186 – Les deux possédés géraséniens

11 juin 1945 / 30 janvier 1944

Le lundi 11 juin 1945

186.1 – Il faut insérer ici la “Tempête apaisée” reçue le 30 janvier 1944, puis la vision suivante

186.2 – Jésus, après avoir traversé le lac du nord-ouest au sud-est, recommande à Pierre de débarquer près d’Hippo. Pierre obéit sans discuter. Il descend avec la barque jusqu’à l’embouchure d’un petit fleuve que les pluies de printemps et un récent orage ont rempli et rendu bruyant, et qui débouche dans le lac par une gorge resserrée et rocheuse comme toute la côte en ce point. Les garçons gardent les barques Les deux manœuvres anonymes (Cf. EMV 185). - il y en a un par barque - et reçoivent l’ordre d’attendre jusqu’au soir pour le retour à Capharnaüm.

“Et soyez muets comme les poissons si l’on vous interroge” conseille Pierre. “Si quelqu’un vous demande où est le Maître, répondez avec assurance: “Je ne sais pas”. La même chose si on veut savoir où il s’est dirigé. C’est la vérité. Vous ne le savez pas.”

On se sépare et Jésus entreprend l’escalade d’un sentier abrupt qui grimpe presque à pic sur le rocher. Les apôtres le suivent par le sentier difficile jusqu’au sommet du rocher qui s’adoucit en un plateau planté de chênes sous lesquels paissent de nombreux porcs.

“Puants animaux! s’exclame Barthélemy. Ils nous empêchent de passer…”

“Non. Ils ne nous empêchent pas de passer. Il y a de la place pour tous” répond calmement Jésus.

Du reste les gardiens, en voyant des israélites, cherchent à rassembler les porcs sous les chênes pour laisser libre le sentier. Et les apôtres passent, en faisant mille grimaces, au milieu des ordures laissées par les animaux qui bien gras cherchent à grossir encore en fouillant le sol avec leur groin.

Jésus est passé sans faire tant d’histoires en disant aux gardiens du troupeau:

“Que Dieu vous récompense pour votre gentillesse.”

Les gardiens, pauvres gens à peine moins sales que leurs porcs mais en revanche infiniment plus maigres, le regardent étonnés et puis bavardent entre eux. L’un d’eux dit:

“Mais ce n’est pas un juif?”

À quoi les autres répondent:

“Mais tu ne vois pas qu’il a des franges à son vêtement?”

Le groupe apostolique se réunit, maintenant qu’il peut avancer en groupe sur un petit chemin suffisamment large.

186.3 – Le panorama est très beau. Surélevé de quelques dizaines de mètres au-dessus du lac, il permet pourtant de dominer tout le miroir d’eau avec les villes éparses sur les rives. Tibériade est une splendeur avec ses belles constructions en face de l’endroit où se trouvent les apôtres. Ici, au-dessous, au pied du rocher de basalte, la grève étroite paraît un coussin de verdure alors que sur la rive opposée, de Tibériade à l’embouchure du Jourdain, il y a une plaine plutôt large et que les eaux du fleuve rendent marécageuse. Le fleuve semble s’y attarder avant de reprendre sa course après avoir ralenti dans le lac tranquille. Cette plaine est remplie de toutes sortes de plantes et de buissons particuliers aux marécages. On y voit toute une population d’oiseaux aquatiques aux couleurs bariolées comme s’ils étaient couverts de joyaux. Cet endroit on le regarde comme un jardin. Les oiseaux s’élèvent des touffes d’herbe et des roseaux, volent sur le lac, y plongent pour attraper un poisson, se relèvent encore plus merveilleux à cause de l’eau qui a ravivé les couleurs de leur plumage et reviennent vers la plaine fleurie sur laquelle le vent s’amuse à déplacer les couleurs. Ici, au contraire, ce sont des bois de chênes très grands sous lesquels l’herbe est douce et d’un vert émeraude. Au-delà de cette bande boisée, la montagne remonte après un vallon, en formant un mamelon abrupt et rocailleux sur lequel s’incrustent les maisons construites sur des terrasses rocheuses. Je crois que la montagne ne fait qu’un avec les constructions, offrant ses cavernes pour l’habitat, mélange de cité troglodyte et de ville ordinaire.

Elle est caractéristique avec cette montée en terrasses grâce à laquelle le toit des maisons inférieures est au niveau de l’entrée du rez-de-chaussée des maisons du plateau qui est au-dessus. Sur les côtés où la montagne est plus abrupte, abrupte au point d’interdire toute construction, il y a des cavernes, des excavations profondes et des sentiers rapides qui descendent vers la vallée. A la saison des pluies, ces sentiers doivent devenir autant de bizarres petits torrents.

Des blocs de toutes sortes, entraînés dans la vallée par les eaux forment un piédestal chaotique à cette petite montagne si abrupte et si sauvage, bossue et impertinente comme un hobereau qui veut à tout prix qu’on le respecte.

“N’est-ce pas Gamla?” demande le Zélote.

“Oui, c’est Gamla. Tu la connais?” dit Jésus.

“J’y ai été comme fugitif, une nuit il y a bien longtemps. Après la lèpre est venue et je ne suis plus sorti des tombeaux.”

“On t’a poursuivi jusqu’ici?” demande Pierre.

“Je venais de la Syrie où j’étais allé chercher refuge, mais ils me découvrirent et seule la fuite en ces terres empêcha ma capture. Après, je suis descendu lentement et toujours menacé jusqu’au désert de Tecua et de là, désormais lépreux, à la Vallée des Morts. La lèpre me sauvait de mes ennemis…”