“Je te comprends, Moi aussi… et je t’aime. Tant. Je te donnerai tout l’amour que pendant trente-cinq années le monde t’a refusé… Cf. Isaïe 43, 3-4 : Je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d'Israël, ton Sauveur. Pour payer ta rançon, j'ai donné l'Égypte, en échange de toi, l'Éthiopie et Seba. Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t'aime, je donne des humains en échange de toi, des peuples en échange de ta vie.

“Oh! je le sais! je le sens! C’est pour cela que je viens. Mais aie de la compassion pour un homme qui… qui aime un animal qui… qui… lui a été plus fidèle que l’homme…”

“Oui… oui. Ne pense plus au passé. Tu auras tant à faire! Et avec ton expérience, tu feras tant de bien. Simon, viens ici, et toi Matthieu. Tu vois? Celui-ci a été plus que prisonnier, et il a été lépreux. L’autre était un pécheur. Et ils me sont chers, car ils savent comprendre les pauvres cœurs… N’est-ce pas?”

“Grâce à ta bonté, Seigneur. Mais, ami, crois bien que tout le passé disparaît à son service. Il ne reste que la paix” dit le Zélote.

“Oui, la paix et une nouvelle jeunesse vient remplacer la vétusté du vice et de la haine. Moi, j’étais publicain, mais maintenant je suis apôtre. Nous avons devant nous le monde et nous sommes instruits sur son compte. Nous ne sommes pas des enfants étourdis qui passent près du fruit nuisible et de l’arbre séducteur sans voir la réalité. Nous, nous savons. Nous pouvons éviter le mal et apprendre aux autres à l’éviter. Nous savons redresser celui qui plie. Car nous savons comme cela soulage d’être relevés. Et nous connaissons celui qui relève: “Lui” dit Matthieu.

“C’est vrai! C’est vrai! Vous m’aiderez. Merci. C’est comme si je passais d’un endroit sombre et fétide à l’espace libre d’un pré en fleurs… J’ai éprouvé quelque chose de semblable quand je suis sorti libre, finalement libre, après vingt années de bagne et de travail épuisant dans les mines de l’Anatolie, lorsque je me suis trouvé - m’étant enfui un soir de tempête - sur la cime d’une montagne abrupte, mais libre, mais pleine de soleil à l’aurore et couverte de bosquets odorants… La liberté! Mais maintenant c’est quelque chose de plus! Tout en moi se dilate! Je n’avais plus de chaînes depuis quinze années. Mais la haine, mais la peur, mais la solitude étaient pour moi des chaînes… Maintenant elles sont tombées!…

188.9 - Nous voilà à la maison du vieil homme qui vous a conduit à moi. Homme! Homme!”

Le vieillard accourt et reste comme une statue à la vue du borgne propre, en vêtement de voyage, le visage souriant.

“Tiens, voici la clef de ma maison. Je pars, pour toujours. Je te suis reconnaissant car tu es mon bienfaiteur. Tu m’as rendu une famille. Fais de mon bien tout ce que tu veux… et soigne mes poulets. Ne les maltraite pas. À chaque sabbat un romain vient acheter les œufs… Cela te fera du profit… Traite-les bien, mes poules… et que Dieu t’en récompense.”

Le vieillard est stupéfait… Il prend la clef et reste bouche bée.

Jésus dit:

“Oui, fais comme il te dit, et Moi aussi je t’en serai reconnaissant. Au nom de Jésus, je te bénis.”

“Le Nazaréen! C’est Toi! Miséricorde! J’ai parlé avec le Seigneur! Femmes! Femmes! Hommes! Le Messie est parmi nous!”

Il crie comme un putois, et les gens arrivent de tous côtés.

“Bénis-nous! Bénis-nous!” crient-ils. D’autres disent: “Reste!”

D’autres: “Où vas-tu? Dis-nous au moins où tu vas.”

“À Naïm. Je ne puis rester.”

“Nous te suivons! Veux-tu?”

“Venez. Et à ceux qui restent paix et bénédiction.”

Ils s’en vont vers la grand-route et la prennent.

188.10 - L’homme, qui chemine près de Jésus et qui fatigue sous le poids de son sac, attire la curiosité de Pierre.

“Mais qu’est-ce que tu as là-dedans de si lourd?” demande-t-il.

“Les vêtements… et des livres… Mes amis, après les poulets, et avec eux. Je n’ai pu m’en séparer. Et c’est lourd.”

“Hé! la science, cela pèse! Bien sûr! Et à qui cela plaît?”

“Ils m’ont empêché de devenir fou.”