“Ils sont païens, n’est-ce pas ces gens-là?” demande l’Iscariote.
“Presque tous. Quelques hébreux pour le trafic et puis un mélange de croyants et de gens tout à fait incroyants. Pourtant ils n’ont pas été mauvais avec moi qui étais fugitif.”
“Un pays de bandits! Quelles gorges!” s’exclament plusieurs.
“Oui. Mais croyez-le, il y a davantage de bandits de l’autre côté” dit Jean encore impressionné par la capture du Baptiste Cf. EMV 180. .
“De l’autre côté il y a des bandits même parmi ceux qu’on appelle justes” ajoute son frère.
186.4 – Jésus prend la parole:
“Et pourtant nous les approchons sans dégoût. Alors qu’ici vous avez fait des grimaces pour passer près des animaux.”
“Ils sont impurs…” Les porcs sont qualifiés d'impurs en Lévitique 11, 7 et Deutéronome 14, 8. Plus généralement la classification des animaux purs et impurs, ainsi que les prescriptions afférentes, se trouvent en Genèse 7, 2-3 ; Lévitique 11 et Deutéronome 14, 3-21. Voir l'altercation entre Pierre et un hôtelier en EMV 292.1.
“Le pécheur l’est beaucoup plus. Ces bêtes sont faites ainsi et ce n’est pas leur faute si elles sont ainsi faites. L’homme, au contraire, est responsable d’être impur par suite du péché.”
“Mais alors pourquoi ont-ils été classés par nous comme impurs?” demande Philippe.
“Une fois j’y ai fait allusion. À cette classification, il y a une raison surnaturelle et une raison naturelle. La première c’est d’enseigner au peuple élu la manière de vivre en ayant présent à son esprit son élection et la dignité de l’homme, même dans une action commune comme celle de manger.
Le sauvage se nourrit de tout. Il lui suffit de s’emplir le ventre. Le païen, même s’il n’est pas sauvage, mange également de tout, sans penser que la suralimentation fomente les vices et les tendances qui avilissent l’homme. Les païens cherchent même à arriver à cette frénésie du plaisir qui pour eux est presque une religion. Les plus cultivés parmi vous sont au courant des fêtes obscènes en l’honneur de leurs dieux, qui dégénèrent en une orgie de luxure. Le fils du peuple de Dieu doit savoir se maîtriser et par l’obéissance et la prudence se perfectionner lui-même en pensant à son origine et à sa fin: Dieu et le Ciel. La raison naturelle d’autre part enjoint de ne pas exciter le sang par des nourritures qui amènent à des élans passionnels indignes de l’homme. L’amour même charnel ne lui est pas interdit, mais il doit toujours le tempérer par la fraîcheur de l’âme qui tend au Ciel. Ce doit donc être l’amour et non la sensualité qui unit l’homme à sa compagne dans laquelle il y voit sa semblable et non une femelle. Mais les pauvres bêtes ne sont coupables ni d’être des porcs, ni des effets que la chair de porc peut à la longue produire dans le sang.
Moins encore les hommes qui sont préposés à leur garde. S’ils sont honnêtes, quelle différence y aura-t-il dans l’autre vie entre eux et le scribe penché sur ses livres et qui malheureusement n’y apprend pas la bonté? En vérité je vous dis que nous verrons des gardiens de porcs parmi les justes et des scribes parmi les injustes.
186.5 – Mais, qu’est-ce que c’est que ce fracas?”
Tout le monde s’écarte du flanc de la montagne parce que des pierres et de la terre roulent et bondissent sur la pente, et on regarde étonné.
“Voici, voici! Là-bas! Deux hommes… complètement nus…qui viennent vers nous en gesticulant. Des fous…”
“Ou des possédés” répond Jésus à l’Iscariote qui le premier a vu les deux possédés venir vers Jésus.
Ils doivent être sortis de quelque caverne dans la montagne. Ils crient. Le plus rapide à la course se précipite vers Jésus. Il semble un étrange gros oiseau plumé tant il est rapide, ramant avec ses bras comme si c’était des ailes. Il s’abat aux pieds de Jésus en criant:
“Te voilà ici, Maître du monde? Qu’ai-je à faire avec Toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut? Est-elle déjà venue l’heure de notre châtiment? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter avant le temps?”
L’autre possédé, soit que sa langue soit liée, soit que le démon le paralyse, ne fait que se jeter à plat ventre par terre et pleurer et puis, s’étant assis, il reste comme inerte, jouant avec des cailloux et avec ses pieds nus. Le démon continue de parler par la bouche du premier qui se tord par terre dans un paroxysme de terreur. On dirait qu’il veut réagir et ne peut qu’adorer, attiré et repoussé en même temps par la puissance de Jésus. Il crie:
“Je t’en conjure, au nom de Dieu, cesse de me tourmenter. Laisse-moi partir!”
“Oui, mais hors de celui-ci. Esprit immonde, sors de ces hommes et dis ton nom.”
“Légion c’est mon nom, car nous sommes nombreux. Nous les possédons depuis des années et par eux nous brisons cordes et chaînes et il n’est pas de force d’homme qui puisse résister. À cause de nous ils sont une terreur et nous nous servons d’eux pour que les gens te blasphèment. Nous nous vengeons sur eux de ton anathème. Nous abaissons l’homme au-dessous de la bête fauve pour qu’on se moque de Toi. Il n’est pas de loup, de chacal ou d’hyène, pas de vautour ni de vampire semblables à ceux que nous tenons. Mais ne nous chasse pas. L’enfer est trop horrible!…”
“Sortez! Au nom de Jésus, sortez!” Jésus a une voix de tonnerre, et ses yeux dardent des éclairs.
“Laisse-moi Le texte original parle bien, ici, au singulier : Lasciami. Cette demande singulière sera interprétée avec ingénuité par Pierre en EMV 203.3. au moins entrer dans ce troupeau de porcs que tu as rencontré.”