“Oui! Tu peux toujours attendre! Ce sont vraiment des âmes tendres qui ont été persuadés par deux paroles, fussent-elles de Jésus! Je le sais, moi, cette fois que nous fûmes assaillis, toute ma famille et moi et beaucoup de gens de Bethsaïde dans le défilé d’Adomin!” répond Philippe.
“Maître, dis-moi un peu. Depuis hier je voulais te le demander. En somme est-ce que ce sont tes paroles ou ta volonté qui font que rien de mal n’arrive?” demande Jacques de Zébédée.
Jésus sourit et se tait.
Matthieu répond:
“Je crois que c’est sa volonté qui a maîtrisé la dureté de leurs cœurs qui l’a paralysée, pour ainsi dire, pour permettre de parler et de sauver.”
“Moi aussi, je crois qu’il en est ainsi. C’est pour cela qu’il est resté là-bas, seul à regarder le bois. Il les tenait subjugués par son regard, par sa confiance en eux, par son calme sans défense. Il n’avait même pas un bâton…!” dit André.
“Bien. Mais tout cela, c’est nous qui le disons. Ce sont nos idées. Je veux savoir l’avis du Maître” dit Pierre.
Il s’ensuit une vive discussion que Jésus laisse faire. Les uns disent que Jésus, ayant déclaré qu’il ne force personne, n’aura pas usé de violence même avec ces brigands. C’est ce que dit Barthélemy. L’Iscariote au contraire, quelque peu soutenu par Thomas, dit qu’il ne peut croire que le regard d’un homme ait tant de puissance.
Matthieu réplique en disant:
“Cette puissance, et plus encore. J’ai été converti par son regard, avant même de l’être par ses paroles.”
Les oui et les non s’opposent violemment, chacun s’en tenant à son propre point de vue. Jean se tait comme Jésus, et il sourit en baissant la tête pour cacher son sourire.
Pierre revient à l’assaut parce que les arguments de ses compagnons n’arrivent pas à le convaincre. Il pense et il dit que le regard de Jésus est différent de celui d’un homme quelconque et il veut savoir si c’est parce qu’il est Jésus: le Messie, ou si c’est parce qu’il est toujours Dieu.
224.3 – Jésus parle:
“En vérité je vous dis que non seulement Moi, mais quiconque sera fondu en Dieu par une sainteté, une pureté, une foi sans faille pourra faire cela et encore davantage. Le regard d’un enfant, si son esprit est uni à celui de Dieu, peut faire crouler les temples des idoles, sans les secouer comme Samson, imposer la douceur aux fauves et aux hommes-fauves, repousser la mort, vaincre les maladies de l’esprit, comme la parole d’un enfant fondu dans le Seigneur et instrument du Seigneur peut aussi guérir les maladies, enlever leur venin aux serpents, opérer toutes sortes de miracles. Parce que c’est Dieu qui opère en lui.”
“Ah! J’ai compris!” dit Pierre.
Et il regarde, regarde, regarde Jean. Et il conclut ensuite tout un raisonnement qu’il se faisait intérieurement en disant à haute voix:
“Voilà! Toi, Maître, tu as eu ce pouvoir en tant que Dieu, et en tant qu’homme uni à Dieu. Et il en arrive autant à celui qui arrive ou qui est arrivé à l’union avec Dieu. J’ai compris! J’ai bien compris!”
“Mais tu ne demandes pas la clef de cette union, ni le secret de cette puissance? Mais ce ne sont pas tous, parmi les hommes, qui y arrivent alors qu’ils ont pourtant les mêmes chances de réussite.”
