“Nous, nous faisons du commerce et nous n’avons pas de préventions. Viens et regarde.”

Elle l’amène voir ses-tapis auxquels travaillent des jeunes filles sous la direction de la maîtresse. Les tapis sont vraiment de grande valeur, pour leurs dessins et leurs couleurs. Grands, souples, on dirait des parterres tout en fleurs ou un kaléidoscope de pierres précieuses. D’autres ont, mêlées aux fleurs, des figures allégoriques comme des hippogriffes, des sirènes, des dragons, ou bien des griffons héraldiques semblables aux nôtres.

Jésus admire: “Tu es très habile. Je suis content d’avoir vu tout cela. Et je suis content que tu sois bonne.”

“Comment le sais-tu?”

“Cela se voit sur ton visage. Et ton enfant m’a parlé de Dina. Dieu t’en récompense. Même, sans le croire, tu es très proche de la Vérité car tu as la charité en toi.”

“Quelle vérité?”

“Celle du Seigneur Très-Haut. Celui qui aime le prochain et qui dans sa famille et chez les ouvriers exerce la charité et la déploie sur les malheureux possède déjà en lui-même la Religion.

218.9 – Cette petite, c’est Dina, n’est-ce pas?”

“Oui, sa mère est mourante. Après je la prendrai, pas pour les tapis. Elle est trop petite et trop grêle. Viens Dina, auprès de ce seigneur.”

La fillette, qui a le visage triste des enfants malheureux, s’approche timidement. Jésus la caresse et dit:

“Me conduis-tu chez ta mère? Tu voudrais bien qu’elle guérisse, n’est-ce pas? Alors, emmène-moi chez elle. Adieu, femme. Et adieu Alexandre, et sois bon.”

Il sort en tenant la fillette par la main.

“Tu es seule?” demande-t- il.

“J’ai trois petits frères. Le dernier n’a pas connu son père.”

“Ne pleure pas. Es-tu capable de croire que Dieu peut guérir ta mère? Tu sais, n’est-ce pas, qu’il existe un seul Dieu qui aime les hommes que Lui a créés, et spécialement les enfants qui sont bons? Et qu’il peut tout?”

“Je le sais, Seigneur. Auparavant, mon frère Tolmé allait à l’école, et à l’école, ils sont avec les juifs. Par lui, on sait tant de choses. Je sais qu’il existe et qu’il s’appelle Jéové et qu’il nous a punis parce que les philistjns ont été mauvais avec Lui.

Les enfants hébreux nous le reprocheront toujours. Mais en ce temps-là, je n’existais pas, ni maman ni mon père. Pourquoi alors…”

Les larmes lui coupent la parole.

“Ne pleure pas. Dieu t’aime, toi aussi, et il m’a conduit ici pour toi et pour ta maman. Tu sais que les israélites attendent le Messie qui doit venir pour établir le Royaume des Cieux? Le Royaume de Jésus, Rédempteur et Sauveur du monde?”

“Je le sais, Seigneur. Et ils nous menacent en disant: “Alors, malheur à vous”

“Et sais-tu ce que fera le Messie?”

“Il fera un grand peuple d’Israël et nous traitera très mal.”

“Non. Il rachètera le monde, il enlèvera le péché, il apprendra à ne pas pécher. Il aimera les pauvres, les malades, les affligés. Il ira vers eux. Il apprendra aux riches, aux sains, aux heureux à les aimer. Il recommandera d’être bons pour avoir la Vie éternelle et bienheureuse au Ciel. C’est cela qu’il fera et il n’opprimera personne.”

“Et comment comprendra-t-on que c’est Lui?”

“Parce qu’il aimera tout le monde et guérira les malades qui croiront en Lui, il rachètera les pécheurs et apprendra l’amour.”