“Alors nous irons. Tu te procureras les barques pour demain. Fais-toi donner la bourse par Judas de Simon.”

250.3 – Les apôtres et les disciples sont mêlés. Il n’est pas nécessaire de dire quelle fête c’est pour un grand nombre et ce sont ceux qui sont bien connus de Jésus. Ils reviennent sur leurs pas, se dirigeant vers la ville et se promènent dans la banlieue jusqu’à rejoindre la pointe extrême de la baie qui s’allonge dans la mer comme un bras recourbé. Les cabanes, disséminées en petit nombre sur la petite côte couverte de graviers, représentent l’endroit le plus misérable de la ville, le plus dépeuplé et qui n’est habité qu’occasionnellement. Les maisonnettes sont des cubes aux murs effrités par l’air salin et par leur vétusté. Elles sont toutes fermées et, quand les disciples les ouvrent, elles font voir leur misère enfumée, leur mobilier vraiment réduit au strict minimum.

“Voilà, elles sont très commodes et propres à défaut de beauté” dit Isaac qui en fait les honneurs.

“Belles non, les pauvres. “La Belle Eau” était un palais en comparaison. Et il y en avait qui se plaignaient…” bougonne Pierre.

“Mais, pour nous, c’est une fortune.”

“Bien sûr, bien sûr! L’important c’est d’avoir un toit et de s’aimer. Oh! mais regarde où est notre Jean! Comment vas-tu? Où étais-tu?”

Mais Jean d’En-Dor, tout en souriant à Pierre, court vénérer Jésus qui le salue avec de très bonnes paroles.

“Je ne l’ai pas fait venir parce qu’il n’était pas très bien… Je préfère qu’il reste ici. Il sait si bien y faire avec les gens de la ville et avec ceux qui demandent des renseignement sur le Messie…” dit Isaac.

En fait l’homme d’En-Dor est beaucoup plus maigre qu’auparavant, mais son visage est serein. La maigreur ennoblit ses traits et fait penser à quelqu’un qui est déjà touché par le double martyre de la chair et de l’esprit.

Jésus l’observe et lui demande:

“Es-tu malade, Jean?”

“Pas plus qu’avant de te voir. Et cela pour la chair. Mais pour l’âme, si je me juge bien, je suis en train de me guérir de mes blessures personnelles.”

Jésus regarde encore son œil apaisé et son front creusé aux tempes et n’ajoute rien. Mais il lui met une main sur l’épaule pendant qu’il entre avec lui dans une maisonnette où l’on a apporté des bassines d’eau de mer pour rafraîchir les pieds fatigués et des brocs d’eau fraîche pour la soif, pendant que dehors, sur une table rustique ombragée par un semblant de tonnelle de plantes grimpantes, on prépare les tables.

Et c’est un beau spectacle, pendant que descend la nuit et que la mer murmure les prières du soir par le bruit léger du ressac sur la petite plage caillouteuse, de voir le souper de Jésus avec les femmes et les apôtres assis à une table grossière alors que les autres, ou bien assis par terre, ou sur des sièges, ou sur des paniers renversés, font cercle autour de la table principale.

Le repas est vite terminé et encore plus vite est desservie la table; car il y avait peu de vaisselle et pour les hôtes les plus importants. La mer a pris une couleur indigo dans la nuit encore sans lune, et toute sa majesté se dévoile à cette heure pleine d’une tristesse solennelle particulière aux rivages marins.

250.4 – Jésus, grandeur blanche parmi des ombres de plus en plus obscures, se lève de table et vient au milieu de la petite foule des disciples, pendant que les femmes se retirent. Isaac et un autre allument de petits jeux sur la grève pour éclairer et pour éloigner les nuées de moustiques qui viennent sans doute de marécages tout proches.

“La paix à vous tous.

