190.2 – Oh! voilà ceux qui m’ont labouré le champ…” Cf. EMV 109.4. Il s'agit de Pierre André, Jacques et Jean qui se sont substitués aux laboureurs pour leur permettre d'écouter la parole de Jésus. .
Et l’homme court à la rencontre de Pierre et d’André.
Mais Pierre le salue rapidement et continue son chemin et il se met à crier:
“Oh! Maître! Il n’y a plus personne! Ce ne sont que des visages nouveaux. Et tout est dévasté! En vérité, il pourrait se dispenser de garder ici des paysans. C’est pire que sur la Mer Salée!…”
“Je le sais. Isaïe me l’a dit.”
“Mais, viens voir! Quel spectacle!…”
Jésus le contente et dit d’abord à Isaïe:
“Alors je serai avec vous. Avertis tes compagnons et ne vous dérangez pas. La nourriture, je l’ai. Il nous suffit d’avoir une grange à foin pour dormir, et votre amour. Je viendrai sans tarder.”
La vue des champs de Doras est vraiment désolante. Champs et prés arides et nus, les vignobles desséchés, le feuillage et les fruits détruits sur les arbres par des millions d’insectes de toutes espèces. Même près de la maison le jardin fruitier présente l’aspect désolant d’un bosquet qui meurt. Les paysans errent ça et là, arrachant des mauvaises herbes, chassant les chenilles, les limaces, les lombrics et autres bestioles du même genre, ils secouent les branches en tenant dessous des chaudrons pleins d’eau pour y noyer les petits papillons, les pucerons et autres parasites qui couvrent ce qui reste de feuilles, et épuisent l’arbre au point de le faire mourir. Ils cherchent un signe de vie dans les sarments des vignes, mais ils se brisent desséchés dès qu’on les touche et parfois se cassent au pied comme si on avait scié les racines.
Le contraste avec les champs de Yokhanan, avec ses vignes, avec ses vergers est très vif, et la désolation des champs maudits semble encore plus violente si on la compare à la fertilité des autres.
“Il a la main lourde, le Dieu du Sinaï” murmure Simon le Zélote.
Jésus fait un geste comme pour dire: “Et comment!” mais il ne dit rien. Il demande seulement:
“Comment est-ce arrivé?”
Un paysan murmure entre ses dents:
“Taupes, sauterelles, vers… mais va-t-en! Le surveillant est dévoué à Doras… Ne nous fais pas du mal…”
Jésus pousse un soupir et s’en va.
Un autre paysan, tout en étant courbé à rechausser un pommier dans l’espoir de le sauver, dit:
“Nous te rejoindrons demain… quand le surveillant sera à Jezraël pour la prière. nous viendrons chez Michée.”
Jésus fait un geste de bénédiction et s’en va.
190.3 – Quand il revient au carrefour, il y trouve tous les paysans de Yokhanan, tout en fête, heureux, ils entourent leur Messie et l’emmènent dans leurs pauvres maisons.
“Tu as vu là-bas?”
“J’ai vu. Demain les paysans de Doras viendront.”
“Bien, pendant que les hyènes sont à la prière… C’est ce que nous faisons chaque sabbat… et nous parlons de Toi, avec ce que nous avons appris par Jonas, par Isaac qui vient souvent nous trouver, et par ton discours de Tisri Cf. EMV 109.5. . Nous parlons comme nous savons. Car nous ne pouvons nous passer de parler de Toi. Et nous en parlons, d’autant plus que nous souffrons davantage et qu’on nous interdit de le faire. Ces pauvres gens… boivent la vie à chaque sabbat… Mais, dans cette plaine, combien il y en a qui ont besoin de savoir, d’être au moins informés sur ton compte, et qui ne peuvent venir jusqu’ici…”
“Je penserai aussi à eux. Vous, soyez bénis pour ce que vous faites.”
Le soleil se couche au moment où Jésus entre dans une cuisine enfumée. Le repos du sabbat commence.