218.7 – Ils rencontrent une fillette chétive qui pleure.

“C’est Dina. Elle est pauvre, sais-tu? Ma mère lui donne de la nourriture. Sa mère ne peut plus gagner sa vie. Son père est mort en mer. Une tempête, pendant qu’il allait de Gaza au port du Grand Fleuve Alexandrie, dans le delta du Nil. porter des marchandises et en prendre. Comme les marchandises étaient à mon père et que le père de Dina menait notre bateau, maman maintenant pense à eux. Mais ils sont si nombreux les enfants restés ainsi sans père… Qu’en dis-tu, Toi? Ce doit être dur de rester orphelins et pauvres. Voici ma maison. Ne dis pas que j’étais dans la rue. Je devais être à l’école, mais on m’a renvoyé parce que je faisais rire les camarades avec cela…”

Et il sort de ses vêtements un pantin taillé dans le bois, dans un morceau de bois tendre, très comique réellement, pourvu d’un menton en galoche et d’un nez très caricaturaux.

Jésus esquisse un sourire qui Lui tremble sur les lèvres, mais il le refrène et dit:

“Ce n’est pas le maître, n’est-ce pas? Ni non plus un parent? Ce n’est pas bien.”

“Non. C’est le chef de la synagogue des juifs. Il est vieux et laid, et nous nous moquons toujours de lui.”

“Ce n’est pas bien non plus cela. Il est sûrement plus âgé que toi et…”

“Oh! c’est un vieux, à moitié bossu et presque aveugle et tellement laid!… Ce n’est pas ma faute s’il est ainsi!”

“Non, mais tu es fautif de te moquer d’un vieillard. Toi aussi, devenu vieux, tu deviendras laid car tu te voûteras, tu n’auras plus beaucoup de cheveux, à moitié aveugle, tu marcheras avec un bâton. Tu auras ce visage. Et alors? Cela te plaira d’être alors ridiculisé par un enfant irrespectueux? Et puis, pourquoi fâcher le maître, distraire tes camarades? Ce n’est pas bien. Ton père, s’il le savait, te punirait. Ta mère en souffrirait. Moi, je ne leur dirai rien. Mais toi, donne-moi tout de suite deux choses: la promesse de ne plus faire de ces manquements et ce fantoche. Qui l’a fait?”

“Moi, Seigneur…” dit l’enfant mortifié, conscient maintenant de la gravité de ses… méfaits…

Et il ajoute:

“Cela me plaît tant de travailler le bois! Parfois j’imite les fleurs des tapis ou les animaux qui s’y trouvent. Sais-tu?…Les dragons, les sphinx, et d’autres bêtes encore…”

“Cela, tu peux le faire. Il y a tant de belles choses sur la terre! Donc, tu me fais la promesse et tu me donnes ce fantoche? Sinon, nous ne sommes plus amis. Je le garderai en souvenir de toi et prierai pour toi. Comment t’appelles-tu?”

“Alexandre. Et Toi, qu’est-ce que tu me donnes?” Jésus est embarrassé. Il a toujours si peu de choses! Mais ensuite il se rappelle qu’il a une très belle boucle au col d’un vêtement. Il cherche dans son sac, la trouve, la détache et la donne à l’enfant.

“Et maintenant, allons. Mais fais attention même si je pars, cela ne m’empêche pas de tout savoir. Et si j’apprends que tu es méchant, je reviens ici et je dis tout à ta maman.”

Cela est convenu.

218.8 – Ils entrent dans la maison. Après le vestibule, il y a une grande cour avec, sur trois côtés, des grandes pièces où sont les métiers.

La servante qui a ouvert, étonnée de voir l’enfant avec un inconnu, prévient sa maîtresse, et celle-ci, une femme de grande taille, à l’aspect plein de douceur, accourt et demande:

“Mais l’enfant s’est peut-être senti mal?”

“Non, femme. Il m’a amené pour voir tes tapis. Je suis étranger.”

“Tu veux faire des achats?”

“Non. Je n’ai pas d’argent, mais j’ai des amis qui aiment les belles choses et qui sont riches.”

La femme regarde avec curiosité cet homme qui avoue ainsi sa pauvreté, sans faire de phrases, et elle dit:

“Je croyais que tu étais un seigneur. Tu as des manières et une mine de grand seigneur.”

“Pas du tout. Je suis simplement un rabbi galiléen: Jésus, le Nazaréen.”