173 – Cinquième discours sur la Montagne : l’usage des richesses, l’aumône, la confiance en Dieu
27 mai 1945
Le Sermon sur la Montagne.
Le dimanche 27 mai 1945.
173.1 – Le même discours sur la Montagne.
La foule augmente toujours plus à mesure que les jours passent Le même phénomène s'était passé à La Belle Eau. Voir les débuts de la vie commune : EMV 119 et suivants. . Il y a des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, des riches, des pauvres. Le couple Étienne-Hermas est toujours là, bien qu’il ne soit pas encore réuni aux anciens disciples à la tête desquels se trouve Isaac. Il y a aussi le nouveau couple constitué hier par le vieillard et la femme. Ils sont tout à fait devant, près de leur Consolateur, et ils paraissent beaucoup plus à l’aise qu’hier. Le vieil homme, comme pour se dédommager des longs mois ou des années où sa fille l’a abandonné, a mis sa main rugueuse sur les genoux de la femme et celle-ci la caresse par ce besoin inné, chez la femme moralement saine, d’être maternelle.
Jésus passe près d’eux pour monter à sa chaire rustique et en passant caresse la tête du vieillard qui le regarde déjà comme un Dieu.
Pierre dit quelque chose à Jésus qui lui fait un signe comme pour dire: “Peu importe.” Mais je ne comprends pas Il signale l'arrivée de pharisiens dont l'un interviendra par la suite. ce que dit l’apôtre qui pourtant reste à côté de Jésus et auquel s’unissent ensuite Jude Thaddée et Matthieu. Les autres sont perdus dans la foule.
173.2 – “La paix soit à vous tous!
Hier j’ai parlé de la prière, du serment, du jeûne Ces détails sont précieux pour vérifier la cohérence de la chronologie. . Aujourd’hui je veux vous instruire sur d’autres perfections. Elles sont elles aussi: prière, confiance, sincérité, amour, religion.
La première dont je vais parler, c’est le juste usage des richesses changées, par la bonne volonté du serviteur fidèle, en autant de richesses célestes. Les trésors de la terre ne durent pas, mais les trésors du Ciel sont éternels. Avez-vous en vous l’amour de ce qui vous appartient? Cela vous fait-il de la peine de mourir, parce que vous ne pouvez plus vous occuper de vos biens et que vous devez les laisser? Et alors, transportez-les au Ciel! Vous dites: “N’entre pas au Ciel ce qui est de la terre et tu enseignes que l’argent est la chose la plus dégoûtante de la terre. Comment alors pouvons-nous le transporter au Ciel?” Non, vous ne pouvez pas emporter les pièces de monnaie, qui sont matérielles, dans le Royaume où tout est spirituel, mais vous pouvez emporter le fruit de ces monnaies.
Quand vous donnez votre or à un banquier, pourquoi le donnez- vous? Pour qu’il le fasse fructifier. Vous ne vous en privez certainement pas, même momentanément, pour qu’il vous le rende tel quel. Mais vous voulez que pour dix talents il vous en rende dix plus un, ou davantage encore. Alors, vous êtes heureux et vous louez le banquier. Autrement vous dites: “Il est honnête, mais c’est un imbécile”. Et puis, si au lieu de dix plus un, il ne vous en rend que neuf en disant: “J’ai perdu le reste”, vous le dénoncez et le faites jeter en prison.
Qu’est-ce que c’est que le fruit de l’argent? Est-ce que par hasard le banquier sème vos deniers et les arrose pour les faire croître? Non. Le fruit est donné par un astucieux maniement des affaires de sorte qu’avec les hypothèques et les prêts à intérêt, l’argent croît de l’intérêt justement requis pour l’or qui a été prêté. N’en est-il pas ainsi? Or, écoutez. Dieu vous donne les richesses terrestres, à certains beaucoup, à d’autres à peine le nécessaire pour vivre, et Il vous dit: “Maintenant, c’est à toi. Je te les ai données. Fais de ces moyens une fin telle que mon amour le désire pour ton bien. Je te les confie, mais pas pour que tu en fasses sortir un mal. À cause de l’estime que j’ai pour toi, par reconnaissance pour mes dons, fais fructifier tes biens en vue de cette vraie Patrie”.
173.3 – Et voici la méthode pour arriver à cette fin.
Ne veuillez pas accumuler vos trésors sur la terre en vivant pour eux, en vous montrant cruels à cause d’eux, en vous attirant les malédictions du prochain et de Dieu à cause d’eux. Ils ne le méritent pas. Pour eux aucune sécurité ici-bas. Les voleurs peuvent toujours vous les enlever. Le feu peut détruire les maisons. Les maladies des plantes ou des troupeaux peuvent anéantir les fruits ou les animaux. Que de dangers guettent les biens! Qu’ils soient immobiliers comme les maisons ou incorruptibles comme l’or; qu’ils soient, par leur nature, périssables comme tout ce qui vit, comme le sont les végétaux et les animaux; que ce soit enfin des étoffes précieuses, qui peuvent être détériorées. La foudre sur les maisons ou l’incendie ou l’inondation; et les voleurs, la rouille, la sécheresse, les rongeurs, les insectes dans les champs; le tournis, les fièvres, les estropiements, les épidémies chez les animaux; les mites pour les étoffes précieuses et les rats pour les meubles de prix; la casse de la vaisselle, l’oxydation des lustres et des grilles artistiques; tout; tout peut être détérioré.
Mais si de tout ce bien terrestre vous en faites un bien surnaturel, voilà qu’il échappe à toute détérioration du temps, des hommes et des intempéries.
