“Oui, Maître.”
Tous se taisent et restent pensifs. Et si les bouches restent closes, on devine clairement leurs pensées dans leurs regards, dans l’expression de leur physionomie. Un grand désir de savoir tremble comme l’éther autour d’eux, se dégageant d’eux…
224.5 – Le Zélote s’ingénie à distraire ses compagnons pour avoir l’occasion de leur parler en particulier et certainement de leur conseiller encore le silence. J’ai l’impression que le Zélote exerce beaucoup ce rôle dans le groupe apostolique. C’est le modérateur, le conciliateur, le conseiller de ses compagnons sans compter qu’il est celui qui comprend si bien le Maître. Il dit maintenant:
“Nous voilà déjà sur les terres de Jeanne. Le pays qui est dans ce berceau, c’est Béther. Ce palais, sur la crête, c’est son château natal. Sentez-vous dans l’air ce parfum? Ce sont les rosiers qui commencent à le répandre au soleil matinal. Au soir, c’est un parfum puissant. Mais maintenant ils sont si beaux à voir, dans cette fraîcheur du matin, encore couverts de la rosée qui brille sur les corolles comme des millions de diamants pendant qu’elles s’ouvrent au soleil. Au coucher du soleil, on cueille toutes les fleurs arrivées à leur complet développement. Venez. Je veux vous montrer d’un point de vue l’ensemble des roseraies qui de la cime débordent en cascade sur les pentes de l’autre versant. C’est une cascade de fleurs qui, ensuite, remonte comme une marée sur deux autres collines. C’est un amphithéâtre, un lac de fleurs. C’est magnifique. La pente du chemin est plus raide, mais cela vaut la peine de le suivre car on domine de là tout ce paradis. Et nous serons vite arrivés au château. Jeanne y vit libre, au milieu de ses paysans qui gardent seuls toute cette richesse. Mais eux aiment tant leur maîtresse, qui fait de ces vallées un éden de beauté et de paix, qu’ils valent mieux que tous les gardes d’Hérode. Voici, regarde, Maître. Regardez, mes amis.”
Et de la main, il montre un hémicycle de collines envahies par les roses.
De quelque côté que l’œil se tourne sous des arbres très hauts, chargés d’abriter des vents et des rayons trop chauds du soleil et de la grêle, des rosiers et encore des rosiers. Le soleil se répand, et aussi l’air sous ces abris légers qui voilent légèrement les plantes mais ne les oppriment pas, et que les jardiniers maintiennent en état et sous lesquels vivent heureux les plus beaux rosiers du monde. Il y a par milliers et milliers des rosiers de toutes espèces: rosiers nains, bas, grands, très grands. Disposés en touffes, comme des coussins brodés de fleurs aux pieds des arbres, sur les prés d’herbes verdoyantes, ou formant des haies le long des sentiers, aux bords des ruisseaux, en cercle autour des bassins d’irrigation, disséminés à travers un parc qui englobe des collines, ou bien enroulés autour des arbres, avec des chevelures fleuries qui d’un arbre à l’autre forment des festons et des guirlandes. Un vrai jardin de rêve. Toutes les tailles, toutes les nuances s’y trouvent et s’entremêlent, disposant les couleurs ivoire des roses-thé auprès des couleurs rouge-sang d’autres corolles et, régnant comme des souveraines grâce à leur nombre, les vraies roses de la couleur des joues d’un enfant qui se dégrade sur les bords en blanc teinté de rose.
Tous les disciples restent éberlués par tant de beauté.
“Mais que fait-elle de tout cela?” demande Philippe.
“Elle en jouit” répond Thomas.
“Non. Elle en extrait aussi l’essence, donnant du travail à des centaines de serviteurs fleuristes et aux habitués à l’extraction des essences. Les romains en sont avides. Jonathas me le disait en me montrant les comptes de la dernière récolte.
