Ils courent avertir Fara qui s’avance, le teint terreux, échevelé, accompagné de femmes qui pleurent et d’inutiles santons pour qui on brûle de l’encens et des feuilles dans des poêles de cuivre.

“Sauve ma femme!”

“Sauve ma fille!”

“Sauve-la, sauve-la!” crient tour à tour l’homme, une vieille femme, la foule.

“Je la sauverai, et avec elle ton garçon, car c’est un garçon à la mine florissante avec deux yeux doux, de la couleur d’une olive qui mûrit et la tête couverte de cheveux noirs comme cette toison.”

“Comment le sais-tu? Que vois-tu? Même dans les entrailles?”

“C’est en tout que je vois et pénètre. Je connais et je peux tout. Je suis Dieu.”

Il aurait lancé la foudre, que cela aurait produit moins d’effet. Tous se jettent par terre, comme morts.

“Levez-vous. Écoutez. Je suis le Dieu puissant et je ne supporte pas d’autres dieux en ma présence. Allumez un feu, et jetez-y cette statue.”

La foule se révolte. Elle commence à douter du “dieu” mystérieux qui lui commande de brûler la déesse. Les plus enflammés, ce sont les prêtres.

Mais Fara et la mère de l’épouse, auxquels importe la vie de la femme, s’opposent à la foule hostile. Fara c’est le grand du pays et la foule réprime son indignation. L’homme pourtant interroge Jésus:

“Comment puis-je croire que tu es un dieu? Donne-m’en une preuve et je commanderai qu’on fasse ce que tu veux.”

“Regarde. Vois-tu les blessures de ce bouc? Elles sont ouvertes, n’est-ce pas? Sanglantes, n’est-ce pas? La bête est quasi mourante, n’est-ce pas? Eh bien, je veux que cela ne soit pas… Voilà, regarde.”

L’homme se penche et regarde… et il crie:

“Il n’a plus de blessures!” et il se jette par terre, suppliant:

“Ma femme, ma femme!”

Mais le prêtre de la procession dit:

“Méfie-toi, Fara. Nous ne savons pas qui est celui-ci! Crains la vengeance des dieux.”

L’homme est pris entre deux peurs: les dieux, sa femme… Il demande:

“Qui es-tu?”

“Je suis Celui qui suis, au Ciel, sur la terre. Toute force m’est soumise, toute pensée connue. Les habitants du Ciel m’adorent, les habitants de l’Enfer me craignent. Et ceux qui croient en Moi verront s’accomplir toutes sortes de prodiges.”

“Je crois! Je crois… Ton Nom!”

“Jésus Christ, le Seigneur Incarné. Cette idole aux flammes! Je ne supporte pas de dieux en ma présence. Ces encensoirs éteints! Il n’y a que mon Feu qui possède puissance et volonté. Obéissez, ou je réduis en cendre votre vaine idole et je m’en irai sans opérer le salut.”

Jésus est terrible en son habit de lin, des épaules duquel pend le manteau bleu qui retombe en arrière. Il a le bras levé dans l’attitude du commandement, le visage fulgurant. Ils en ont peur. Personne ne parle plus. Dans le silence, le cri de plus en plus épuisé et déchirant de la femme. Mais ils hésitent à obéir.

Le visage de Jésus devient de plus en plus insoutenable à regarder. C’est vraiment un feu qui brûle la matière et les âmes. Les encensoirs sont les premiers à subir sa volonté. Ceux qui les tiennent doivent les jeter parce qu’ils ne peuvent plus en supporter la chaleur. Et pourtant, les charbons paraissent éteints… Puis ce sont ceux qui portaient l’idole qui doivent poser par terre le brancard qu’ils soutenaient sur leurs épaules avec les barres, car le bois carbonise comme si une flamme mystérieuse le léchait et à peine arrivé au sol, le brancard de l’idole prend feu.