“Allez.”
Avec un cri bestial, les démons quittent les deux malheureux et, à travers un tourbillon de vent qui fait ondoyer les chênes comme des herbes, ils s’abattent sur les porcs très nombreux. Les animaux se mettent à courir comme des possédés à travers les chênes avec des cris vraiment démoniaques. Ils se heurtent, se blessent, se mordent, et enfin se précipitent dans le lac lorsque, arrivés à la cime de la haute falaise, ils n’ont plus pour refuge que l’eau qu’elle domine. Pendant que les gardiens, bouleversés et désolés, hurlent d’épouvante, les bêtes, par centaines, avec des bruits sourds se précipitent dans les eaux tranquilles où ils produisent des tourbillons d’écume.
Ils coulent, reviennent en surface, se retournent montrant leurs panses rondes ou leurs museaux pointus avec des yeux terrifiés et finalement se noient.
Les bergers courent en criant vers la ville.
186.6 – Les apôtres, arrivés sur le lieu du désastre, reviennent en disant:
“Il n’y en a pas eu un seul de sauvé! Tu leur as rendu un bien mauvais service!”
Jésus calmement répond:
“Mieux vaut que périssent deux milliers de porcs qu’un seul homme. Donnez un vêtement à ces gens-là. Ils ne peuvent pas rester ainsi.”
Le Zélote ouvre un sac et donne un de ses vêtements. Thomas donne le second. Les deux hommes sont encore un peu étourdis, comme s’ils sortaient d’un lourd sommeil plein de cauchemars.
“Donnez-leur de la nourriture. Qu’ils recommencent à vivre en hommes.”
Pendant que les deux mangent le pain et les olives qu’on leur a donnés et boivent à la gourde de Pierre, Jésus les observe.
À la fin ils parlent:
“Qui es-tu?” dit l’un.
“Jésus de Nazareth.”
“Nous ne te connaissons pas” dit l’autre.
“Votre âme m’a connu. Levez-vous maintenant et rentrez chez vous.”
“Nous avons beaucoup souffert, je crois, mais je ne me rappelle pas bien. Qui est celui-là?” demande celui que le démon faisait parler et il montre son compagnon.
“Je ne sais pas. Il était avec toi.”
“Qui es-tu? Et pourquoi es-tu ici?” demande-t-il à son compagnon.
Celui qui était comme muet et qui est encore le plus inerte, dit:
“Je suis Démétrius. C’est Sidon, ici?”
“Sidon est au bord de la mer, homme. Ici, tu es au-delà du lac de Galilée.”
“Et pourquoi suis-je ici?”
Personne ne peut donner de réponse.
186.7 – Voilà que les gens arrivent suivis des gardiens. Ils semblent apeurés et curieux. Quand ensuite ils voient les deux possédés habillés, leur stupeur augmente.