191 – Le sabbat à Esdrelon. Le petit Yabeç (Jabé) et la parabole du riche Epulon. (La parabole de Lazare et du mauvais riche)
16 juin 1945
Le samedi 16 juin 1945.
191.1 - “Remets à Michée assez d’argent pour que demain il puisse rembourser ce qu’il a emprunté aujourd’hui aux paysans de cette région” dit Jésus à Judas Iscariote qui habituellement s’occupe… des ressources de la communauté. Puis Jésus appelle André et Jean et les envoie en deux points d’où on peut voir la route ou les routes qui viennent de Jezraél. Il appelle ensuite Pierre et Simon et les envoie à la rencontre des paysans de Doras, avec l’ordre de les arrêter à la limite des deux propriétés. Enfin il dit à Jacques et à Jude:
“Prenez les vivres et venez.”
Les paysans de Yokhanan, hommes, femmes et enfants les suivent, et les hommes portent deux petites amphores, petites, c’est une façon de parler, qui doivent être pleines de vin. Plutôt que des amphores, ce sont des jarres qui contiennent environ dix litres chacune. (Je vous prie toujours de ne pas prendre mes mesures pour des articles de foi). Ils vont là où un vignoble aux ceps serrés, déjà tout couvert de feuilles nouvelles, marque la fin des possessions de Yokhanan. Au-delà il y a un large fossé rempli d’eau, qui sait au prix de quelles fatigues.
“Tu vois? Yokhanan s’est querellé avec Doras pour ce fossé. Yokhanan disait: “C’est la faute de ton père si tout est en ruines. S’il ne voulait pas l’adorer, il devait au moins le craindre et ne pas le provoquer”. Et Doras criait, semblable à un démon: “Tu as sauvé tes terres grâce à ce fossé. Les bêtes ne l’ont pas franchi…”. Et Yokhanan disait: “Et alors pourquoi une telle ruine, alors qu’auparavant tes champs étaient les plus beaux d’Esdrelon? C’est le châtiment de Dieu, crois-le. Vous avez dépassé la mesure. Cette eau?… Il y en a toujours eu là, et ce n’est pas elle qui m’a sauvé”. Et Doras criait: “Cela prouve que Jésus est un démon”. “C’est un juste” criait Yokhanan. Et ils se sont disputés tant qu’ils ont eu du souffle. Depuis, à grands frais, Yokhanan a fait dériver dans le fossé les eaux d’un torrent et creuser pour trouver des sources. Il a disposé tout un ensemble de fossés entre lui et son parent et les a approfondis et il nous a dit ce que nous t’avons raconté hier… Au fond, lui est heureux de ce qui est arrivé. Il jalousait tant Doras… Maintenant il espère pouvoir acheter le tout car Doras finira par vendre tout à un prix dérisoire.”
191.2 - Jésus écoute avec bienveillance toutes ces confidences en attendant les pauvres paysans de Doras qui ne tardent pas à venir et qui se prosternent jusqu’à terre dès qu’ils voient Jésus à l’abri d’un arbre.
“Paix à vous, amis. Venez. Aujourd’hui la synagogue est ici et je suis votre chef de synagogue. Mais auparavant, je veux être votre père de famille. Assoyez-vous en cercle pour que je vous donne la nourriture. Aujourd’hui vous avez l’Epoux et nous faisons le banquet des noces.”
Jésus découvre une corbeille et en tire des pains aux yeux stupéfaits des paysans de Doras et, d’une autre corbeille, il sort les vivres qu’il a pu trouver: fromages, légumes qu’il a fait cuire et un petit chevreau ou agneau cuit en entier. Il fait la distribution aux pauvres malheureux, puis il verse le vin et fait circuler la coupe grossière pour que tous y boivent.
“Mais pourquoi? Mais pourquoi? Et eux?” disent les paysans de Doras en montrant ceux de Yokhanan.
“Eux sont déjà servis.”
“Mais quelle dépense! Comment as-tu pu?”
“Il y a encore de bonnes gens en Israël” dit Jésus en souriant. “Mais aujourd’hui c’est le sabbat…”
“Remerciez cet homme” dit Jésus en leur indiquant l’homme d’En-Dor. “C’est lui qui vous a procuré l’agneau. Le reste a été facile à trouver.”
Ces pauvres gens dévorent - c’est le mot - cette nourriture depuis si longtemps inconnue.
191.3 - L’un d’eux, plutôt âgé, serre à son côté un enfant d’une dizaine d’années environ; il mange et pleure.
“Pourquoi, père, agis-tu ainsi?…” lui demande Jésus.
“Parce que ta bonté est trop grande…”
L’homme d’En-Dor dit, avec son accent guttural: “C’est vrai… cela fait pleurer, mais ce sont des pleurs sans amertume…”
“C’est sans amertume; c’est vrai. Et puis… je voudrais une chose. Ces larmes sont aussi un désir.”
“Que veux-tu, père?”
“Cet enfant, tu le vois. C’est mon petit-fils. Il est avec moi depuis l’éboulement de cet hiver. Doras ne sait même pas qu’il m’a rejoint car je le fais vivre comme une bête sauvage dans le bois et je ne le vois qu’au sabbat. S’il le découvre, ou bien il le chasse, ou bien il le met au travail… et il sera pire qu’une bête de somme mon tendre petit enfant… À Pâque, je l’enverrai avec Michée à Jérusalem pour qu’il devienne fils de la Loi… et puis… C’est le fils de ma fille…”
“Me le donnerais-tu à Moi, au contraire? Ne pleure pas. J’ai tant d’amis qui sont honnêtes, saints et qui n’ont pas d’enfants. Ils l’élèveront saintement, selon ma Voie…”
“Oh! Seigneur! Depuis que j’ai entendu parler de Toi, je l’ai désiré et je priais le saint Jonas, lui qui sait ce que c’est que d’appartenir à ce maître, de sauver mon petit-fils de cette mort…”