La miséricorde de Dieu nous réunit en avance sur le temps fixé en donnant à nos cœurs une joie réciproque. Je les ai tous scrutés, ces cœurs, vos cœurs moralement bons, comme le montre votre présence ici, en m’attendant, en vous formant en Moi, encore imparfaits spirituellement comme le montrent certaines de vos réactions. Elles manifestent comment persiste encore en vous le vieil homme d’Israël avec ses idées et ses préjugés, et il n’est pas encore sorti de lui, comme le papillon de la chrysalide, l’homme nouveau, l’homme du Christ qui du Christ possède la large, la lumineuse, miséricordieuse mentalité et la charité encore plus large. Mais n’en soyez pas mortifiés si je vous ai scrutés et lus en tous vos secrets. Un Maître doit connaître ses élèves pour pouvoir corriger leurs défauts et, croyez-moi, s’il est un bon maître, il n’est pas dégoûté par ceux qui ont le plus de défauts, mais au contraire il se penche sur eux pour les rendre meilleurs. Vous, vous savez que je suis un bon Maître.

Et maintenant voyons ensemble ces réactions et ces préjugés, envisageons de considérer ensemble le motif pour lequel nous sommes ici et, à cause de la joie que cette réunion nous donne,

sachons bénir le Seigneur qui toujours, d’un bien particulier, tire un bien collectif.

250.5 – J’ai entendu de vos lèvres votre admiration pour Jean d’En-Dor, d’autant plus grande qu’il se reconnaît pécheur converti, et c’est son ancienne manière d’être et la nouvelle qu’il prend comme base de prédication pour ceux qu’il veut amener à Moi. C’est vrai. C’était un pécheur. Maintenant c’est un disciple. Beaucoup de vous sont désormais venus au Messie grâce à lui. Vous voyez donc que c’est précisément par ces moyens que le vieil homme d’Israël mépriserait, que Dieu crée le nouveau peuple de Dieu.

Maintenant je vous prie de vous abstenir de porter un jugement qui ne serait pas sain sur une sœur que le vieil Israël ne comprend pas qu’elle soit une disciple. J’ai ordonné aux femmes d’aller se reposer, mais ce n’était pas tant par désir de leur donner du repos que pour avoir la possibilité de vous donner à vous une sainte appréciation d’une conversion et pour vous empêcher de commettre un péché contre l’amour et la justice. C’est la raison pour laquelle je leur ai donné cet ordre qui n’a pas manqué d’attrister les femmes disciples.

Marie de Magdala, la grande pécheresse d’Israël, celle qui n’avait pas d’excuse pour son péché, est revenue au Seigneur. Et de qui attendra-t-elle la fidélité et la miséricorde sinon de Dieu et des serviteurs de Dieu? Israël tout entier, et avec Israël les étrangers qui sont parmi nous, ceux qui la connaissent bien et qui la jugent sévèrement maintenant qu’elle n’est plus leur complice dans leurs débauches, critiquent et tournent en ridicule cette résurrection.

Résurrection. C’est le mot le plus exact. Ce n’est pas le plus grand miracle que de ressusciter une chair, c’est un miracle toujours relatif parce qu’il est destiné à être un jour annulé par la mort. Je ne donne pas l’immortalité à celui que je ressuscite dans sa chair, mais je donne l’immortalité à celui qui est ressuscité dans son esprit. Et alors que celui qui est mort dans sa chair n’unit pas sa volonté de ressusciter à la mienne, et par conséquent n’a en cela aucun mérite, en celui qui ressuscite en son esprit se trouve présente sa volonté et même elle est la première à être présente. Il n’est donc pas inexistant son mérite pour sa résurrection.

Je ne vous dis pas cela pour me justifier: C’est à Dieu seul que je dois rendre compte de mes actions. Mais vous êtes mes disciples. Mes disciples doivent être d’autres Jésus. Il ne doit y avoir en eux aucune ignorance et aucune de ces fautes invétérées à cause desquelles beaucoup de gens ne sont unis à Dieu que de nom.