202 – Reproche adressé à Judas et arrivée des paysans de Yokhanan (Giocana)

27 juin 1945

Le mercredi 27 juin 1945.

202.1 – La veille de Pâque. Seul avec ses disciples car les femmes ne sont pas avec le groupe, Jésus attend le retour de Pierre qui a emmené l’agneau pascal à son sacrifice. Pendant qu’ils attendent et que Jésus parle à l’enfant de Salomon Peut-être celui de Salomon, le passeur. , voilà Judas qui traverse la grande cour. Il est avec un groupe de jeunes et il parle avec de grands gestes grandiloquents, en prenant des poses inspirées. Son manteau ne cesse de s’agiter et lui se drape avec des poses savantes… Je crois que Cicéron n’était pas plus pompeux quand il prononçait ses discours…

“Regarde là-bas Judas!” dit Thaddée.

“Il est avec un groupe de saforim Saforim (sopherîms) : scribes. ” observe Philippe.

Et Thomas dit:

“Je vais écouter ce qu’il dit” et il va sans attendre que Jésus exprime son refus prévisible.

Jésus… oh! quel visage a Jésus! Il exprime une vraie souffrance et un sévère jugement. Marziam, qui le regardait jusqu’alors pendant qu’avec douceur et une légère tristesse il lui parlait du grand roi d’Israël, voit ce changement et s’en épouvante presque. Il secoue la main de Jésus pour le rappeler à lui et il dit:

“Ne regarde pas! Ne regarde pas! Regarde vers moi qui t’aime bien.”…

202.2 – Thomas réussit à rejoindre Judas sans être vu de lui et le suit pendant quelques pas. Je ne sais ce qu’il lui entend dire. Je sais qu’il pousse à l’improviste une exclamation de tonnerre qui fait se retourner plusieurs personnes et spécialement Judas qui devient blême de rage:

“Mais que de rabbins a Israël! Je me félicite avec toi, nouvelle lumière de sagesse!”

“Je ne suis pas une pierre, mais une éponge, et j’absorbe. Et quand le désir de ceux qui sont affamés de sagesse le réclame, voilà que je me presse pour me donner avec tous mes sucs vitaux.”

La parole de Judas est ampoulée et méprisante.

“Tu sembles un écho fidèle. Mais l’écho, pour subsister, doit rester près de la Voix. Autrement il meurt, ami. Toi, il me semble que tu t’en éloignes. Il est là. Tu ne viens pas?”

Judas devient de toutes les couleurs avec le visage haineux et répugnant de ses pires moments. Mais il se domine et il dit:

“Je vous salue, amis. Me voici avec toi, Thomas, mon cher ami. Allons tout de suite vers le Maître. Je ne savais pas qu’il était au Temple. Si je l’avais su, je me serais mis à sa recherche.”

Et il passe le bras au cou de Thomas, comme s’il avait pour lui une grande affection.

Mais Thomas, tranquille mais pas niais, ne se laisse pas embobiner par ces protestations… et il demande, quelque peu sournoisement:

“Comment? Tu ne sais pas que c’est Pâque? Et tu penses que le Maître n’est pas fidèle à la Loi?”

“Oh! jamais! Mais l’an passé, il se montrait, il parlait… Je me souviens justement de ce jour. Il m’a attiré par sa violence royale… Maintenant… il me semble être quelqu’un qui a perdu sa vigueur. Ne te semble-t-il pas?”

“À moi, non. Il me semble quelqu’un qui a perdu confiance.”

“En sa mission, voilà, tu dis bien.”

“Non, tu comprends mal. Il a perdu confiance dans les hommes. Et tu es un de ceux qui y contribuent. Honte à toi!”

Thomas ne rit plus! Il est sombre, et son “honte à toi” est cinglant comme un coup de fouet.