185 – L’épisode de la tempête apaisée et les faits qui précèdent

30 janvier 1944

Dans l’édition de 2017, les anciens chapitres 45 et 46 ont été regroupés en un seul.

Le dimanche 30 janvier 1944.

Le texte suivant ne figure que dans l’édition de 1985. Pour l’édition de 2017, il a été intégré dans Les Cahiers de 1944 à la date du jour.

Combien a été grande ma douceur d’aujourd’hui. Je travaillais à cette broderie que vous savez et j’écoutais de la musique en compagnie de personnes familières. J’étais donc distraite des choses habituelles. Voilà qu’à l’improviste la vision m’en abstrait en me donnant un autre visage que, heureusement, Paola Paola Belfanti, sa cousine en résidence à Viareggio. Elle est dans la confidence. fut seule à comprendre. Je suis restée avec cette joie tout l’après-midi jusqu’au moment du collapsus habituel. Il est arrivé plus tôt qu’à l’ordinaire parce que, quand j’ai ces visions, mes forces physiques et surtout cardiaques éprouvent une forte dispersion qui ne me fait pas souffrir car elle est compensée par une telle joie spirituelle.

185.1 - Maintenant que tout le monde dort, je vous fais part de ma joie. J’ai “vu” l’Évangile d’aujourd’hui Les catéchèses quotidiennes de Maria Valtorta, consignées dans la série des « Cahiers », ont commencées en avril 1943, mais les visions de l'Évangile n'ont réellement débutées qu'en janvier 1944. Il s'agit donc d'une des toutes premières visions. Rappelons qu'elles ne suivent pas un ordre chronologique. .

Notez que ce matin, en le lisant, je m’étais dit: “Voici un épisode évangélique que je ne verrai jamais car il se prête peu à une vision.” Au contraire, au moment où j’y pensais le moins, il est justement venu me combler de joie.

185.2 - Voici ce que j’ai vu. Une barque à voile pas excessivement grande mais pas petite. C’est une barque de pêche sur laquelle peuvent aisément se mouvoir cinq ou six personnes. Elle fend les eaux d’un lac d’une couleur bleu intense.

Jésus dort à la poupe À l'arrière du bateau. . Il est vêtu de blanc comme à l’ordinaire. Il a la tête posée sur le bras gauche, et sous son bras et sa tête il a mis son manteau gris-bleu replié plusieurs fois. Il est assis, pas allongé, sur le fond de la barque et appuie sa tête sur la tablette qui se trouve à l’extrémité de la poupe. Je ne sais pas le nom que lui donnent les marins. Il dort tranquillement. Il est fatigué. Il est tranquille.

Pierre est au gouvernail, André s’occupe des voiles, Jean et deux autres dont je ne sais qui ils sont, remettent en ordre amarres et filets au fond de la barque, comme s’ils avaient l’intention de se préparer à pêcher, peut-être pendant la nuit. Je dirais que le jour décline car le soleil descend déjà à l’occident. Les disciples ont tous remonté leurs tuniques pour être plus libres dans leurs mouvements et pour aller d’un endroit à l’autre de la barque en passant par-dessus les rames, les sièges, les paniers et les filets sans être gênés par leurs vêtements. Ils ont tous enlevé leurs manteaux.

185.3 - Je vois le ciel s’obscurcir et le soleil qui se cache derrière des nuages d’orage débouchés à l’improviste de derrière la pointe d’une colline. Le vent les pousse rapidement vers le lac. Le vent pour l’instant est en haut et le lac est encore tranquille. Seulement il prend une teinte plus sombre et se plisse en surface. Ce ne sont pas encore des vagues mais déjà l’eau commence à remuer.

Pierre et André observent le ciel et le lac et se disposent à manœuvrer pour accoster. Mais le vent s’abat sur le lac, et en quelques minutes, tout bouillonne et écume. Les flots qui s’entrechoquent et heurtent le bateau, l’élèvent, l’abaissent, le retournent en tous sens, empêchent la manœuvre du gouvernail comme le vent gêne celle de la voile qu’il faut carguer.

Jésus dort. Ni les pas, ni les voix excitées des disciples, ni non plus le sifflement du vent et le choc des vagues contre les flancs du bateau et la proue ne l’éveillent. Ses cheveux flottent au vent et il reçoit quelques embruns. Mais Lui dort. Jean va de la proue à la poupe et le couvre de son manteau qu’il a tiré de dessous une tablette. Il le couvre avec un délicat amour.

La tempête devient de plus en plus brutale. Le lac est noir comme si on y avait versé de l’encre, strié par l’écume des vagues. La barque engloutit de l’eau et se trouve poussée au large par le vent. Les disciples suent à la manœuvre et pour écoper l’eau que les vagues projettent. Mais cela ne sert à rien. Eux maintenant pataugent dans l’eau qui leur arrive à mi-jambe et la barque ne cesse de s’alourdir.

185.4 - Pierre perd son calme et sa patience. Il donne le gouvernail à son frère, et en titubant va vers Jésus qu’il secoue vigoureusement.

Jésus s’éveille et lève la tête.

“Sauve-nous, Maître, nous périssons!” Lui crie Pierre (il lui faut crier pour se faire entendre).

Jésus regarde son disciple fixement, il regarde les autres et puis il regarde le lac:

“As-tu foi que je puisse vous sauver?”

“Vite, Maître” crie Pierre, alors qu’une vraie montagne d’eau, partant du milieu du lac se dirige rapidement sur la pauvre barque. On dirait une trombe tant elle est élevée et effrayante. Les disciples qui la voient venir s’agenouillent et s’agrippent où et comme ils peuvent, persuadés que c’est la fin.