Faites-vous des trésors au Ciel où n’entrent pas les voleurs et où il n’arrive aucun malheur Cf. Matthieu 6,19 | Luc 12,33. . Appliquez miséricordieusement votre travail à toutes les misères de la terre. Caressez-les, oui, vos pièces de monnaie, baisez-les si vous voulez, réjouissez-vous des moissons prospères, des vignes chargées de grappes, des oliviers qui ploient sous le poids d’innombrables olives, des brebis au sein fécond et aux mamelles gonflées. Faites tout cela. Mais que ce ne soit pas d’une façon stérile, humaine. Faites-le par amour et admiration, joyeusement et par calcul surnaturel.
“Merci, mon Dieu, pour cet argent, pour ces moissons, pour ces arbres, pour ces brebis, pour ces commerces! Merci brebis, arbres, prés, commerces qui m’êtes si utiles! Soyez tous bénis, parce que par ta bonté, ô Éternel, par votre bonté, ô choses, voici que je peux faire tant de bien à qui a faim, à qui est nu, sans toit, malade, seul… L’an dernier, je l’ai fait pour dix. Cette année - bien que j’aie donné beaucoup en aumônes, j’ai davantage d’argent, plus riches sont les moissons et plus nombreux les troupeaux - voici que je vais donner deux fois, trois fois plus que l’an passé, pour que tous, même ceux qui n’ont rien personnellement, se réjouissent avec moi et te bénissent avec moi, Toi, Seigneur Éternel”. Voilà la prière du juste. Cette prière qui, unie à l’action, transporte vos biens au Ciel et non seulement vous les conserve pour l’éternité mais vous les fait trouver augmentés des fruits saints de l’amour.
Ayez votre trésor au Ciel, pour y avoir votre cœur Cf. Matthieu 6,20 | Luc 12,34. , au-dessus et au-delà du danger pour que non seulement l’or, les maisons, les champs, les troupeaux ne puissent subir des malheurs, mais pour que votre propre cœur ne soit pas attaqué, enlevé, corrompu, brûlé, tué par l’esprit du monde. Si vous agissez ainsi, vous aurez votre trésor dans votre cœur parce que vous aurez Dieu en vous, jusqu’au jour bienheureux où vous serez en Lui.
173.4 – Pensez donc, pour ne pas diminuer le fruit de la charité, à être charitables par esprit surnaturel. Comme je l’ai dit pour la prière et le jeûne, je le dis aussi pour la bienfaisance et pour toutes les bonnes œuvres que vous pouvez faire.
Conservez, le bien que vous faites, à l’abri des violations de la sensualité du monde. Conservez-le vierge de la louange humaine. Ne profanez pas la rose parfumée; véritable encensoir de parfums agréables au Seigneur, la rose parfumée de votre charité et de vos bonnes actions. Ce qui profane le bien, c’est l’esprit d’orgueil, le désir d’être remarqué quand on fait le bien et la recherche des louanges. La rose de la charité est alors souillée et corrompue par les limaçons visqueux de l’orgueil satisfait et il tombe sur l’encensoir les pailles puantes de la litière sur laquelle l’orgueilleux se complaît comme un animal repu.
Oh! ces actes de bienfaisance faits pour qu’on parle de vous! Mais il vaut mieux, bien mieux de ne pas en faire! Celui qui ne les fait pas pèche par dureté. Celui qui les fait en faisant connaître la somme donnée et le nom du bénéficiaire en mendiant la louange, pèche par orgueil en faisant connaître l’offrande. C’est comme s’il disait: “Voyez ce que je puis?”. Il pèche par défaut de charité car il mortifie le bénéficiaire en faisant connaître son nom, il pèche par avarice spirituelle en voulant accumuler les louanges humaines… C’est de la paille, de la paille, rien de plus, Faites en sorte que ce soit Dieu qui vous loue avec ses anges.
Vous, quand vous faites l’aumône Cf. Matthieu 6,2. , ne sonnez pas de la trompette pour attirer l’attention des passants et être honorés comme les hypocrites qui cherchent les applaudissements des hommes et pour cela ne font l’aumône que là où ils peuvent être vus d’un grand nombre de gens. Eux aussi ont reçu leur récompense et n’en recevront pas d’autre de Dieu. Vous, ne tombez pas dans cette même faute et dans cette présomption. Mais quand vous faites l’aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la main droite Cf. Matthieu 6,3-4. , tant est cachée et pudique votre aumône, et puis oubliez-la. Ne restez pas à admirer l’acte que vous avez fait vous gonflant comme le crapaud qui s’admire avec ses yeux voilés dans l’étang et qui, voyant dans l’eau tranquille l’image des nuages, des arbres, du char arrêté près de la rive et qui se voyant lui si petit par rapport à ces objets, se gonfle d’air jusqu’à en éclater. Votre charité elle-même est un rien comparée à l’Infini qui est la Charité de Dieu, et si vous voulez devenir semblables à Lui et rendre votre petite charité, grosse, grosse, grosse pour égaler la sienne, vous vous remplirez du vent de l’orgueil et finirez par périr.
Oubliez-le. Oubliez l’acte lui-même. Il vous restera toujours présente une lumière, une parole douce comme le miel et cela vous rendra le jour lumineux, doux, bienheureux.
Car cette lumière sera le sourire de Dieu, ce miel la paix spirituelle qui est encore Dieu, cette voix la voix du Dieu-Père qui vous dira: “Merci”. Lui voit le mal caché et le bien qui se cache et il vous en récompensera. Je vous le…”