173.5 – “Maître, tu démens tes paroles!”

L’insulte, hargneuse et imprévue vient du milieu de la foule. Tous se retournent vers cette voix. Il y a de la confusion. Jésus évoque cette interruption le lendemain (Cf. chapitre suivant).

Pierre dit:

“Je te l’avais dit! Hé! quand il y en a un de ceux-là… rien ne va plus!”

Dans la foule, on siffle l’insulteur, on crie contre lui. Jésus est le seul qui reste calme. Il a croisé les bras sur sa poitrine et se tient droit, le front éclairé par le soleil, droit sur son rocher, dans son habit bleu foncé.

L’insulteur continue, sans souci des réactions de la foule:

“Tu es un mauvais maître car tu enseignes ce que tu ne fais pas et…”

“Tais-toi! Va-t-en! Honte à toi!” crie la foule. Et encore:

“Va trouver tes scribes! À nous, le Maître nous suffit. Les hypocrites avec les hypocrites! Faux maîtres! Usuriers!…”

Et ils continueraient, mais Jésus dit d’une voix de tonnerre:

“Silence! Laissez-le parler”

Et les gens ne crient plus mais murmurent leurs reproches accompagnés d’œillades furieuses.

“Oui. Tu enseignes ce que tu ne fais pas. Tu dis qu’on doit faire l’aumône sans être vus et hier, en présence de tout un peuple, tu as dit à deux pauvres:

“Restez et je vais vous rassasier”.

“J’ai dit: “Que restent les deux pauvres. Ils seront des hôtes bénis et donneront de la saveur à notre pain”. Rien de plus. Je n’ai pas dit vouloir les rassasier. Quel est le pauvre qui n’a pas au moins un pain? C’était pour nous une joie de leur donner notre bonne amitié.”

“Hé! oui! Tu es astucieux et tu sais faire l’agneau!…”

Le vieillard se lève, se retourne et levant son bâton, il crie:

“Langue infernale, toi qui accuses le Saint, tu crois peut-être tout connaître et pouvoir accuser avec ce que tu sais? Comme tu ignores qui est Dieu et qui est Celui que tu insultes, ainsi tu ignores ses actions. Il n’y a pour les connaître que les anges et mon cœur qui est dans la jubilation. Écoutez, hommes, écoutez tous et rendez-vous compte si Jésus est le menteur et l’orgueilleux que cette balayure du Temple veut dire. Lui…”

“Tais-toi, Ismaël! Tais-toi par amour pour Moi! Si je t’ai fait heureux, fais-moi heureux en te taisant” lui dit Jésus sur un ton de prière.

“Je t’obéis, Fils Saint. Mais laisse-moi dire cette seule chose: la bénédiction du vieil israélite fidèle est sur Lui dont j’ai reçu les bienfaits de la part de Dieu. Cette bénédiction, Dieu l’a mise sur mes lèvres pour moi et pour Sarah, ma nouvelle fille C'est ainsi qu'on apprend les noms des deux malheureux, Ismaël et Sarah, recueillis la veille. Voir le chapitre précédent. . Mais sur ta tête, il n’y aura pas de bénédiction. Je ne te maudis pas. Je ne souille pas par une malédiction ma bouche qui doit dire à Dieu: “Accueille-moi”. Je n’ai même pas maudit celle qui m’a renié et déjà Dieu m’en récompense. Mais il y aura quelqu’un pour prendre en mains la cause de l’Innocent qu’on accuse et d’Ismaël, ami de Dieu qui le bénit.”

Une clameur fait suite au discours du vieillard qui s’assied de nouveau et un homme s’esquive et s’éloigne, accablé de reproches.

Puis la foule crie à Jésus:

“Continue, continue, Maître Saint! Nous, nous n’écoutons que Toi, et Toi, écoute-nous. N’écoute pas ces corbeaux maudits! Ils sont jaloux que nous t’aimions plus qu’eux! Mais en Toi, il y a la Sainteté, en eux la perversité. Parle, parle! Tu vois que nous ne désirons rien d’autre que ta parole. Maisons, commerces, tout cela n’est rien pour qui veut t’entendre.”