“C’est juste! Où se trouve la clef de cette force qui unit à Dieu et domine les choses? Une prière, ou bien des paroles secrètes…”
“Tout à l’heure, Judas de Simon accusait le bouc de toutes les mésaventures qui nous sont arrivées. Il n’y a pas de sortilèges attachés aux animaux. Chassez les superstitions qui sont encore de l’idolâtrie et qui peuvent provoquer des malheurs. Et de même qu’il n’y a pas de formules pour réaliser des sorcelleries, il n’y a pas de paroles secrètes pour accomplir des miracles. Il n’y a que l’amour Voir en EMV 396.8, la réponse de Jésus à la question de Maria Valtorta : "Maître, qu'y a-t-il dans ta main pour que tout se répare, guérisse ou change d'aspect quand tu le touches ?" . Comme je l’ai dit hier soir, l’amour calme les violents et rassasie ceux qui sont avides. L’Amour: Dieu.
Avec Dieu en vous, possédé pleinement par le mérite d’un amour parfait, l’œil devient un feu qui brûle toutes les idoles et jette par terre les statues, la parole devient puissance. Et encore: l’œil devient une arme qui désarme. On ne résiste pas à Dieu, à l’Amour. Seul le démon y résiste parce qu’il est la Haine parfaite et, avec lui, y résistent ses fils. Les autres, les faibles possédés par une passion mais qui ne se sont pas vendus volontairement au démon, n’y résistent pas. Quelle que soit leur religion, ou leur absence de foi, quel que soit le niveau de leur bassesse spirituelle, ils sont atteints par l’Amour qui est le grand Victorieux. Cherche à arriver à cela et vite, et tu feras ce que font les fils de Dieu et ceux qui portent Dieu.”
224.4 – Pierre ne quitte pas Jean des yeux; le Zélote aussi, les fils d’Alphée et Jacques avec André ont l’intelligence éveillée et en recherche.
“Mais alors, Seigneur, dit Jacques de Zébédée, qu’est-il arrivé à mon frère? Tu parles de lui. C’est lui, l’enfant qui fait des miracles! Est-ce cela? Est-ce ainsi?”
“Qu’a-t-il fait? Il a tourné une page du livre de la Vie, et il a lu et connu de nouveaux mystères. Rien de plus. Il vous a précédés, car il ne s’arrête pas à considérer les obstacles, à peser les difficultés, à calculer ce qui rapporte. Mais il ne voit pas la terre. Il ne la voit plus. Il voit la Lumière et se dirige vers elle. Sans arrêt. Mais laissez-le tranquille. Les âmes que consume davantage la flamme ne doivent pas être troublées dans l’ardeur qui les remplit de joie et qui les consume. Il faut les laisser brûler. C’est la suprême joie et la plus grande fatigue. Dieu leur accorde des instants de nuit parce qu’il sait que l’ardeur tue les âmes-fleurs si elles sont continuellement exposées au soleil. Dieu accorde du silence et des rosées mystiques à ces âmes-fleurs, comme aux fleurs des champs. Laissez reposer l’athlète de l’amour quand Dieu l’y laisse. Imitez les professeurs de gymnastique qui accordent à leurs élèves les détentes normales… Quand vous serez arrivés, vous aussi là où lui est déjà arrivé, et plus loin, car vous irez plus loin, aussi bien vous que lui, vous comprendrez le besoin de respect, de silence, de pénombre qu’éprouvent les âmes dont l’Amour a fait sa proie et son instrument. N’allez pas penser: “Moi, alors, j’aurai un plaisir qui sera connu, et Jean est un sot, parce que l’âme du prochain, comme celle des enfants demande à être attirée par le merveilleux”. Non. Quand vous serez arrivés là, vous aurez le même désir de silence et de pénombre que Jean a maintenant.
Et quand je ne serai plus parmi vous souvenez-vous, qu’ayant à porter un jugement sur une conversion et sur un degré de sainteté, vous devez toujours vous baser sur l’humilité. Si chez quelqu’un persiste l’orgueil, ne vous illusionnez pas sur sa conversion. Et si quelqu’un que l’on dit “saint” est dominé par l’orgueil, soyez certains qu’il n’est pas saint. Il pourra faire le saint, comme un charlatan et un hypocrite; simuler des prodiges, mais il n’est pas saint. Son apparence est hypocrisie, ses prodiges du satanisme. Avez-vous compris?”