211 – Retour à Hébron. Discours et miracles dans le jardin de la maison de Jean-Baptiste

7 juillet 1945

Le samedi 7 juillet 1945.

211.1 – Ils sont tous assis en cercle, dans un petit bois près d’Hébron et ils mangent en parlant entre eux. Judas, maintenant qu’il est sûr que Marie ira chez sa mère, est revenu à de meilleures dispositions d’esprit et il cherche, par mille politesses, à effacer le souvenir de sa mauvaise humeur auprès de ses compagnons et des femmes. Il a dû aller pour des achats dans le pays et il raconte qu’il l’a trouvé bien changé depuis l’année précédente:

“La nouvelle de la prédication et des miracles de Jésus est arrivée jusqu’ici. Et les gens ont commencé à réfléchir sur tant de choses. Tu sais, Maître, que dans ces parages il y a un domaine de Doras? Et même l’épouse de Kouza possède ici, sur ces montagnes, des terres et un château qui lui appartiennent personnellement, qui font partie de sa dot Probablement le château de Béther. . On voit que, un peu elle, un peu les paysans de Doras, parce qu’il doit s’en trouver ici quelques-uns d’Esdrelon, ont préparé le terrain. Lui, Doras, a commandé le silence. Mais eux!… Je crois qu’ils ne se tairaient pas, même avec le supplice. La mort du vieux pharisien Cf. la mort dramatique de Doras en EMV 126.10. a frappé les gens de stupeur, sais-tu? Et la santé excellente de Jeanne Cf. la guérison de Jeanne de Kouza en EMV 102.7. qui est venue ici avant Pâque. Ah! et puis, pour te rendre service, il y a eu aussi l’amant d’Aglaé. Sais-tu qu’elle s’est échappée peu après notre passage ici? Et lui, pour se venger, a agi comme un démon envers plusieurs innocents. C’est ainsi que les gens ont fini par penser à Toi, comme à un vengeur des opprimés et te désirent. Je parle des meilleurs…”

“Vengeur des opprimés! En effet, je le suis, mais surnaturellement. Aucun ne voit juste de ceux qui me voient avec le sceptre et la hache en mains, comme roi et justicier selon l’esprit de la terre. Mais certainement je suis venu libérer des oppressions: du péché, la plus grave des maladies, des désolations, des ignorances et de l’égoïsme. Beaucoup apprendront qu’il n’est pas juste d’opprimer parce que le sort les a placés dans une situation élevée, mais qu’au contraire on doit utiliser cette situation pour soulager ceux qui sont en bas.”

“Lazare le fait et Jeanne aussi, mais ils sont deux contre des centaines” dit Philippe désolé.

“Les fleuves ne sont pas larges à leur source comme ils le sont à leur estuaire. Quelques gouttes, un filet d’eau, mais après… Il y a des fleuves qui semblent des mers à leur embouchure.”

“Le Nil, oh?! dit Marie d’Alphée. Ta mère me parlait de quand vous êtes allés en Égypte. Elle me disait souvent: “Une mer, crois-moi, une mer vert azur. C’était un vrai rêve de le voir au maximum de sa crue!” et puis elle me parlait des arbres qui paraissaient surgir de l’eau et puis de tout ce vert qui semblait naître de l’eau quand elle se retirait…”

“Eh bien! Moi, je vous le dis. Comme à sa source le Nil n’est qu’un filet d’eau et puis devient ce géant qu’il est, ainsi, ce qui n’est qu’un filet de grandeur qui se penche avec amour et par amour sur les plus petits deviendra par la suite une multitude. Jeanne, Lazare, Marthe pour le moment et par la suite, combien, combien!”

Jésus semble voir ceux qui seront miséricordieux pour leurs frères, et il sourit, absorbé dans sa vision.

211.2 – Judas confie que le chef de la synagogue voulait venir avec lui, mais qu’il n’a pas osé prendre personnellement une décision:

“Tu te souviens, Jean, comme il nous a chassés l’an passé Cf. EMV 77.8. ?”

“Je m’en souviens… Mais disons-le au Maître.” ï Jésus, interrogé, dit qu’ils vont entrer à Hébron. S’ils les veulent, ils les appelleront, et eux s’arrêteront, sinon ils passeront sans s’arrêter.

“Ainsi, nous verrons aussi la maison du Baptiste. À qui est-elle, maintenant?”

“À qui la veut, je crois. Shammaï est parti et n’est plus revenu. Il a enlevé ses serviteurs et ses meubles. Les habitants, pour se venger de ses injustices, ont abattu le mur de clôture et la maison est à tout le monde. Le jardin, au moins. Ils s’y réunissent pour vénérer leur Baptiste. On dit que Shammaï a été assassiné. Je ne sais pourquoi… une affaire de femmes, semble-t-il…”

“Quelque intrigue de la cour corrompue, certainement…!” murmure Nathanaël dans sa barbe.

211.3 – Ils se lèvent et se dirigent vers Hébron, vers la maison du Baptiste. Au moment où ils arrivent, voilà un groupe serré d’habitants. Ils s’avancent, un peu indécis, curieux et gênés. Mais Jésus les salue d’un sourire. Ils s’enhardissent, se séparent, et du groupe sort le chef de la synagogue discourtois de l’année passée.

“Paix à toi! salue immédiatement Jésus. Nous permets-tu de séjourner dans ta ville? Je suis avec tous mes disciples préférés et avec les mères de quelques-uns d’entre eux.”

“Maître, mais tu n’as pas de la rancune contre nous, contre moi?”

“De la rancune? Je ne sais pas ce que c’est et je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir.”

“L’an passé, je t’ai offensé…”

“Tu as offensé l’Inconnu, te croyant en droit de le faire. Puis tu as compris et tu as regretté de l’avoir fait. Mais ceci est du passé, et comme le regret annule la faute, ainsi le présent annule le passé. Maintenant, pour toi, je ne suis plus l’Inconnu. Quels sentiments as-tu donc envers Moi?”

“De respect, Seigneur. De… désir…”