Froid… vent… foule… tout cela n’était rien! Je voyais Dieu… De temps à autre, avec effort, je réussissais à ramener mon esprit sur la terre et je souriais à Joseph qui avait peur pour moi du froid et de la fatigue, et qui conduisait le petit âne par crainte d’un faux pas et qui m’enveloppait dans une couverture de peur que je ne prenne froid… Mais il ne pouvait rien arriver. Les secousses, je ne les sentais pas. Il me semblait avancer sur un chemin d’étoiles, au milieu de nuées éclatantes que soutenaient les anges… Et je souriais… D’abord à Toi… Je te regardais à travers les barrières de la chair dormir avec tes petits poings fermés dans un petit lit de roses vivantes, mon bouton de lis… Puis je souriais à l’époux si affligé, si affligé, pour l’encourager… et aussi aux gens qui ne savaient pas que déjà ils respiraient dans l’aura du Sauveur…

Nous nous arrêtâmes près du tombeau de Rachel pour faire reposer le petit âne et pour manger un peu de pain et d’olives, nos provisions de pauvres. Mais moi, je n’avais pas faim. Je ne pouvais pas avoir faim… Ma joie me nourrissait…

207.3 – Nous reprîmes le chemin… Venez que je vous montre où nous avons rencontré le berger… Ne craignez pas que je me trompe. Je revis cette heure et je retrouve chaque endroit car je vois tout à travers une grande lumière angélique. Peut-être les multitudes des anges sont de nouveau ici, invisibles pour les corps, mais visibles pour les âmes avec leur lumineuse blancheur, et tout se découvre et tout est indiqué. Eux ne peuvent se tromper, et ils me conduisent… pour ma joie et votre joie. Voici: c’est de ce champ à celui-là que vint Élie avec ses brebis et Joseph lui demanda du lait pour moi. Et, c’est ici, dans ce pré que nous nous sommes arrêtés pendant qu’il trayait le lait chaud et nourrissant et qu’il donnait ses conseils à Joseph.

Venez, venez… Voici, voici le sentier du dernier vallon avant Bethléem. Nous l’avons pris parce que la route principale aux abords de Bethléem était encombrée de gens et de montures…

207.4 – Voici Bethléem. Oh! chère! chère terre de mes pères qui m’as donné le premier baiser de mon Fils! Tu es ouverte, bonne et odorante comme le pain dont tu portes le nom Bethléem signifie "Maison du pain" , pour donner le Vrai Pain au monde qui meurt de faim!

Tu m’as embrassée, toi en qui est demeuré le maternel amour de Rachel, comme une mère, terre sainte de la Bethléem de David, premier temple élevé au Sauveur, à l’Étoile du matin née de Jacob pour enseigner la route des Cieux à toute l’Humanité! Regardez comme la ville est belle en ce printemps! Mais alors aussi, bien que les champs et les vignes fussent dépouillés, elle était belle! Un léger voile de givre faisait resplendir les branches nues et elles se couvraient d’une poussière de diamants comme si elles étaient enveloppés dans un impalpable voile de paradis. En chaque maison la cheminée fumait pour le souper tout proche et la fumée, montant d’échelon en échelon jusqu’à ce sommet, montrait la ville elle-même toute voilée… Tout était chaste, recueilli, dans l’attente… De Toi, de Toi, Fils! La terre te sentait venir… Et ils t’auraient senti aussi les Bethléemites, car ils ne sont pas méchants, bien que vous ne le croyiez pas. Ils ne pouvaient nous abriter… Dans les maisons honnêtes et bonnes de Bethléem s’entassaient, arrogants comme toujours, sourds et orgueilleux ceux qui maintenant encore le sont, et eux ne pouvaient te sentir Toi… Combien de pharisiens, de sadducéens, d’hérodiens, de scribes, d’esséniens il y avait! Oh! leurs cœurs, maintenant fermés c’est la suite de leur dureté de cœur d’alors. Ils ont fermé leurs cœurs à l’amour à l’égard de la pauvre sœur ce soir-là… et ils sont restés et ils restent dans les ténèbres. Ils ont repoussé Dieu dès cet instant, en repoussant loin d’eux l’amour du prochain.

207.5 – Venez. Allons à la Grotte. Il est inutile d’entrer dans la ville. Les plus grands amis de mon Enfant n’y sont plus Cf. le mauvais accueil réservé par les Bethléemites en EMV 73 et EMV 74. . La Nature amie nous suffit avec ses pierres, sa petite rivière, son bois pour faire du feu. La Nature qui a senti venir son Seigneur… Voilà, venez, rassurés. On tourne ici… Voici les ruines de la Tour de David. Oh! elles me sont chères plus qu’un palais de roi! Ruines bénies! Ruisseau béni! Arbre béni, que comme par miracle le vent a dépouillé de tant de branches pour que nous trouvions du bois et puissions faire du feu!”

