“Attention à tes paroles!” dit l’Iscariote menaçant.

“Attention à ta conduite. Ici, nous sommes deux juifs, sans témoins et c’est pour cela que je parle et je te redis: “Honte à toi!” Et maintenant tais-toi. Ne fais pas le tragique ni le pleurnicheur, car autrement je parle devant tous.

202.3 – Voilà le Maître là-bas et les compagnons. Remets-toi.”

“La paix à toi, Maître…”

“La paix à toi, Judas de Simon.”

“Il m’est si doux de te trouver ici… J’aurais à te parler…”

“Parle.”

“Tu sais… je voulais te dire… Ne peux-tu m’entendre à part?”

“Tu es parmi les compagnons.”

“Mais je voulais te parler à Toi seul”

“À Béthanie, je suis seul avec qui me veut et me cherche, mais tu ne me cherches pas. Tu me fuis…”

“Non, Maître, tu ne peux pas le dire.”

“Pourquoi hier as-tu offensé Simon et Moi avec lui, et avec nous Joseph d’Arimathie, tes compagnons, et ma Mère et les autres?”

“Moi? Mais je ne vous ai pas vus!”

“Tu n’as pas voulu nous voir. Pourquoi n’es-tu pas venu comme c’était convenu afin de bénir le Seigneur pour un innocent accueilli dans la Loi? Réponds! Tu n’as même pas éprouvé le besoin de prévenir que tu ne serais pas venu.”

“Voici mon père!” crie Marziam qui aperçoit Pierre de retour avec son agneau égorgé, éventré, enveloppé dans sa peau. “Oh! avec lui, il y a Michée et les autres! J’y vais, je puis aller à leur rencontre pour avoir des nouvelles du vieux père?”

“Va, fils” dit Jésus en le caressant et il ajoute en touchant l’épaule de Jean d’En-Dor:

“Je t’en prie, accompagne-le et… retiens- les un peu.”

Il se tourne de nouveau vers Judas: “Réponds donc! J’attends.”

“Maître… une nécessité imprévue… inéluctable… J’en ai souffert… mais…”

“Mais, il n’y avait pas dans tout Jérusalem quelqu’un qui pût apporter ton excuse, en admettant que tu en avais une? Et c’était déjà une faute. Je te rappelle que récemment un homme s’est dispensé d’ensevelir son père pour me suivre, et que mes frères ont, au milieu des anathèmes, quitté la maison paternelle pour me suivre, et que Simon et Thomas et avec eux André, Jacques, Jean, Philippe et Nathanaël ont quitté leurs familles, et Simon le Cananéen sa fortune pour me la donner, et Matthieu le péché pour me suivre. Et je pourrais continuer en te citant cent noms. Il en est qui ont quitté la vie, la vie elle-même, pour me suivre au Royaume des Cieux. Mais, puisque tu manques à ce point de générosité, sois au moins poli. Tu n’as pas la charité, mais respecte au moins les convenances. Imite, puisqu’ils te plaisent, les pharisiens faux qui me trahissent, qui nous trahissent en se montrant polis. Ton devoir était de te réserver pour nous hier, pour ne pas offenser Pierre et j’exige qu’il soit respecté de tous. Mais au moins tu devais prévenir.”

“Je me suis trompé.

202.4 – Mais maintenant je suis venu exprès à ta recherche pour te dire que, toujours pour la même raison, je ne puis venir demain. Tu sais… J’ai des amis de mon père et je…”

“Assez. Va donc avec eux. Adieu.”

“Maître… Tu es en colère contre moi? Tu m’as dit que tu me servirais de père… Je suis un étourdi, mais un père pardonne…”