Jésus se lève, debout sur la tablette de la proue. Sa figure blanche se détache sur la tempête livide. Il étend les bras vers la lame et dit au vent: “Arrête et tais-toi” et à l’eau: “Calme-toi. Je le veux Selon M.L. un lecteur, cet épisode de la tempête apaisée est à rapprocher du Psaume 106 (Hébreu 107), 23-30. Ce rapprochement a dû être présent, après coup, dans la tête des apôtres qui, comme leurs contemporains, connaissaient par cœur les Psaumes. Cela donne un éclairage supplémentaire aux commentaires que Jésus en fait à Maria Valtorta. .”

Alors l’énorme vague se dissout en écume qui retombe sans dégâts. Un dernier rugissement qui s’éteint en un murmure, comme était le sifflement du vent qui se change en un soupir. Et sur le lac pacifié revient la sérénité du ciel et l’espérance et la foi dans le cœur des disciples.

La majesté de Jésus je ne puis la décrire. Il faut la voir pour la comprendre. Et je la goûte en mon intime, car elle m’est toujours présente et je revois comme était tranquille le sommeil de Jésus et comme était puissant son empire sur les vents et les flots.

185.5 - Jésus dit ensuite:

«Je ne te commente pas l’Évangile dans le sens où tous le commentent. Je vais t’éclairer ce qui précède le passage de l’Évangile.

Pourquoi est-ce que je dormais? Est-ce que par hasard je ne savais pas que la bourrasque allait arriver? Oui, Je le savais. J’étais seul à le savoir. Et alors, pourquoi est-ce que je dormais?

Les apôtres étaient des hommes, Maria. Animés de bonne volonté, mais encore seulement des “hommes”. L’homme se croit toujours capable de tout. Quand, ensuite, il est réellement capable dans une chose, il est plein de suffisance et d’attachement à son “savoir-faire”. Pierre, André, Jacques et Jean étaient de bons pêcheurs et pour ce motif ils se croyaient insurpassables dans la manœuvre des bateaux. Moi, pour eux, j’étais un grand “Rabbi” mais une nullité comme marin. C’est pourquoi ils me jugeaient incapable de les aider et, quand ils montaient dans la barque pour traverser la mer de Galilée, ils me priaient de rester assis parce que j’étais incapable d’autre chose. Leur affection aussi y était pour quelque chose, et ils ne voulaient pas m’imposer des fatigues matérielles. Mais l’attachement à leur “savoir-faire” dépassait encore l’affection.

Je ne m’impose que dans des cas exceptionnels, Maria. Généralement je vous laisse libres et j’attends. Ce jour-là j’étais fatigué et on me priait de me reposer c’est-à-dire de les laisser faire, eux qui étaient si capables. Alors je me mis à dormir.

Dans mon sommeil se mêlait aussi cette constatation de ce que l’homme est “homme” et qu’il veut agir par lui-même sans se rendre compte que Dieu ne demande qu’à l’aider. En ces “sourds spirituels” en ces “aveugles spirituels” je voyais tous les sourds et aveugles spirituels qui pendant des siècles et des siècles iraient à leur ruine pour vouloir agir par eux-mêmes”, alors que je suis penché sur leurs besoins en attendant qu’ils m’appellent à l’aide.

Quand Pierre cria: “Sauve-nous!” mon amertume tomba comme un caillou qu’on laisse aller. Je ne suis pas “homme”, je suis le Dieu-Homme.

Je n’agis pas comme vous agissez. Vous, quand quelqu’un a repoussé votre conseil ou votre aide, et que vous le voyez dans l’embarras, même si vous n’êtes pas assez méchants pour vous en réjouir, vous l’êtes assez pour rester dédaigneux, indifférents, à le regarder sans vous émouvoir de son appel à l’aide. Par votre attitude, vous lui faites comprendre: “Quand j’ai voulu t’aider, tu n’as pas voulu? Maintenant, débrouille-toi”. Mais Moi, je suis Jésus. Je suis le Sauveur. Et je sauve, Maria. Je sauve toujours dès qu’on m’appelle.

185.6 - Les pauvres hommes pourraient objecter: “Et alors pourquoi permets-tu aux tempêtes isolées ou généralisées de se former?” Si, par ma puissance, je détruisais le mal, quel qu’il soit, vous arriveriez à vous croire les auteurs du Bien qui en réalité serait un don de ma part et vous ne vous souviendriez plus jamais de Moi. Jamais plus. Vous avez besoin, pauvres fils, de la douleur pour vous rappeler que vous avez un Père. Comme le fils prodigue qui se rappela qu’il avait un père quand il eut faim.

Les malheurs servent à vous persuader de votre néant, de votre déraison, cause de tant d’erreurs, et de votre méchanceté, cause de tant de deuils et de douleurs, de vos fautes, cause de punitions que vous vous donnez à vous -mêmes, et de mon existence, de ma puissance, de ma bonté. Voilà ce que vous dit l’Évangile d’aujourd’hui. “Votre” Évangile de l’heure présente, pauvres fils.

Appelez-moi. Jésus ne dort que parce qu’il est angoissé de vous voir sans amour pour Lui. Appelez-moi et je viendrai.”

Le texte suivant ne figure que dans l’édition de 1985. Pour l’édition de 2017, il a été intégré dans Les Cahiers de 1944 à la date du jour.

Dommage que vous ne soyez pas venu aujourd’hui. Vous auriez vu un visage de béatitude et j’aurais pu savoir en quoi je change car Paola dit qu’elle s’en aperçoit, bien que je continue à travailler et même plus rapidement que jamais, mais elle ne sait pas expliquer davantage… Au moins saurais-je me contrôler et, à l’occasion, faire comme Moïse. me mettre un voile sur le visage.