Marie descend rapidement vers la Grotte, franchit le ruisseau sur une planche qui sert de pont, court sur l’emplacement qui se trouve devant les ruines et tombe à genoux sur le seuil de la Grotte. Elle se penche et en baise le sol. Tous les autres la suivent. Ils sont émus… L’enfant, qui ne la quitte pas un instant, semble écouter une merveilleuse histoire et ses yeux noirs boivent les paroles et les gestes de Marie sans en perdre un seul.

Marie se relève et entre en disant:

“Tout, tout comme alors!… Mais alors il faisait nuit… Joseph fit de la lumière à mon entrée. Alors, alors seulement, en descendant de l’âne, je sentis à quel point j’étais fatiguée et gelée… Un bœuf nous salua, j’allai à lui pour sentir un peu de chaleur, pour m’appuyer au foin… Joseph, ici, où je suis, étendit du foin pour me faire un lit et le sécha pour moi comme pour Toi, Fils, à la flamme allumée dans ce coin… car il était bon comme un père dans son amour d’ange-époux… Et nous tenant par la main, comme deux frères perdus dans l’obscurité de la nuit, nous mangeâmes du pain et du fromage et puis il alla là-bas pour alimenter le feu, enleva son manteau pour boucher l’ouverture… En réalité, il fit tomber le voile devant la gloire de Dieu qui descendait des Cieux, Toi, mon Jésus… et je restai sur le foin, dans la tiédeur des deux animaux, enveloppée dans mon manteau et dans une couverture de laine… Mon cher époux!… En cette heure d’anxiété où j’étais seule devant le mystère de la première maternité, toujours pleine d’inconnu pour une femme et, pour moi, dans mon unique maternité, remplie aussi du mystère qu’aurait été la vision du Fils de Dieu émergeant d’une chair mortelle lui, Joseph, fut pour moi une mère, il fut un ange… mon réconfort… alors, toujours…

207.6 – Et ensuite, le silence et le sommeil qui vinrent envelopper le Juste… pour qu’il ne vît pas ce qui était pour moi le baiser quotidien de Dieu… Et pour moi, après l’intermède des nécessités humaines, voici les flots démesurés de l’extase arrivant de la mer paradisiaque et qui me soulevaient de nouveau sur des crêtes lumineuses toujours plus hautes, me portant en haut, en haut, avec eux, dans un océan de lumière, de lumière, de joie, de paix, d’amour jusqu’à ce que je me trouve perdue dans la mer de Dieu, du sein de Dieu… Une voix de la terre, encore: “Tu dors, Marie?” Oh! si lointaine!… Un écho, un souvenir de la terre!… Et si faible que l’âme n’en est pas touchée, et je ne sais quelle réponse j’y fais pendant que je monte, que je monte encore dans cet abîme de feu, de béatitude infinie, d’avant-goût de Dieu… jusqu’à Lui, jusqu’à Lui… Oh! mais, est-ce Toi qui es né ou est-ce moi qui suis née de la fulguration Trinitaire, cette nuit-là? Est-ce moi qui t’ai donné Toi, ou Toi qui m’as aspirée pour me donner? Je ne sais pas…

Et puis la descente, de chœur en chœur, d’astre en astre, de nuage en nuage, douce, lente, bienheureuse, tranquille comme celle d’une fleur qu’un aigle a portée dans les hauteurs et qu’il a laissée tomber, et qui descend lentement sur les ailes de l’air, devenue plus belle par une pluie de pierres précieuses, par un morceau d’arc-en-ciel dérobé au ciel et qui se retrouve sur la terre natale… Mon diadème: Toi! Toi sur mon cœur…

M’étant assise ici, après t’avoir adoré à genoux, je t’ai aimé. Finalement j’ai pu t’aimer sans la barrière de la chair et d’ici je me suis levée pour te porter à l’amour de celui qui comme moi était digne de t’aimer dans les premiers. Et ici, entre ces deux rustiques colonnes, je t’ai offert au Père. Et ici, tu as reposé pour la première fois sur le cœur de Joseph… Et puis, je t’ai emmailloté et, ensemble, nous t’avons déposé ici… Je te berçais pendant que Joseph séchait le foin à la flamme et le tenait au chaud en le mettant sur sa poitrine et puis, à cet endroit, pour t’adorer tous les deux, penchés sur Toi ainsi, ainsi comme moi maintenant, pour boire ta respiration, pour voir à quel anéantissement peut conduire l’amour, pour verser les larmes que certainement on verse au Ciel pour la joie inépuisable de voir Dieu.”