224.6 – Mais voilà là-bas Marie d’Alphée avec l’enfant. Ils nous ont vu et ils appellent les autres…”
En effet, voici Jeanne et les deux Marie que précède Marziam qui descend en courant, les bras ouverts pour embrasser. Elles se dirigent rapidement vers Jésus et Pierre, et se prosternent devant Jésus.
“La paix à vous toutes. Ma Mère, où est-elle?”
“Au milieu des rosiers, Maître, avec Élise. Oh! Elle est bien guérie! Elle peut affronter le monde et te suivre. Merci de t’être servi de moi pour cela.”
“Merci à toi, Jeanne. Tu vois qu’il était utile de venir en Judée? Marziam, voici des cadeaux pour toi. Ce beau fantoche et ces belles brebis. Cela te plaît?”
De joie, l’enfant en perd son souffle. Il va vers Jésus qui s’est penché pour lui donner la figurine et il est resté ainsi pour le regarder en face. Et l’enfant se jette à son cou, le baisant avec véhémence, tant qu’il peut.
“Ainsi, tu vas te faire doux comme les brebis et tu deviendras plus tard un bon berger pour ceux qui croient en Jésus. N’est-ce pas?”
Marziam dit oui, oui, oui, tout essoufflé, les yeux illuminés par la joie.
“Maintenant va trouver Pierre et Moi, je vais vers ma Mère. Je vois là-bas un pan de son voile qui court le long d’une haie de rosiers.”
Il court vers Marie et la reçoit sur son cœur au détour du sentier. Marie, après le premier baiser, explique, encore toute essoufflée:
“Élise vient derrière… J’ai couru pour te donner le baiser… car, ne pas te baiser, Fils, je ne le pouvais pas… et je ne voulais pas le faire devant elle… Elle est bien changée… Mais son cœur souffre toujours devant les joies des autres, qui lui sont pour toujours refusées. La voilà qui vient.”
Élise fait vivement les derniers pas et s’agenouille pour baiser le vêtement de Jésus. Ce n’est plus la femme tragique de Bet-Çur, mais une vieille femme, austère, marquée par la souffrance et par la trace qu’elle a laissée sur son visage et dans son regard.
“Béni sois-tu, Maître, maintenant et toujours, pour m’avoir rendu ce que j’avais perdu.”
“Toujours plus de paix pour toi, Élise. Je suis content de te trouver ici. Lève-toi.”
“Moi aussi, je suis contente. J’ai tant de choses à te dire et à te demander, Seigneur.”
“Nous en aurons tout le temps car je vais rester ici quelques jours. Viens que je te fasse connaître tes condisciples.”
“Oh! Tu as donc déjà compris ce que je voulais te dire?! Que je veux renaître à une vie nouvelle: la tienne; me refaire une famille: la tienne; retrouver des fils: les tiens. Comme tu l’as dit en parlant de Noémi dans ma maison, à Bet-Çur Cf. EMV 209.6 – Jésus demande de méditer sur l'histoire biblique de Noémi dont le nom veut dire : ma gracieuse. Femme d'Elimélek, qui l'emmena, avec ses deux fils, dans le pays de Moab, à cause de la famine régnant en Juda. Les fils épousèrent des Moabites. Elimélek et ses fils moururent. Noémi, accompagnée de Ruth, sa belle-fille, revint à Bethléem de Juda. (Ruth 1,1-4). . Moi, je suis une nouvelle Noémi, par ta grâce, mon Seigneur. Que tu en sois béni. Je ne suis plus amère et stérile. Je serai encore mère. Et, si Marie le permet, encore un peu ta mère et en plus la mère des fils de ta doctrine.”
“Oui, tu le seras. Marie n’en sera pas jalouse, et Moi, je t’aimerai de façon à ne pas te faire regretter d’être venue. Allons maintenant vers ceux qui veulent te dire qu’ils t’aiment comme des frères.”
Et Jésus la prend par la main pour la conduire vers sa nouvelle famille.
Le voyage, dans l’attente de la Pentecôte, est terminé.