Marie de Magdala pleure en murmurant:

“Et moi, ce tourment je l’ai donné à ma mère, dès cette Terre.”

Marthe pleure en disant:

“C’est une douleur réciproque la séparation entre les enfants et la mère.”

Pierre aussi a des larmes aux yeux, et le Zélote dit à Barthélemy:

“Quelles paroles de sagesse pour expliquer ce que sera la maternité d’une bienheureuse!”

“Et comme les choses seront appréciées par une mère bienheureuse au travers des lumières de Dieu et de la maternité spiritualisée… Cela vous coupe le souffle comme devant un lumineux mystère” lui répond Nathanaël.

L’Iscariote dit à André:

“La maternité se dépouille de toute pesanteur des sens et devient toute ailée, dite de cette façon. Il nous semble voir nos mères déjà transformées en une inconcevable beauté.”

“C’est vrai. La nôtre, Jacques, nous aimera ainsi. Imagines-tu comme sera alors parfait son amour?” dit Jean à son frère, et c’est le seul qui ait un sourire lumineux tant il est joyeusement ému par la pensée que sa mère arrive à aimer d’une manière parfaite.

253.6 – “Je regrette d’avoir causé tant de douleur, dit Jacques d’Alphée. Mais elle en a vu plus que je ne lui en ai dit… Crois-moi, Jésus.”

“Je le sais, je le sais. Mais Marie est en train de se travailler elle-même et c’est un coup plus fort de scalpel. Pourtant il lui enlève un si grand poids mort” dit Jésus.

“Allons, mère. C’est assez pleuré! Cela me fait de la peine que tu souffres comme une pauvre femme qui ne connaît pas les certitudes du Royaume de Dieu. Tu ne ressembles en rien à la mère des fils Macchabées Fils Maccabées, ainsi appelés parce que leur martyre, relaté en 2 M 7, a eu lieu "au temps des Maccabées " (voir en EMV 157.5). Ces derniers s'appelaient comme cela en raison du surnom (qui pourrait signifier " marteau") de leur principal héros, Judas Maccabée, déjà cité en EMV 72.5. Leurs actions destinées à obtenir la liberté religieuse et politique du peuple juif sont relatées dans les deux livres des Maccabées (ou Livre des martyrs d'Israël), dont nous citons les chapitres et les versets chaque fois que l'œuvre mentionne un de leurs faits précis. Le rapprochement que fait le Sanhédrin entre Judas Iscariote et Judas Maccabée en EMV 588.4 est un prétexte, rétracté par l'apôtre Jean en EMV 600.2. En revanche, l'apôtre et cousin de Jésus, Jude, fils d'Alphée, est comparé à ce héros en EMV 600.11. ” lui reproche sévèrement le Thaddée tout en embrassant sa mère.

Et il achève, en la baisant sur la tête parmi ses cheveux grisonnants:

“Tu sembles une fillette qui a peur des ombres et des histoires qu’on lui raconte pour l’épouvanter. Et pourtant tu sais où me trouver: en Jésus. Quelle maman! Quelle maman! Tu devrais pleurer si on t’avait dit que moi, plus tard, je devais trahir Jésus, l’abandonner, devenir un damné. Alors, oui. Tu devrais pleurer du sang même. Mais, avec l’aide de Dieu, cette douleur je ne te la donnerai jamais, ma mère. Je veux rester avec toi pour toute l’éternité…”

Le reproche d’abord, les caresses ensuite, finissent par tarir les pleurs de Marie d’Alphée qui maintenant est toute honteuse de sa faiblesse.

253.7 – La lumière, dans le passage de la nuit au jour, s’est affaiblie car la lune s’est couchée et le jour n’a pas encore commencé. Mais c’est un court intermède crépusculaire. Tout de suite après la lumière, d’abord couleur de plomb puis grisâtre, puis verdâtre, puis laiteuse avec des traces bleues, finalement claire presque comme de l’argent immatériel, s’affirme toujours plus, facilitant le chemin sur la grève humide restée découverte par le flot, pendant que l’œil se réjouit à la vue de la mer qui devient d’un bleu plus clair qui va bientôt s’éclairer de facettes brillantes comme des gemmes.

