– Oui, tu es le Prophète infatigable. Jean est stable, toi tu es itinérant.

– Il est ainsi plus facile aux âmes de me trouver.

– Je ne dirais pas cela. Avec tous ces déplacements, tu les désorientes.

– Je désoriente mes ennemis. Mais ceux qui veulent me voir, parce qu’ils aiment la Parole de Dieu, me trouvent. Et le Maître, qui les veut tous, va à eux; ainsi il fait du bien aux bons et déjoue les manœuvres de ceux qui le haïssent.

– C’est pour moi que tu dis cela? Je ne te hais pas, moi!

– Non, ce n’est pas pour toi. Mais puisque tu es juste et sincère, tu peux reconnaître que je dis vrai.

– Oui, c’est vrai. Mais… vois-tu… c’est que nous autres, les anciens, nous te comprenons mal.

– Oui. Le vieil Israël me comprend mal. Pour son malheur… et par sa volonté.

– Oh non!

– Si, Rabbi. Il ne met pas toute sa volonté à comprendre le Maître. Et qui se borne à faire cela agit mal, même s’il s’agit d’un mal relatif. En revanche, beaucoup appliquent leur volonté à comprendre de travers ma parole et à la déformer pour nuire à Dieu.

– À Dieu? Il est bien au-dessus de toutes les machinations des hommes.

– Oui, mais toute âme qui s’égare ou qu’on égare – et c’est s’égarer que déformer ma parole et mes œuvres pour soi-même ou pour les autres – nuit à Dieu dans l’âme qui se perd. Or chaque âme qui se perd est une atteinte à Dieu.»

Gamaliel baisse la tête et réfléchit, les yeux clos. Puis il se frotte le front de ses doigts longs et maigres, en un mouvement involontaire de peine. Jésus l’observe. Gamaliel relève la tête, ouvre les yeux, regarde Jésus et dit:

«Tu sais cependant que je ne suis pas de ceux-là.

– Je le sais. Mais tu appartiens aux premiers.

– Ah! c’est vrai… mais ce n’est pas faute de m’appliquer à te comprendre. C’est que ta parole s’arrête à mon intelligence, mais ne pénètre pas plus avant. Mon intelligence l’admire en tant que parole d’un savant, et l’âme…

L’âme ne peut la recevoir, Gamaliel, parce qu’elle est encombrée de trop de choses. Or ces choses sont des ruines.

160.4 - Il y a peu de temps, alors que je venais, cette fois, de Nephtali, je suis passé par un mont qui s’avance au-delà de la chaîne. J’ai désiré passer par-là pour admirer la beauté des deux lacs de Génésareth et de Mérom Aujourd'hui, les monts de haute Galilée (ex: le mont Méron et le circuit dit du "Sentier du Sommet") sont devenus des lieux de tourisme en Israël réputés pour la beauté de leurs panoramas. Voir aussi EMV 470. vus d’en haut, comme les voient les aigles et les anges du Seigneur, et pour redire: “Merci, Créateur, de la beauté que tu nous donnes.” Toute la montagne n’était que fleurs, bourgeonnements, feuillages nouveaux dans les prés Fin janvier, les premiers signes du printemps précoce en Galilée. VOIR LE COMMENTAIRE. , les vergers, les champs et les forêts; les lauriers embaumaient auprès des oliviers qui préparaient déjà la neige de milliers de fleurs, et même les robustes rouvres semblaient plus attrayants en se revêtant de couronnes de clématites et de chèvrefeuilles. Mais là, en revanche, il n’y a aucune floraison, aucune fertilité. Tout travail humain n’y aboutit à rien, et pas plus celui de la nature. Tous les efforts du vent ou de l’homme échouent à cet endroit, car les ruines cyclopéennes de l’antique Hatzor Pratiquement inconnues en 1945, les ruines d'Hatzor, (à 7,5 km SO du lac de Méron) sont aujourd'hui la plus vaste zone d'archéologie biblique en Israël. Les campagnes de fouilles commencées en 1955 se poursuivent en 2010, sur plus de 80 hectares. encombrent tout et, au milieu de ces pierres et de ces rochers, il ne peut pousser qu’orties et ronces; seuls les serpents y nichent… Gamaliel…

– Je te comprends. Nous sommes nous aussi des ruines… Je comprends la parabole, Jésus. Mais… je ne peux pas… je ne peux pas agir autrement. Les pierres sont enterrées trop profondément.

– Quelqu’un en qui tu crois t’a dit: “Les pierres frémiront à mes dernières paroles. Paroles dites par le jeune Jésus devant les Docteurs (Luc 2,46) en mai +9 (EMV 41.7 et EMV 41.12). Hillel et son petit-fils Gamaliel étaient présents. Gamaliel redit les paroles au banquet donné par Joseph d'Arimathie en septembre +27 (EMV 114.9.). C'est le signe que Gamaliel attendra jusqu'à la Passion. ” Pourquoi donc attendre les dernières paroles du Messie? N’éprouveras-tu pas de remords de ne pas avoir voulu me suivre plus tôt? Les dernières… Prédiction dont Gamaliel comprendra tout le sens au pied de la croix (Tome 9, chapitre 29, page 300). ! Tristes paroles que celles d’un ami qui meurt et que nous sommes venus écouter trop tard. Or les miennes sont plus importantes que celles d’un ami.

– Tu as raison. Mais je ne peux pas. J’attends ce signe pour croire.

– Quand un terrain est désolé, un coup de foudre ne suffit pas à le défricher. Ce n’est pas le sol qui la reçoit, mais les pierres qui le recouvrent. Travaille au moins à les déplacer, Gamaliel. Sans quoi, si elles restent ainsi enterrées au plus profond de toi, le signe ne suffira pas pour que tu croies.»

Pensif, Gamaliel se tait.

160.5 - Le repas prend fin. Jésus se lève et dit:

«Je te rends grâce, mon Dieu, pour ce repas, mais aussi pour avoir pu parler au sage. Et merci à toi, Gamaliel.