’une haie de figuiers d’Inde, qui sont plus en arrière avec leurs palettes qui sont dures autant que les branches des autres plantes sont flexibles.

“Un autre crocodile, Seigneur?!…” gémit Marthe terrorisée.

Mais le bruit augmente et il sort de là un visage humain, de femme. Elle regarde et voit tous ces hommes; et se demande si elle va fuir à travers la campagne ou se cacher dans la galerie sauvage. Mais la première idée l’emporte et elle s’enfuit en poussant un cri.

“Lépreuse? Folle? Possédée?” se demandent-ils et ils restent perplexes.

Mais la femme revient en arrière parce que, de Césarée déjà très proche, s’avance un char romain. La femme est comme un rat dans un piège. Elle ne sait où aller car Jésus et les siens sont maintenant près du buisson qui lui servait de refuge et elle ne peut y retourner, et elle ne veut pas aller vers le char… Dans les premières brumes du soir, car la nuit tombe rapidement après un puissant crépuscule, on voit qu’elle est jeune et gracieuse, bien qu’échevelée et avec des vêtements déchirés.

“Femme! Viens ici!” commande impérieusement Jésus. La femme tend les bras en suppliant:

“Ne me fais pas de mal!”

“Viens ici, Qui es-tu? Je ne vais pas te faire de mal” Jésus lui parle si doucement qu’il la persuade.