Puis l’air imprègne son argent d’un rose toujours plus net jusqu’à ce que ce rose doré de l’aurore devienne une pluie rose rouge sur la mer, sur les visages, sur les campagnes, avec des contrastes de teintes toujours plus vives, qui arrivent à leur plus grande perfection au moment qui pour moi est le plus beau du jour, lorsque le soleil, bondissant hors des limites de l’orient, envoie son premier rayon sur les montagnes et les pentes, les bois, les prés et les immenses espaces de la mer et du ciel, accentuant toutes les couleurs, que ce soit la blancheur des neiges ou des lointains montagneux d’un indigo qui se change en un vert de jaspe, ou que ce soit le cobalt d’un ciel qui s’atténue pour recevoir le rose, ou que ce soit le saphir veiné de jade et rayé de perles de la mer.

Et aujourd’hui la mer est un véritable miracle de beauté. Non pas morte dans un calme pesant, non pas bouleversée par la lutte des vents, mais d’une vie majestueuse rendue vivante par des vagues très faibles que marquent des rides couronnées d’une crête d’écume.

“Nous arriverons à Dora avant que le soleil ne soit brûlant et nous repartirons au crépuscule. Demain, à Césarée, ce sera la fin de votre fatigue, mes sœurs. Et nous aussi nous nous reposerons. Votre char vous attend certainement. Là, nous nous séparerons…

253.8 – Pourquoi pleures-tu, Marie? Me faudra-t-il donc voir aujourd’hui pleurer toutes les Marie?” dit Jésus à Marie-Madeleine.

“Cela la peine de te quitter” dit sa sœur en l’excusant.

“Il n’est pas dit que 1’on ne se revoie pas, et bientôt.”

Marie fait signe que non. Ce n’est pas pour cela qu’elle pleure. Le Zélote explique:

“Elle craint de ne pas savoir être bonne sans ton voisinage. Elle craint… elle craint d’être tentée trop fortement quand tu n’es pas tout près pour éloigner le démon. Elle m’en parlait tout à l’heure.”

“N’aie pas cette crainte. Je ne retire jamais une grâce que j’ai accordée. Veux-tu pécher? Non? Alors sois tranquille. Veille, cela oui, mais ne crains pas.”

“Seigneur… je pleure aussi, parce qu’à Césarée… Césarée est remplie de mes péchés. Maintenant je les vois tous… J’aurai beaucoup à souffrir dans mon humanité…”

“Cela me fait plaisir. Plus tu souffriras et mieux cela vaudra. Parce que, ensuite, tu ne souffriras plus de ces peines inutiles.

Marie de Théophile, je te rappelle que tu es la fille d’un fort, et que tu es une âme forte, et que je veux te rendre très forte. J’excuse les faiblesses chez les autres, parce qu’elles ont toujours été des femmes douces et timides, y compris ta sœur. En toi, je ne les supporte pas. Je te travaillerai par le feu et sur l’enclume. Car tu es un tempérament qu’il faut travailler ainsi pour ne pas gâter le miracle de ta volonté et de la mienne. Sache cela toi et ceux qui, parmi ceux qui sont là ou qui sont. absents, pourraient croire que de t’avoir tant aimée, je pourrais devenir faible avec toi. Je te permets de pleurer par repentir et par amour, pas pour autre chose. Tu as compris?”

Jésus est suggestif et sévère.

Marie de Magdala s’efforce d’avaler ses larmes et ses sanglots et tombe à genoux. Elle baise les pieds de Jésus et, s’efforçant d’affermir sa voix, elle dit:

“Oui, mon Seigneur. Je ferai ce que tu veux.”

“Lève-toi alors et sois sereine.”