204.7 - “Alors, nous avons une âme comme ceux de votre peuple que vous appelez “justes”? Vraiment la même?”

“Non, Plautina. Cela dépend de ce que tu veux dire. Si tu veux parler de l’origine et de la nature, votre âme est en tout égale à celle de nos saints. Si tu parles de la formation, alors je te dis que déjà elle est différente. Si tu veux parler de la perfection atteinte avant la mort, alors la différence peut être absolue. Mais cela n’est pas seulement pour vous les païens. Même un fils de ce peuple peut être absolument différent d’un saint dans la vie future.

L’âme passe par trois phases. La première c’est la création. La seconde c’est une nouvelle création. La troisième c’est la perfection. La première phase est commune à tous les hommes. La seconde est propre aux justes qui par leur volonté amènent l’âme à une création encore plus complète, en unissant leurs bonnes actions à la bonté du travail de Dieu et se font par conséquent une âme déjà plus parfaite spirituellement que la première. C’est un trait d’union entre la première phase et la troisième. La troisième est propre aux bienheureux, aux saints, s’il vous plaît de les appeler ainsi, qui ont fait grandir de mille et mille degrés l’âme qu’ils avaient au point de départ, une âme simplement humaine et en ont fait une âme capable de reposer en Dieu.”

204.8 - “Comment pouvons-nous donner à l’âme espace, liberté, élévation?”

“En démolissant les choses inutiles que vous avez en votre moi. La libérer de toutes les idées fausses et avec les débris de ces démolitions l’élever pour établir le temple souverain. Il faut que l’âme monte toujours plus haut au-dessus des trois degrés.

Oh! vous romains, vous aimez les symboles. Considérez les trois degrés à la lumière d’un symbole. Ils peuvent vous dire leurs trois noms: pénitence, patience, constance. Ou bien: humilité, pureté, justice. Ou encore: sagesse, générosité, miséricorde.

Ou enfin le trinôme lumineux: foi, espérance, charité. Considérez encore le symbole de l’enceinte qui, ornée et robuste, entoure l’aire du temple. Il faut savoir entourer l’âme, reine d’un corps qui est le temple de l’Esprit éternel, d’une barrière qui la défende sans pourtant lui couper la lumière ni l’accabler par la vue des laideurs. Une en- ceinte sûre et affranchie du désir de l’amour de tout ce qui est inférieur: la chair et le sang, pour monter vers ce qui est supérieur: l’esprit. L’affranchir à force de volonté, faire disparaître les angles, les ébréchures, les taches, les veines d’imperfection du marbre de notre moi pour donner à l’âme un entourage parfait. Et, en même temps, de l’enceinte établie pour protéger le temple, en faire un miséricordieux refuge pour les plus malheureux qui ne savent pas ce que c’est que la Charité. Les portiques: c’est le symbole de l’effusion de l’amour, de la pitié, du désir que les autres viennent à Dieu, semblables à des bras aimants qui s’étendent pour faire un voile sur le berceau d’un orphelin. Au-delà de l’enceinte, les plantes les plus belles et les plus parfumées en hommage au Créateur. Semées sur un terrain d’abord nu, et puis cultivées symbolisant les vertus de tous noms: la seconde enceinte vivante et fleurie autour du sanctuaire; et parmi les plantes, parmi les vertus, les fontaines, autre amour, autre purification avant de s’approcher du propylée qui en est proche et, avant de monter à l’autel, on doit sacrifier l’attachement à la chair, se dépouiller de la luxure. Et puis aller plus loin, à l’autel, pour y présenter l’offrande et puis encore vous approcher de la chambre où se trouve Dieu, en dépassant le vestibule. Et la chambre, que sera-t-elle? Un trésor de richesses spirituelles car rien n’est de trop pour environner Dieu.

Avez-vous compris? Vous m’avez demandé comment se construit la Foi. Je vous ai dit: “En suivant la méthode qu’on emploie pour construire les temples”. Vous voyez que c’est vrai.

204.9 - Avez-vous autre chose à me dire?”

“Non, Maître. Je crois que Flavia a écrit les choses que tu as dites. Claudia veut en prendre connaissance. As-tu écrit?”

“Exactement” dit la femme en passant les tablettes enduites de cire.

“Cela restera pour permettre de les relire” dit Plautina.

“C’est de la cire, cela s’efface. Écrivez-les dans vos cœurs. Ces paroles ne s’effaceront plus.”

“Maître, ils sont encombrés de temples illusoires. Nous lancerons contre eux ta Parole pour les jeter à terre. Mais c’est un long travail” dit Plautina en soupirant. Et elle termine en disant: “Souviens-toi de nous près de ton Ciel…”

“Partez avec la certitude que je le ferai. Je vous quitte. Sachez que votre venue m’a été bien chère. Adieu, Publius Quintilianus. Souviens-toi de Jésus de Nazareth.”

Les femmes saluent et s’en vont les premières. Puis, pensif, Quintilianus s’en va. Jésus les regarde partir en compagnie de Maximin qui les reconduit à leurs chars.

204.10 - “À quoi penses-tu, Maître?” demande Lazare.

“Qu’il y a beaucoup de malheureux au monde.”

“Et je suis l’un d’entre eux.”

“Pourquoi, mon ami?”

“Parce que tout le monde vient à Toi, mais pas Marie. Sa ruine est donc plus grande?”

Jésus le regarde et sourit.

“Tu souris? Mais tu ne souffres pas que Marie soit inconvertissable? Tu ne souffres pas de me voir souffrir? Marthe ne fait que pleurer depuis la soirée de lundi. Qui était cette femme? Aglaé. Cf. EMV 200. Ne sais-tu pas que pendant une journée entière nous avons espéré que c’était elle?”

“Je souris parce que tu es un enfant impatient… Et je souris parce que je pense que vous gaspillez votre énergie et vos larmes. Si ç’avait été elle, je serais accouru vous le dire.”

“Alors, ce n’était vraiment pas elle?”

“Oh! Lazare!…”

“Tu as raison. Patience! Patience encore!… Voici, Maître, les bijoux que tu m’as donnés à vendre. Ils sont devenus de l’argent pour les pauvres. Ils étaient très beaux. Des bijoux de femme.”

“C’étaient ceux de “cette” femme.”

“J’y ai bien pensé. Ah! s’ils avaient été ceux de Marie… Mais elle, mais elle!… Je perds l’espoir, mon Seigneur!…”

Jésus l’embrasse et reste un moment sans parler. Puis il dit:

“Je te prie de ne pas parler de ces bijoux à qui que ce soit. Elle doit échapper aux admirations et aux désirs comme une petite nuée que le vent emmène ailleurs, sans qu’il en reste trace sur l’azur.”

“Sois tranquille, Maître… et, en échange, amène-moi Marie, notre malheureuse Marie…”

“La paix soit avec toi, Lazare. Ce que j’ai promis, je le ferai.”