160 – Rencontre de Gamaliel sur la route de Nephtali à Giscala
10 mai 1945
Vision du jeudi 10 mai 1945 (Ascension)
160.1 - «Maître! Maître! Tu ne sais pas qui est devant nous? C’est le rabbin Gamaliel! Il est assis avec ses serviteurs, dans une caravane, à l’ombre des bois et à l’abri des vents! Ils sont en train de faire cuire un agneau. Qu’allons-nous faire?
– Mais ce que nous avions l’intention de faire, mes amis: nous continuons notre route.
– Mais Gamaliel appartient au Temple Gamaliel jouissait en effet d'une position prédominante au sein du Sanhédrin, notamment en matière religieuse. Le Talmud, comme le Nouveau Testament, s'en font écho. !
– Gamaliel n’est pas perfide. Ne craignez rien. Moi, je vais de l’avant.
– Alors moi aussi» disent ensemble les cousins, tous les Galiléens Jude et Jacques d'Alphée, les cousins de Jésus sont judéo-galiléens. Simon le zélote, Judas et Thomas, sont judéens. Pierre, André, Jean et Jacques de Zébédée, Matthieu, Philippe et Nathanaël (Barthélemy), sont galiléens. et Simon. Seuls Judas et – un peu moins – Thomas paraissent peu décidés à avancer. Mais ils suivent les autres.
Ils parcourent encore quelques mètres sur une route de montagne encaissée entre des parois boisées. Après un tournant, elle débouche sur une sorte de plateau qu’elle traverse en s’élargissant, pour redevenir étroite et sinueuse sous une voûte de branches entrelacées. Dans une clairière ensoleillée, mais en même temps ombragée par les premières feuilles de la forêt, de nombreuses personnes se tiennent sous une riche tente pendant que d’autres, dans un coin, s’emploient à faire tourner l’agneau au-dessus du feu.
Il n’y a pas à dire, Gamaliel ne se refuse rien! Pour un homme en voyage, il a mis en mouvement tout un régiment de serviteurs et déplacé je ne sais combien de bagages. Et le voilà assis au milieu de sa tente: c’est une toile tendue sur quatre piquets dorés, une espèce de baldaquin sous lequel on a placé des sièges bas couverts de coussins ainsi qu’une table montée sur des trépieds ornés de marqueterie et recouverte d’une nappe très fine; les serviteurs y disposent de la vaisselle précieuse. Gamaliel ressemble à une idole. Les mains ouvertes sur les genoux, raide, hiératique, il me fait l’effet d’une statue.
Les serviteurs tournoient autour de lui comme des papillons. Mais il n’en a cure. Il réfléchit, les paupières presque abaissées sur ses yeux sévères; quand il les relève, ses yeux très noirs, profonds et songeurs se découvrent dans toute leur beauté sévère, de chaque côté d’un nez long et fin. Il a le front un peu dégarni d’un homme âgé, haut et strié de trois rides parallèles. Une grosse veine bleuâtre dessine presque un V au milieu de sa tempe droite.
160.2 - Le bruit des pas des arrivants fait se retourner les serviteurs. Gamaliel en fait autant. Il voit Jésus marcher en tête et a un mouvement de surprise. Il se lève et s’avance jusqu’au bord de la tente, pas plus loin. Mais, de là, il s’incline profondément, les bras croisés sur la poitrine. Jésus répond de la même manière.
«Toi ici, Rabbi? demande Gamaliel.
– Oui, rabbi, répond Jésus.
– Puis-je me permettre de te demander où tu vas?
– Il m’est agréable de te répondre: je viens de Nephtali et je vais à Giscala Le territoire de Nephtali comprenait la basse et haute Galilée. Giscala appartenait à la tribu d'Asher, donc effectivement hors de Nephtali. .
– À pied? Mais la route est longue et difficile à travers ces montagnes. Tu te fatigues trop.
– Crois-moi: si l’on me reçoit, si l’on m’écoute, toute fatigue disparaît.
– Dans ce cas… permets-moi, pour une fois, d’être celui qui fait disparaître ta fatigue. L’agneau est prêt. Nous aurions laissé les restes aux oiseaux car je n’ai pas l’habitude d’emporter les restes. Tu vois, cela ne me dérange pas de vous inviter, tes disciples et toi. Je suis pour toi un ami, Jésus. Je ne te considère pas comme inférieur à moi, mais plus grand.
– Je le crois, et j’accepte.»
Gamaliel s’adresse à un serviteur qui paraît être le chef, lequel transmet les ordres; on allonge la tente et l’on décharge de nombreux mulets des sièges pour les disciples de Jésus, ainsi que de la vaisselle.
On apporte des coupes pour se purifier les doigts. Jésus procède au rite avec une grande distinction tandis que les Douze, que Gamaliel examine attentivement, le font tant bien que mal, à l’exception de Simon, Judas, Barthélemy et Matthieu, plus rompus aux usages raffinés juifs.
Jésus est placé à côté de Gamaliel, qui occupe à lui seul un côté de la table. En face de Jésus se trouve Simon le Zélote. Après la prière d’offrande, que Gamaliel récite avec une lenteur solennelle, les serviteurs découpent l’agneau, le partagent entre les hôtes et remplissent les coupes de vin ou d’hydromel selon les goûts.
160.3 - «C’est le hasard qui nous réunit, Rabbi. Je ne pensais vraiment pas te trouver en route pour Giscala.
– Je suis en route vers le monde entier.