“Oui, je vais parler. Mais ne vous faites pas de soucis. Priez pour ce malheureux. Pardonnez comme je pardonne, car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père des Cieux vous pardonnera aussi vos péchés Cf. Matthieu 6,14-15 | Marc 11,25. . Mais si vous avez de la rancune et si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. Et tous ont besoin de pardon.

173.6 – Je vous disais que Dieu vous récompensera, même si vous ne Lui demandez pas une récompense pour le bien que vous aurez fait. Mais vous, ne faites pas le bien pour avoir une récompense, pour avoir une garantie pour le lendemain. Ne faites pas le bien en le mesurant, retenus par la crainte: “Et puis, pour moi, en aurai-je encore? Et si je n’ai plus rien, qui viendra à mon aide? Trouverai-je quelqu’un pour faire pour moi ce que j’ai fait? Et quand je ne pourrai plus rien donner, est-ce qu’on m’aimera encore?

Regardez: j’ai des amis puissants parmi les riches et des amis parmi les miséreux. Et en vérité, je vous dis que ce ne sont pas les amis puissants qui sont les plus aimés. Je vais chez eux non parce que je me recherche ou recherche mes intérêts, mais parce que d’eux je puis recevoir beaucoup pour qui ne possède rien. Moi, je suis pauvre. Je n’ai rien. Je voudrais posséder tous les trésors du monde et les changer en pain pour ceux qui ont faim, en maisons pour ceux qui sont sans toit, en vêtements pour ceux qui sont nus, en remèdes pour les malades. Vous direz: “Toi, tu peux guérir”. Oui, je peux faire cela et autre chose. Mais il n’y a pas toujours la foi chez les autres et Moi, je ne peux pas faire ce que je ferais et ce que je voudrais faire si je trouvais, dans les cœurs, la foi en Moi. Je voudrais faire du bien même à ceux qui n’ont pas la foi et puisqu’ils ne demandent pas le miracle au Fils de l’homme je voudrais, d’homme à homme, les secourir. Mais je n’ai rien. C’est pour cela que je tends la main à ceux qui possèdent et je demande: “Fais-moi la charité, au nom de Dieu”. Voilà pourquoi j’ai des amitiés en haut lieu. Demain, quand je ne serai plus sur la terre, il y aura encore des pauvres Pensée reprise par Jésus lors de l'Onction de Béthanie (Cf. Matthieu 26,11 | Jean 12,8). et Moi, je n’y serai plus ni pour faire des miracles pour ceux qui ont la foi, ni pour faire l’aumône pour amener à la foi. Mais alors mes amis riches auront appris à mon contact comment on s’y prend pour faire le bien et mes apôtres, à mon contact aussi, auront appris à faire l’aumône par amour pour les frères. Et les pauvres seront toujours secourus.

Eh bien, hier j’ai reçu, de quelqu’un qui ne possède rien, plus que ce que m’ont donné tous ceux qui possèdent Allusion à la bénédiction mosaïque donnée la veille par Ismaël (Cf. chapitre précédent). . C’est un ami aussi pauvre que Moi. Mais il m’a donné une chose qui ne peut s’acheter avec de l’argent et qui m’a rendu heureux en me rappelant tant d’heures sereines de mon enfance et de ma jeunesse quand chaque soir sur ma tête se posaient les mains du Juste et que j’allais me reposer avec sa bénédiction pour protéger mon sommeil. Hier cet ami pauvre m’a fait roi par sa bénédiction. Vous voyez que ce que lui m’a donné, personne d’entre mes amis riches ne me l’a jamais donné. Ne craignez donc pas. Même si vous n’avez pas de quoi faire l’aumône, il suffit que vous ayez l’amour et la sainteté. Vous pourrez faire du bien à qui est pauvre, épuisé ou affligé.