207.7 – Marie est allée et venue pendant cette évocation, indiquant les endroits, haletante d’amour, une larme scintillant dans ses yeux bleus et un sourire de joie sur les lèvres, elle se penche réellement sur son Jésus qui s’est assis sur une grosse pierre pendant cette évocation, et elle baise ses cheveux en pleurant et adorant comme alors…

“Et puis les bergers… à l’intérieur, ici, pour adorer avec leur âme bonne, avec le grand soupir de la terre qui entrait avec eux, avec leur odeur d’hommes, de troupeaux, de foin; et au-dehors, et partout les anges, pour t’adorer par leur amour, par leurs chants que ne peut redire une créature humaine, et par l’amour des Cieux, par l’atmosphère des Cieux qui entrait avec eux, qu’eux apportaient avec leurs clartés… Ta naissance, béni…!”

Marie s’est agenouillée à côté de son Fils et elle pleure d’émotion, la tête appuyée sur ses genoux. Pendant quelques instants, personne n’ose parler. Plus ou moins émus, les assistants regardent autour d’eux comme si au milieu des araignées et des cailloux raboteux ils espéraient avoir le spectacle de la scène décrite…

Marie se ressaisit et dit:

“Voilà, j’ai dit la naissance de mon Fils dans son infinie simplicité et son infinie grandeur, avec mon cœur de femme, non pas avec la sagesse d’un maître. Il n’y a rien d’autre car ce fut la chose la plus grande de la terre, cachée sous les apparences les plus communes.”

207.8 – “Mais le lendemain? Et ensuite?” demandent plusieurs, parmi lesquels les deux Marie.

“Le lendemain? Oh! très simple! Je fus la mère qui donne le lait à son bébé, qui le lave et l’emmaillote comme font toutes les mères. Je chauffais l’eau puisée au ruisseau, sur le feu allumé là-dehors pour que la fumée ne fasse pas pleurer ses deux yeux bleus et puis dans le coin le plus abrité, dans un vieux baquet, je lavais mon enfant et je le mettais dans des langes frais. Et j’allais à la rivière laver les petits langes et je les étendais au soleil… et puis, joie entre les joies, je Lui donnais le sein, et Lui tétait, prenait des couleurs, était heureux… Le premier jour, à l’heure la plus chaude, j’allai m’asseoir là-dehors pour bien le voir. Ici le jour filtre sans entrer et la lumière et la flamme donnaient un bizarre aspect aux choses. J’allai dehors, au soleil… et je regardai le Verbe Incarné. La Mère a alors connu son Fils et la servante de Dieu son Seigneur. Et je fus femme et adoratrice… Puis la maison d’Anne… les journées auprès du berceau, les premiers pas, la première parole… Mais cela ce fut ensuite, en son temps… Et rien, rien ne fut semblable à l’heure de ta naissance… Ce n’est qu’en revenant à Dieu que je retrouverai cette plénitude…”

“Mais pourtant… partir ainsi, au dernier moment! Quelle imprudence! Pourquoi n’avoir pas attendu? Le décret L'édit de recensement, voir EMV 27. prévoyait un délai pour des cas exceptionnels comme naissance ou maladie. Alphée le dit…” dit Marie d’Alphée.

“Attendre? Oh! non! Ce soir-là, quand Joseph apporta la nouvelle, moi et Toi, Fils, nous avons tressailli de joie. C’était l’appel… parce que c’était ici, ici seulement que tu devais naître comme les Prophètes l’avaient dit Comme en Michée 5,1-2: Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c'est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d'autrefois. . Et ce décret imprévu ce fut comme une pitié du Ciel pour éteindre chez Joseph jusqu’au souvenir de son soupçon. C’était celui que j’attendais pour Toi, pour lui, pour le monde judaïque et le monde de l’avenir, jusqu’à la fin des siècles. C’était dit. Et, comme c’était dit, ce fut. Attendre! Est-ce que l’épouse peut retarder son rêve nuptial? Pourquoi attendre?”

“Mais… à cause de tout ce qui pouvait arriver…” dit encore Marie d’Alphée.

“Je n’avais aucune crainte. Je me reposais en Dieu.”

“Mais, savais-tu que tout se serait passé ainsi?”