188.7 - Ils sortent des ruines et descendent par le sentier déjà parcouru. L’homme borgne est encore là.

“Ici encore?” demande Jésus en affectant de ne pas remarquer son visage que les larmes ont rougi.

“Ici. Si tu me le permets, je te suis. J’ai une chose à te dire…”

“Viens donc avec Moi. Que veux-tu me dire?”

“Jésus… Je crois que pour avoir la force de parler, de faire la magie sainte de me changer moi-même; d’évoquer mon âme morte, comme la magicienne évoqua Samuel pour Saül, je dois dire ton Nom, doux comme ton regard, saint comme ta voix. Tu m’as donné une vie nouvelle et elle est informe, incapable comme celle d’un nouveau-né dont la naissance a été difficile. Elle se débat encore dans les étreintes d’une mauvaise peau. Aide-moi à sortir de ma mort.”

“Oui, ami.”

“Moi… moi j’ai compris d’avoir encore un peu d’humanité dans mon cœur. Je ne suis pas complètement un fauve, et je puis encore aimer et être aimé, pardonner et être pardonné. Ton amour, ton amour qui est pardon me l’apprend. N’est-ce pas qu’il en est ainsi?”

“Oui, ami.”

“Alors… emmène-moi avec Toi. Je m’appelais Félix! Ironie Felix veut dire heureux en latin. ! Mais Toi, donne-moi un nouveau nom. Que le passé soit réellement mort. Je te suivrai comme un chien vagabond qui finit par trouver un maître. Je serai ton esclave, si tu veux. Mais ne me laisse pas seul…”

“Oui, ami.”

“Quel nom me donnes-tu?”

“Un nom qui m’est cher: Jean. Car tu es la grâce que fait le Seigneur.”

“Tu me prends avec Toi?”

“Pour l’instant, oui. Après tu me suivras parmi les disciples. Mais ta maison?”

“Je n’ai plus de maison. Je vais laisser aux pauvres ce que j’ai. Donne-moi seulement ton amour et du pain.”

“Viens.”

Et Jésus se retourne et appelle les apôtres:

“Amis, et spécialement toi, Judas, je vous remercie. Par toi, par vous, une âme vient à Dieu. Voici le nouveau disciple. Il vient avec nous jusqu’au moment où nous pourrons le confier aux frères disciples. Soyez heureux d’avoir trouvé un cœur et bénissez Dieu avec Moi.”

Les douze ne semblent vraiment pas très heureux. Mais ils font bon visage par obéissance et par politesse.

“Si tu permets, je pars en avant. Tu me trouveras sur le seuil de la maison.”

“Vas-y.”

L’homme part en courant. Il semble que ce soit un autre homme.

“Et maintenant que nous sommes seuls, je vous ordonne, cela je vous l’ordonne, d’être bons avec lui et de ne pas parler de son passé à qui que ce soit. Qui parlerait ou qui manquerait de charité pour le frère racheté, se verrait à l’instant repoussé par Moi C'est pourtant ce que fera Judas Iscariote en dénonçant au Sanhédrin la présence d'un galérien (Jean d'En-Dor) et d'une esclave en fuite (Syntica). Ce qui les obligera à l'exil à Antioche de Syrie. Cf. EMV 314 et suivants. . Vous avez compris? Voyez combien le Seigneur est bon! Venus ici dans un but humain, Il nous accorde d’en repartir après avoir obtenu une faveur surnaturelle. Oh! Je jubile pour la joie qui naît au Ciel pour le nouveau converti.”

188.8 - Ils arrivent devant la maison. Sur le seuil, avec un vêtement foncé et propre, un manteau assorti, une paire de sandales neuves et un grand sac sur les épaules, voilà l’homme. Il ferme la porte et puis, chose étrange chez un homme que l’on pourrait croire insensible, il prend une poulette blanche, peut-être sa préférée, qui se couche apprivoisée dans ses mains. Il lui donne un baiser et il pleure, et puis la dépose par terre.

“Allons… et pardonne-moi. Mais eux, mes poulets, m’ont aimé… Je parlais avec eux et… ils me comprenaient…”