173.7 – C’est pour cela que je vous dis:

ne vous inquiétez pas trop par crainte de posséder peu. Vous aurez toujours le nécessaire. Ne soyez pas trop préoccupés en pensant à l’avenir Cf. Matthieu 6,25 | Luc 12,22-23. . Personne ne sait quel avenir il a devant lui. Ne réfléchissez pas à ce que vous mangerez pour vous garder en vie, ni de quoi vous vous couvrirez pour tenir au chaud votre corps. La vie de votre esprit est bien plus précieuse que votre ventre et vos membres, elle vaut beaucoup plus que la nourriture et le vêtement, comme la vie matérielle vaut plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Et votre Père le sait. Sachez-le donc, vous aussi. Regardez les oiseaux: ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas Cf. Matthieu 6,26 | Luc 12,24. , ils n’amassent pas dans les greniers et pourtant ils ne meurent pas de faim car le Père céleste les nourrit. Vous hommes, créatures préférées du Père, vous valez beaucoup plus qu’eux.

Qui de vous, avec tout son savoir-faire peut ajouter à sa taille une seule coudée Cf. Matthieu 6,27 | Luc 12,25. ? Si vous ne réussissez pas à allonger votre taille, ne serait-ce que d’une palme, comment pouvez-vous penser à changer votre future situation en augmentant vos richesses pour vous garantir une longue et heureuse vieillesse? Pouvez-vous dire à la mort: “Tu viendras me prendre quand je voudrai”? Vous ne le pouvez pas. Pourquoi alors vous préoccuper du lendemain? Et pourquoi vous faites-vous tant de soucis par crainte de rester sans vêtements? Regardez comment croissent les lis des champs Cf. Matthieu 6,28-29 | Luc 12,27-28. : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas, ils ne vont pas chez les marchands de drap faire des achats. Et pourtant je vous assure que Salomon, lui-même, avec toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l’un d’eux. Maintenant, si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs qui vit aujourd’hui et qui demain servira à chauffer le four ou à nourrir le troupeau et qui devient finalement cendre ou fumier, il prendra bien plus soin de vous, ses fils.

Ne soyez pas des gens de peu de foi. Ne vous inquiétez pas pour un avenir incertain en disant: “Quand je serai vieux, comment mangerai-je? Que boirai-je? Comment m’habillerai-je?” Ces préoccupations laissez-les aux gentils Cf. Matthieu 6,31-33 | Luc 12,30-31. qui n’ont pas la certitude lumineuse de la paternité divine. Vous vous l’avez et vous savez que votre Père connaît vos besoins et qu’il vous aime. Fiez-vous donc à Lui. Cherchez d’abord les choses vraiment nécessaires: la foi, la bonté, la charité, l’humilité, la miséricorde, la pureté, la justice, la douceur, les trois ou quatre vertus principales et toutes, toutes les autres encore de façon à être les amis de Dieu et à avoir droit à son Royaume.

Et je vous assure que tout le reste vous sera donné par surcroît, sans même que vous le demandiez. Il n’y pas de riche plus riche que le saint et de plus assuré que lui. Dieu est avec le saint. Le saint est avec Dieu. Il ne demande rien pour son corps et Dieu lui donne le nécessaire. Mais il travaille pour son esprit, auquel Dieu donne Lui-même ici-bas, et le Paradis après la vie.

Ne vous mettez donc pas en peine pour ce qui ne mérite pas votre peine. Affligez-vous d’être imparfaits et non d’être mal pourvus de biens terrestres.

Ne vous mettez pas à la torture pour le lendemain. Demain pensera à lui-même Cette pensée, devenue proverbiale, est rapportée en Matthieu 6,34. Elle est à nouveau évoquée par Jésus au EMV 584.15 . , et vous y penserez quand vous le vivrez. Pourquoi y penser dès aujourd’hui? La vie n’est-elle pas déjà suffisamment pleine des souvenirs pénibles d’hier et des pensées torturantes d’aujourd’hui pour éprouver le besoin d’y mettre encore les cauchemars des “que sera demain?” Laissez à chaque jour ses ennuis! Il y aura toujours dans la vie plus de peines que nous ne voudrions, sans ajouter les peines à venir aux présentes! Dites toujours la grande parole de Dieu: “Aujourd’hui”. Soyez ses fils, créés à sa ressemblance. Dites donc avec Lui: “Aujourd’hui”.

Et aujourd’hui, je vous donne ma bénédiction. Qu’elle vous accompagne jusqu’au commencement du nouvel aujourd’hui: c’est-à-dire de demain, quand je vous donnerai de nouveau la paix au nom de Dieu.”