“Même ceux du Liban?” Daniel et Benjamin.
“Eux aussi. Mais les disciples de Jean ne pourront peut-être pas venir.”
“Ceux de Yokhanan viennent, tu le sais?”
“Vraiment? Je serai à la porte, près des prêtres qui immolent. Je les verrai et je les amènerai avec moi.”
“Attends-les pour la dernière heure. Ils n’ont qu’un temps limité. Mais ils ont l’agneau.”
“Moi aussi. Magnifique. C’est Lazare qui me l’a donné. Nous immolerons celui-ci, et l’autre, il leur servira pour le retour.”
198.10 – Marthe rentre avec Jean et l’enfant dans un petit vêtement de lin blanc avec un vêtement de dessus rouge. Sur le bras, il a aussi un petit manteau rouge.
“Tu les reconnais, Lazare? Tu vois que tout sert?” Le frère et la sœur se sourient.
Jésus dit:
“Je te remercie, Marthe.”
“Oh! Mon Seigneur! J’ai la manie de tout conserver. Je l’ai héritée de ma mère. J’ai encore beaucoup de vêtements de mon frère. Ils me sont chers parce que ma mère les a touchés. De temps en temps j’en enlève une pièce pour quelque enfant. Maintenant je vais les donner à Marziam. Ils sont un peu longs, mais on peut les raccourcir. Lazare, devenu majeur, n’en voulut plus… Un beau caprice, un vrai caprice d’enfant… et ma mère lui céda parce qu’elle adorait son Lazare.”
Marthe le caresse avec amour, et Lazare prend sa très belle main, la baise et dit:
“Et toi, pas?”
Ils se sourient.
“C’est providentiel cela” observent plusieurs.
“Oui, mon caprice a fait du bien. Peut-être il me sera pardonné pour ce motif.”
Le souper est prêt et chacun gagne sa place…
198.11 – La nuit est tombée quand Jésus peut parler en paix avec la Mère. Ils sont montés sur la terrasse et, assis sur un siège l’un près de l’autre, la main dans la main, ils se parlent et s’écoutent.
D’abord c’est Jésus qui raconte ce qui est arrivé. Puis c’est Marie qui dit:
“Fils, après ton départ, tout de suite après, est venue chez moi une femme… Elle te cherchait. Une grande misère. Et une grande rédemption. Mais cette créature a besoin de ton pardon pour bien garder sa résolution. Je l’ai confiée à Suzanne en lui disant que c’était une femme que tu avais guérie. C’est vrai. J’aurais pu la garder avec moi si notre maison n’était pas désormais une mer où tous font voile… et beaucoup avec des intentions malveillantes. Et la femme éprouve du dégoût pour le monde, désormais. Veux-tu savoir qui c’est?”
“Une âme. Mais dis-moi son nom pour que je puisse l’accueillir sans faire d’erreur.”
“C’est Aglaé. La romaine, mime et pécheresse que tu as commencé à sauver à Hébron, qui t’a cherché et trouvé à “La Belle Eau”, qui a déjà souffert de son honnêteté reconquise. Combien!… Elle m’a tout dit… Quelle horreur…!” Cf. EMV 168.2/7.
“Son péché?”
“Lui, et… je dirais plus encore: quelle horreur est le monde. Oh! mon Fils! Méfie-toi des pharisiens de Capharnaüm Éli, Simon, Joachim et Urie. Certains étaient venus admonester Jésus à la Belle-eau à cause de la présence d'Aglaé. Cf. EMV 130.1. ! Ils ont voulu se servir de cette malheureuse pour te nuire. Même d’elle…”
“Je le sais, Mère… Où est Aglaé?”
“Elle arrivera avec Suzanne avant la Pâque.”
“C’est bien. Je lui parlerai. Je serai ici chaque soir, et sauf la soirée de Pâque que je consacrerai à la famille, je l’attendrai. Tu n’as qu’à la retenir, si elle vient. C’est une grande rédemption, tu l’as dit. Et si spontanée! En vérité je te dis qu’en peu de cœurs ma semence prend racine avec la force qu’elle l’a fait sur ce terrain malheureux. Et depuis André en a aidé sa croissance jusqu’à sa complète formation.”
“Elle me l’a dit.”
“Mère, qu’as-tu éprouvé au voisinage de cette ruine?”
“Du dégoût et de la joie. Il me semblait être sur le bord d’un abîme infernal, mais, en même temps, je me sentais transportée dans l’azur. Comme tu es Dieu, mon Jésus, quand tu accomplis ces miracles!”
Ils restent muets sous l’éclatante lumière des étoiles et dans la blancheur d’un quartier de lune qui approche de sa plénitude. Silencieux, aimants et prenant leur repos l’un dans l’amour de l’autre.